Toulouse dernière demeure de saint Thomas d’Aquin

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Saint Thomas d'Aquin
Le tombeau de saint Thomas d'Aquin dans l'église du couvent des Jacobins à Toulouse.
Saint Thomas d’Aquin est l’un des grands Docteurs de l’Église ; sa dépouille repose à… Toulouse. Nous vous emmenons 650 ans en arrière. 

C’était un dimanche 28 janvier 1369. Le docteur de l’Église, mort le 7 mars 1274, reposait jusqu’alors dans le monastère cistercien de Fossanova (Italie). Bien que l’ordre dominicain eût été fondé à Toulouse, la dépouille de son fondateur, saint Dominique reposait à Bologne (Italie), malgré les demandes pressante des Toulousains. Pour couper la poire en deux et contenter tout le monde, le pape urbain V décida d’offrir à Toulouse les reliques de saint Thomas d’Aquin, l’autre grand saint dominicain. C’est ainsi que saint Thomas d’Aquin gagna la ville rose, 95 ans après sa mort.

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Ses reliques quittent l’Italie, le 4 août 1368 et parcourent les routes selon l’itinéraire définit par un document pontifical. Le cortège passe par Florence, Bologne, la vallée du Pô, le col du grand saint Bernard, les rives du lac de Genève. Il descend la vallée du Rhône, jusqu’à Montpellier, Narbonne et Carcassonne. Après cinq mois de voyage, il fait une pause d’un mois dans le monastère de Prouille avant de gagner les portes de Toulouse par Avignonet, Villefranche de Lauragais et Montgiscard. C’est dans la chapelle Notre-Dame du Férétra, désignée spécifiquement par le pape, que les reliques sont déposées et veillées durant une nuit. Selon le récit de Raimond-Hugues, Urbain V avait ordonné :

« Lorsque Dieu vous aura fait parvenir heureusement à Toulouse, comme j’en ai la ferme espérance, vous déposerez dans la chapelle qui est appelée del Férétra le corps et le chef de saint Thomas. Toute la ville viendra recevoir les saintes reliques dans cette chapelle pour les porter avec pompe dans l’église des Frères Prêcheurs de Toulouse, et nous vous accordons pour ce jour-là, et les jours suivants des indulgences et des privilèges en l’honneur de saint Thomas ». 

Le dimanche 28 janvier 1369, les Toulousains sont venus en nombre accueillir saint Thomas. Les chroniques de l’époque rapportent que « plus de 10 000 grands flambeaux de cire » étaient allumés en l’honneur du saint Docteur ;  plus de 150 000 fidèles escortèrent les reliques : parmi eux, des représentants du Parlement, de l’Université, tous les ordres de la ville et de nombreux prélats. Louis d’Anjou, frère du roi de France Charles V et des seigneurs de la cour portent le saint qui était précédé de six étendards aux armes d’Urbain V, aux armes de France, de la maison d’Anjou, de la maison d’Aquin, et de la ville de Toulouse. La procession parvenue au couvent des Frères Prêcheurs, une messe solennelle fut célébrée au cours de laquelle l’archevêque de Narbonne prononça le panégyrique du saint.

Notre-Dame du Férétra, une modeste chapelle chargée d’histoire

« Il faut résumer huit siècles en quelques lignes », s’exclame monsieur l’abbé Malassagne, prêtre de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, officiant dans la chapelle du Férétra. Un livre sur la question a été édité. « La première mention du Férétra date du XIe siècle. » En 1238, sept pères carmes, venant de Terre Sainte qu’ils ont dû quitter suite à l’effondrement de l’empire Franc et à la poussée des musulmans, arrivent à Toulouse. Ils s’installent dans le quartier du Férétra autour de la chapelle qui existait déjà. Ils bâtissent leurs cellules. Mais coup sur coup, en 1241 et 1242, une inondation emporte leur établissement. Ils décident de venir dans Toulouse intra-muros pour établir leur couvent sur l’actuelle place des Carmes. Le couvent s’y élève du XIIIe au début du XIXe siècle lorsque Napoléon le fit démolir.

Au Férétra, les carmes ont laissé une statue de la Vierge Marie pendant une quarantaine d’années. « Elle obtint de nombreuses grâces et aurait même fait des miracles, raconte l’abbé. Ils ont mis un certain temps avant de la rapatrier dans le couvent de la place des Carmes, parce que les habitants du quartier du Férétra voulait probablement bénéficier de la présence de cette statue ». Avec les aléas de l’histoire, elle finit dans l’église de la Dalbade. « Aujourd’hui, nous vénérons une reproduction de cette statue, bénie par Monseigneur Fellay, le 16 juillet 2017″.

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L’intérieur de l’église tel que nous le voyons est de style néo-classique de l’époque Louis XVI. Elle ne restera pas longtemps intacte. Lorsque la Révolution éclate, l’église est vendue comme bien national le 10 avril 1795. Elle passe entre les mains de différents propriétaires. Elle est abandonnée au XIXe siècle avant d’être acquise par les hospices de la ville de Toulouse. Elle sert pendant longtemps à un charbonnier qui y rangeait son camion et sa marchandise. En 1915, la ville a même proposé sa destruction afin de créer une place publique. En 1920, les Toulousains de Toulouse écrivirent une lettre ouverte au maire de Toulouse dans la revue L’Auta pour prendre la défense de cette chapelle. Malgré cet attachement, elle continue à se détériorer doucement.

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En 1975, elle est mise à la vente par les Hospices de Toulouse. René Trazit, un érudit local, passionné de questions du patrimoine, la rachète et constitue une association : « Les amis de Notre-Dame du Feretra ». Le 12 février 1979, l’église est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Sa restauration se fait dans la même année. Le 14 juillet 1979, un jeune prêtre de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) y célèbre sa première messe. La chapelle est rendue au culte après un abandon de presque deux siècles. Au fur et à mesure, le mobilier est récupéré à droite et à gauche, souvent chez des communautés qui ferment leurs portes. En 1980, les membres de l’association propriétaire du lieu décident d’accueillir de façon régulière les prêtres de la FSSPX pour y célébrer la messe. Depuis, environ 500 fidèles assistent chaque dimanche à la messe (08h00; 09h00 et 10h30), qui est aussi célébrée chaque jour en semaine à 18h30. La messe est célébrée suivant le rite tridentin, celui qui était utilisé partout avant la réforme liturgique de 1969, issue du Concile Vatican II.

Saint Thomas d’Aquin, le plus grand des docteurs

Saint Thomas d’Aquin n’est pas qu’un saint. Il est parmi les Docteurs de l’Église, ceux dont l’Église reconnaît l’autorité exceptionnelle dans le domaine de la théologie. À la différence d’autres docteurs comme François de Sales ou Bernard de Clairvaux, saint Thomas est le docteur commun de l’Église. L’abbé Malassagne explique : « Les docteurs de l’Église peuvent avoir des orientations ou des opinions théologiques parfois propres. Or, l’Église a estimé que la doctrine de saint Thomas était la pensée commune de l’Église. En suivant, en étudiant et en comprenant saint Thomas, on a la garantie d’être fidèle à la pensée commune de l’Église, au-delà de toute particularité, c’est de l’ordre de la sûreté théologique. »

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Pour le célébrer, deux dates lui sont dédiées dans le calendrier liturgique. « Dans le calendrier liturgique traditionnel, la fête du 28 janvier est au Propre de Toulouse, la fête de la translation des reliques de saint Thomas d’Aquin. C’était une fête de degré double majeur. Il y a aussi, pour l’Église universelle, le 7 mars la fête de saint Thomas d’Aquin, date de sa mort. Nous avons gardé les deux dates. Aujourd’hui, dans le calendrier moderne – suite au concile Vatican II -, la fête de saint Thomas d’Aquin a été déplacée au 28 janvier. »

Chaque année, dans la chapelle du Férétra, une relique de saint Thomas d’Aquin est vénérée lors de la messe du 28 janvier, à 18h30.

saint Thomas d'Aquin

Étienne Lafage

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