Itinérance sur les Champs-Élysées avec les gens de peu

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Champs-élysées
À la rencontre des Gilets jaunes sur les Champs-Élysées, Paris, le 8 décembre 2018. Photo : A.C / Infos-Toulouse
Dans les rues adjacentes des Champs-Élysées, une jeune toulousaine a enfilé son Gilet jaune pour rejoindre ces gens de peu, mobilisés pour enfin être entendus. Témoignage d’Adèle. 

Après avoir rejoint les rangs des Gilets jaunes à Toulouse le samedi 1er décembre à l’occasion de l’acte III, j’ai souhaité y prendre part à Paris à l’occasion de l’acte IV. Ma présence à leurs côtés est avant tout une marque de soutien qui n’appelle pas quelconque revendication de ma part bien que comme tout un chacun je puisse aussi avoir les miennes mais, là n’est pas le sujet.

Pourtant tous bien conscients d’être unis par les mêmes maux, j’ai pu constater lors de l’acte III à Toulouse que bien des manifestants sont encore enfermés dans ces clivages stériles que sont la droite et la gauche et se défient encore pour savoir qui aura l’ascendant sur l’autre. La souffrance frappante de tous ces gens déconsidérés par une société qui n’a de cesse de taper dans leur portefeuille est la seule raison de ma présence. Dans la ville rose, le maire Jean-Luc Moudenc se plaît à conter à qui veut bien y croire qu’extrême-gauche et extrême-droite marchent ensemble. Il est des combats qui mériteraient bien d’improbables unions mais qui relèvent du fantasme, qui oserait croire à Toulouse qu’un antifasciste marcherait main dans la main d’un patriote ? La patriote que je suis a eu pour seul tort d’arborer un drapeau tricolore et n’a pas manqué de finir aux urgences grâce aux milices antifascistes. La province passant toujours à la trappe, c’est un risque que je veux bien prendre à nouveau en continuant le combat là où les médias aiment tant résumer la France, Paris et ces Champs-Élysées.

Les gens de peu sur l’avenue du luxe

Paris, et ces Champs-Elysées… lieu antinomique où se rendrait d’ordinaire le smicard et la mère de famille qui peine à joindre les deux bouts dès le 5 du mois penserez-vous avec raison. Le bas peuple dont je suis se gargarise de voir cette avenue fermée tous les samedis parce que les gueux, les gaulois réfractaires, les illettrés, bref, les gens de peu en ont décidé ainsi jusqu’à ce qu’on les entende. À vouloir tous nous faire bosser le dimanche, il est assez caustique de voir tout fermer le samedi quand on a un pouvoir d’achat qui ne permet de dépenser NI le samedi, NI le dimanche.

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Après une semaine de propagande en brandissant la menace de l’artillerie lourde, notre gouvernement a échoué dans sa tentative de peur, le peuple a encore investi les rues, les gilets jaunes ont inondé la capitale à l’occasion de l’acte IV, bravant des fouilles de police injustifiées et le risque de passer sous une grenade. C’est bien malgré lui que chaque gilet jaune est prêt à finir à l’hôpital ou en garde à vue pour qu’on entende enfin ses souffrances. Chacun y va de son écriture sur son gilet, prêt à raconter toute la détresse dans laquelle il se trouve depuis trop longtemps. Chacun veut qu’on l’écoute, chacun veut s’exprimer parce que chacun a conscience que s’il n’est pas entendu maintenant, il aura le temps de mourir avant qu’un mouvement de cet ampleur puisse renaître car nous savons tous qu’il est difficile de réunir le peuple pour un seul et même combat.

J’ai assisté à des scènes de solidarité comme je n’en avais encore jamais vu, des gens tombés au sol en voulant s’enfuir lors de lâchers de grenade en tous genres et se faire relever par ceux qui voulaient eux aussi y échapper, des femmes donner à celles qui n’en avaient pas des masques et des lunettes, la plus belle générosité étant de loin les discours de ceux qui se positionnent au dessus des clivages. Lorsqu’une femme à côté de moi scande : « Venez tous ! Faut qu’on y aille tous ! Que vous soyez de droite ou de gauche on s’en fout ! », j’ai le sentiment que les plus sincères, à défaut d’être les plus désespérés sont prêts à rejoindre la capitale tous les week-ends pour faire nombre, pour que le peuple soit uni derrière une seule et même cause là où il n’aura jamais les moyens de vivre, à la capitale, car ceci est avant tout symbolique.

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Ce n’est guère à Toulouse que j’aurais eu le plaisir d’entendre un jour ce genre de discours et c’est bien pour cette raison que toutes mes manifestations se feront ici. Tous les provinciaux mobilisés depuis le premier acte doivent comprendre que le gouvernement ne cédera que si l’on investit Paris. Car finalement, quel plus beau spectacle pour nous que de voir le bourgeois parisien qui nous méprise autant que le président qu’il a élu, ne pas pouvoir faire ses emplettes à cause de tous ces « ploucs » en gilet jaune ?

Ce peuple qui crie sa souffrance dans la rue me transcende et fait preuve d’un courage que je croyais disparu à jamais, et s’il m’a fallu attendre avant de les rejoindre car je n’étais pas concernée par la hausse de l’essence, les revendications du peuple sont telles qu’aujourdhui, je ne les abandonnerais jamais.

Adèle C.

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