La prise de Grenade et la fin de la Reconquista

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1936
Grenade
La capitulation de Grenade, par Francisco Pradilla y Ortiz : Boabdil remettant les clès de Grenade à Ferdinand II d'Aragon, et Isabelle Ire de Castille.
C’est le 2 janvier 1492 que la ville de Grenade, en Andalousie, est reprise. C’est la fin de la Reconquista qui met un terme à près de 800 ans de présence islamique en Espagne. 

Les Rois Catholiques Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille entrent dans Grenade. Grâce notamment à l’aide de nombreux chevaliers gascons, ils mettent fin à l’islam espagnol et achèvent la Reconquista, initiée en 718.

La prise de Grenade ne s’est pas fait en un jour. Quelques mois plus tôt, le sultan Abû AbdAllâh As-Saghîr, dit Boabdil, envoie son général Abû Al-Qâsim au campement des Rois Catholiques pour négocier secrètement la reddition. Les pourparlers durent plusieurs semaines, au terme desquelles les protagonistes signent la capitulation de Grenade, le 25 novembre 1491.

Un traité d’une soixantaine de clauses

Le traité signé comporte une soixantaine de clauses pouvant se résumer ainsi :

  • Le Roi de Grenade s’engage à livrer la ville de Grenade aux Rois Catholiques dans un délai ne dépassant pas soixante jours à compter de la date de signature du traité.
  • Tous les prisonniers, des deux camps, seront libérés sans rançon.
  • Les Musulmans ne seront pas molestés dans leurs personnes, dans leurs biens ou dans leur honneur. Ils peuvent garder leur juridiction et leurs juges. Ils peuvent pratiquer librement leur culte.
  • Les mosquées resteront inviolées. Aucun Chrétien ne pourra investir une mosquée ou la demeure d’un Musulman.
  • Pendant trois ans, les Musulmans qui le souhaitent peuvent traverser librement vers l’Afrique dans des navires affrétés par le Roi Catholique Ferdinand.
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Quelques semaines après la signature du traité, Grenade se rend. L’armée espagnole investit la ville et se dirige directement à l’Alhambra, le palais royal, édifié deux siècles et demi plus tôt par le fondateur du Royaume de Grenade, Ibn Al-Ahmar. On installe au sommet de la plus grande tour une imposante croix argentée, celle que portait le Roi Ferdinand lors de ses batailles contre les Maures. L’Histoire tourne définitivement la page de l’Espagne musulmane. Toute la péninsule est redevenue chrétienne. Le siècle espagnol va commencer.

Le sultan, quittant l’Espagne, se retourne une dernière fois sur sa ville au dernier col dominant Grenade, appelé depuis le col du Maure, et se met à pleurer. Sa mère s’écrie :

« Tu pleures comme une femme ce que tu n’as pas su défendre comme un homme »

La fausse cohabitation heureuse dans le Languedoc

Quelques historiens aiment à évoquer la « possible coexistence des Musulmans et des Chrétiens » en Espagne comme dans le Languedoc, avant de préciser que les populations locales ont « peut-être accepté une sorte de protection pour, en échange, pouvoir préserver leurs lois et leurs traditions ». Il s’agit pourtant d’une invasion, de la conquête et de l’occupation militaire d’un territoire par un peuple étranger qui s’est ensuite fait vaincre et expulser.

On peut parler de « coexistence », certes, si l’on fait l’impasse sur la façon dont sont traités les dhimmis, les chrétiens et juifs en terre d’islam. Entre la jizyah, cet impôt spécial que devaient les non musulmans, l’interdiction de construire des églises et même de prêcher comme cela a été imposé dans la péninsule ibérique sous domination musulmane, voire les premiers pogroms de l’histoire, avec le massacre de 4 000 juifs à Grenade en 1066, on relativise l’idée de cette coexistence qui était en fait la soumission totale à des colons.

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Les Sarrasins, après avoir conquis l’Hispanie, s’aventurent dans le sud de la France à de nombreuses reprises et conquièrent Narbonne en 718, qui deviendra la capitale de leur province en Septimanie. Les raids et les attaques s’enchaînent car ils prennent, la même année, les villes de Agde, Béziers et Nîmes, dont les Arènes seront incendiées par les occupants. Carcassonne tombe à son tour en 725 après l’échec face au duc Eudes d’Aquitaine en 721, qui défendit Toulouse. De cette base seront lancés plusieurs raids en Aquitaine et en Bourgogne, jusqu’à la bataille de Bordeaux en 732 qui voit cette fois-ci la défaite du duc d’Aquitaine, contraint de demander par la suite l’aide de Charles Martel et de ses chevaliers Francs. À la fameuse bataille de Poitiers, en 732 également, fut enfin stoppée l’armée musulmane.

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Les Francs poussent leur avantage, arrivent en Septimanie en 737 et remportent quelques victoires avant la reconquête définitive par Pépin le Bref en 759. Cette présence musulmane dans le sud de la France n’aura duré qu’une quarantaine d’années tout au plus, avant une autre tentative d’invasion qui aura lieu entre 890 et 973 près de Saint-Tropez, avec un petit bastion montagneux qui donnera son nom au massif des Maures. Le Languedoc peut pourtant se considérer chanceux si l’on songe aux sept siècles qu’il aura fallu pour mener à bien la Reconquista espagnole.

Le Salon Beige et Alexia de Bermont.

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