Les députés peuvent-ils comprendre les revendications des Gilets Jaunes ?

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Manifestation des Gilets jaunes sur le périphérique toulousain, le 15 décembre 2018. Crédit photo : N.B / Infos-Toulouse
Alors que le mouvement des Gilets Jaunes témoigne d’une méfiance grandissante à l’égard des élus, et de la représentativité en général, certains modérés cherchent pourtant à établir le dialogue.

« Comment peut-on vivre décemment avec 5000 euros par mois ? ». Cette phrase, issue d’un compte Twitter parodique, et attribuée à la Secrétaire d’État Marlène Schiappa, a pourtant été prise au sérieux par plusieurs dizaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux. Témoignage du grave sentiment de déconnexion entre élus et société civile, partagé par une part grandissante des Français.

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La phrase, délibérément inventée, en rappelle pourtant une autre, bien réelle, prononcée en décembre 2017 par une députée LREM restée anonyme, se plaignant que son salaire soit passé de 8000 à 5000 euros : « Je vais moins souvent au restaurant, je mange pas mal de pâtes, j’ai ressorti des vêtements de la cave et je vais devoir déménager », avait-elle déclarée.

Capture d’écran du site de 20 minutes.

La représentativité en question

En pleine révolte des Gilets Jaunes, alors que les élus sont de plus en plus soupçonnés d’être déconnectés du quotidien des Français, de plus en plus de citoyens se demandent si les députés vivent bel et bien dans le même monde qu’eux.

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Parmi les Gilets Jaunes, certains sont visiblement convaincus que non. La représentativité est fortement remise en question au sein du mouvement, comme en témoignent les attaques visant les députés de la majorité. Dans la soirée du 8 au 9 décembre, les voitures de la députée LREM de Dordogne Jacqueline Dubois ont été incendiées en marge des manifestations, et de nombreux autres députés ont été « visités » à leur domicile par des manifestants.

Malgré la crise, des rencontres ont lieu

D’autres Gilets Jaunes souhaitent au contraire instaurer le dialogue. Ce fût le cas par exemple à Toulouse, le 7 décembre dernier, entre le député MoDem de la deuxième circonscription toulousaine Jean-Luc Lagleize et quatre Gilets Jaunes.

Le député a commencé la séance de discussions en concédant que le gouvernement a sans doute rencontré un « problème de tempo » avec le mouvement, tout en condamnant sans équivoque toutes les formes de violences. Le député a en outre informé ses interlocuteurs qu’un livre d’or serait à disposition dans les communes de moins de 20 000 habitants.

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Entendu que la représentativité était bel et bien source de discorde, le député a annoncé que le projet de son parti, le MoDem, était de proposer un système de représentation proportionnelle « et non plus avec un vote à deux tours », une proposition qui devrait être traitée au premier trimestre de 2019. François, l’un des Gilets Jaunes présents à cette réunion, a ensuite abordé la question des casseurs, en rappelant que les Gilets Jaunes souhaitaient pouvoir manifester pacifiquement, comme c’est le cas sur les ronds-points. Ce dernier a notamment posé la question directement au député : « Qui sont les casseurs ? », une question à laquelle Jean-Luc Lagleize n’a pu répondre.

La question du rétablissement de l’ISF n’a pas été abordée, « pas à l’ordre du jour », selon le député. En revanche, après avoir été interrogé par un des Gilets Jaunes à ce sujet, le député de la 2e circonscription a déclaré que la Constitution était en cours de révision, notamment concernant la limitation des mandats successifs, visant à réduire le nombre de parlementaires, conformément à l’une de ces propositions. Visiblement, pour l’heure, ni les rencontres d’élus, ni l’allocution du Président de la République, ne semblent calmer la colère des Gilets Jaunes.

Mathieu Vergez.

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