Sur l’affaire Finkielkraut, « j’étais sur place au moment des faits »

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Finkielkraut
De quelques insultes en découle une affaire politique. Durant l’acte XIV des Gilets Jaunes à Paris, Alain Finkielkraut a croisé la route de manifestants, dont certains l’ont pris à partie. Le journaliste Ferenc Almassy était sur place. 

Je suis sidéré par l’ampleur que prend cette histoire, pourtant relativisée par le principal intéressé. Mais l’occasion était trop belle pour tirer sur le mouvement des Gilets jaunes, en remettant une couche sur l’antisémitisme, et en cherchant à jeter l’opprobre sur un mouvement populaire, quitte à inventer des insultes (« sale Juif ») comme l’a fait le porte-parole du gouvernement. La façon dont le système – comme on l’appelle communément, par aisance – monte en épingle cette très brève et légère altercation est terrifiante. Être témoin en direct de la création d’une telle manipulation à grande échelle est toutefois passionnant et instructif.

Que s’est-il passé ?

Dans la foule hétéroclite des Gilets jaunes, une poignée de personnes ont reconnu le philosophe qui semble-t-il passait par-là – il habite le quartier. Comme il l’a rapporté lui-même, certains ont des mots aimables pour lui, un autre lui propose de les rejoindre. Mais quelques autres l’insultent – on reste dans un registre très neutre et pas très douloureux en ce qui concerne les insultes à proprement parler ; « grosse merde », bon, ça n’a jamais tué personne.

Puis vient le fameux épisode avec l’homme au keffieh, et son « la France est à nous ». Puis, des cris de « Palestine », de « sionistes », de « facho » et des moqueries pas bien méchantes faisant référence à quelques unes de ses sorties très médiatisées où il s’était emporté.

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Finkielkraut, visiblement interloqué, passe sans agitation ni empressement derrière la ligne de police mobile, observant la scène, l’air à la fois étonné et consterné. Fin de l’événement.

Quelques manifestants, avec et sans gilet jaune, s’éloignent. « Je sais même pas qui c’était, mais j’ai entendu « facho » ça m’a suffit on lui a mis la pression, haha ! », explique un trentenaire vêtu tout de « jean » à son acolyte, la bière à la main. Un autre, en « live » avec son téléphone portable, s’amuse d’avoir fait partir Luc Ferry…

De quoi s’agit-il ?

Certainement pas d’un drame digne d’un tel ramdam national. C’est une brève agression verbale d’un philosophe controversé par quelques excités en marge d’une manifestation de colère sociale. Un peu plus tôt, Vincent Lapierre a lui été chahuté par les antifas, et la police l’a exfiltré de force et empêché de revenir dans le cortège. Il y a quelques semaines à Toulouse, il a même été frappé. D’autres journalistes, indépendants comme « mainstream » ont été frappés, insultés ou expulsés par des Gilets jaunes – ou autres.

L’événement en fait est révélateur d’une chose : le conflit israélo-palestinien s’invite même dans ce mouvement social français. Parmi les manifestants, notamment, quelques drapeaux de la Palestine. Cette importation du conflit israélo-palestinien, Alain Finkielkraut en est un des artisans, objectivement. Sans parler du fait que certains des immigrés ou fils d’immigrés qui le détestent et le font savoir avec tant de véhémence sont peut-être en France grâce à lui, indirectement, de par son grand travail sur « l’antiracisme », outil de soumission politique au profit du dogme immigrationniste et cosmopolite.

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Considérer que les insultes (sans rien qui je trouve ne puisse être qualifié stricto sensu d’antisémite sans faire de procès d’intention !) criées à un philosophe controversé par une poignée de personnes soient plus graves que les yeux crevés, les mains arrachées, les actions illégales du pouvoir et des autorités, les journalistes tabassés et éjectés par des nervis extrémistes, les casseurs identifiés et filés mais laissés libres d’agir, mais aussi la dérive autoritaire et bananière de la République, les détournements et la destruction du service public, l’immigration massive, le détricotage du droit du travail et la précarisation généralisée, le bradage de la souveraineté et du patrimoine national, l’américanisation, la mort des campagnes, l’agonie de la France périphérique… c’est absurde, dangereux et choquant.

L’exploitation médiatique et politique de ce non-événement montre bien la volonté du pouvoir en place : continuer à discréditer ce mouvement par tous les moyens, y compris par les amalgames les plus abjects. Et ceci en revanche a un effet terrible : c’est de l’huile jetée sur le feu et cela contribue à creuser la fracture déjà béante entre les quasi-insurgés que sont les Gilets jaunes et une caste incapable – selon son propre aveu – de comprendre ce qui se passe. Pas de réconciliation possible en vue pour des humanistes ou des gens ne s’étant jamais intéressé aux Juifs avec un pouvoir qui les oppresse financièrement et les traite d’antisémites – certainement la plus grave des condamnations morales dans nos sociétés occidentales d’après la Seconde Guerre mondiale.

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Heureusement, Alain Finkielkraut n’a rien. Nul ne peut souhaiter un lynchage. Une société civilisée ne peut tolérer l’esprit de meute, en particulier tournée contre un homme seul. Je passe ici sur le fait que cela arrive quotidiennement en France depuis des années à de nombreux Français. Dans notre affaire, Alain Finkielkraut n’a pas été vu comme un Juif, mais comme un représentant d’une élite responsable des maux actuels. Cet anti-élitisme, M. Finkielkraut l’a remarqué avec justesse. Et dans ce contexte, je pense sincèrement que la motivation première des quelques personnes ayant interpellé le philosophe avec agressivité n’était rien d’autre que de faire passer le message de cette colère envers et à destination du « système », de « ces gens connus », et de ces « élites qui nous tuent à petit feu », comme me l’ont expliqué volontiers des Gilets jaunes calmes et pacifistes plus loin dans le cortège.

Cette colère est celle qui permet de se faire enfin entendre, au prix de cris et de fureur. C’est une colère de personnes sans pouvoir, ne se sentant ni représentées ni écoutées, ni respectées ni défendues. Malgré déjà quatorze semaines continues de mobilisation inédite. Nombreux sont parmi les Gilets jaunes ceux qui se sentent trahis, car ils y ont cru, à Macron, aux philosophes volontiers moralisateurs, à la nécessité de se serrer la ceinture. Il y a là une certaine colère de cocu qui s’exprime – le jaune n’est-il pas d’ailleurs la couleur des cocus. Mais comme le disait un ami, « le cocu est toujours un brave type ». Un brave type qu’on a poussé presque à bout. Car pour l’instant, le brave type se retient, condamne la violence, les propos indignes et déclare ses manifs. Mais jusqu’à quand ?

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