Protège ton église : « Nous voulons que les églises soient notre avenir »

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Protège ton église
L'équipe toulousaine de "Protège ton église" devant la cathédrale Saint-Étienne, le mercredi 10 avril 2019. Crédit photo : E.L
Face à la hausse des actes christianophobes, de jeunes catholiques s’investissent pour veiller sur les églises. Rencontre avec Protège ton église, les nouveaux gardiens du temple.  

Depuis le mois de mars, le parvis des églises est devenu le lieu de rendez-vous pour les défenseurs des églises. La page Facebook Protège ton église appelle les catholiques et plus généralement les Français à se mobiliser pour veiller et préserver une part de notre patrimoine menacé par des dégradations en hausse ces dernières années. 1 063 actes anti-chrétiens ont été recensés en 2018, soit 25 de plus qu’en 2017. Rencontre avec Gauthier L., jeune étudiant diplômé de l’IEP d’Aix en Provence, à l’initiative de la page. 

Infos-Toulouse : Comment s’est créé et quel est le rôle de Protège nos églises ? Gauthier L.: Les profanations du mois de janvier (plus de 66 au total pour ce premier mois de l’année) furent un véritable choc pour nous. Nous en discutions souvent avec des amis, catholiques ou non mais tous attachés à leur identité. Nous ne savions pas comment répondre à cela mais nous voulions agir. Nous avons fini par décider d’aller au plus simple, au plus évident : organiser des veilles devant les églises afin d’afficher une présence et un engagement visible pour leur préservation. Nous vivons une véritable crise de foi et d’identité en Europe, qui perdure car nous n’osons pas l’aborder sans tabou. Probablement trop de paroles. Nous avons opté pour des actes.

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Quelle est l’importance de son développement ?
Au niveau local, j’ai pu constater un engouement certain pour cette initiative. Très rapidement, nous avons pu organiser plusieurs groupes qui se relaient d’une semaine sur l’autre. Au niveau national, des sections sont en train d’être constituées à Paris, Marseille, Aix-en-Provence, Lyon, Strasbourg, Rennes, Dijon, Metz, Nancy, Angers, Versailles et bien d’autres encore avec parfois plusieurs dizaines de personnes. Actuellement, on trouve les plus fortes mobilisations dans les villes qui ont été attaquées, ce qui démontre une réaction saine de la part de leurs habitants. Nous avons déjà relayé plusieurs veilles dans plusieurs villes. Les sections les plus actives en nombre sont les sections parisiennes (nous avons divisé la ville en deux secteurs) et aixoise.

Est-ce le constat d’un manque d’implication de la part des pouvoirs publiques dans la protection de notre patrimoine religieux ?
Nous constatons, en amont des profanations, un véritable climat anti-chrétien encouragé par certains hommes politiques dans l’indifférence totale pour notre patrimoine et notre identité, et un silence réel et non sans conséquence sur les profanations. Quelques voix s’élèvent heureusement. Nous avons été contactés par des élus et (individuellement) par des personnes qui travaillent dans les forces de l’ordre, nous ne souhaitons toutefois pas faire de généralités sur le sujet.

Publiée par Protège ton église sur Dimanche 24 mars 2019

« Protège ton église », s’adresse à tous les Français (des initiatives dans d’autres pays seraient évidemment soutenues, comme c’est déjà le cas chez nos amis belges). Le postulat de départ est simple : l’image d’Épinal de la France des clochers est réelle, même dans les villes. Tous les Français ont « leur » église. Celle qu’ils voient en sortant de chez eux, celle devant laquelle ils passent en allant au travail, pour aller faire leurs courses, retrouver des amis, etc. Les églises font partie de leur environnement, de leur vie. Elles sont aussi un héritage qui les lie avec leurs ancêtres et que nous nous devons de préserver pour les générations à venir. Ces églises sont actuellement durement attaquées, profanées, volées, vandalisées.

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Nous entendons réveiller les Français et leur rappeler que ce sont bien « nos » églises et qu’elles font partie de notre patrimoine local et national. C’est une part de notre identité commune, ce qui fait notre lien social qui est visée et saccagée par des voyous. Ces églises sont notre passé et notre présent. Nous voulons qu’elles restent et soient aussi notre avenir. Et pour les catholiques, comme la plupart d’entre nous, il s’agit en plus de la maison de Dieu.

Protège ton église
Protège ton église à Paris Sud.

C’est ce travail de sensibilisation que nous entendons mener. De là découlent les veilles, notre volonté d’être présents pour intervenir si nous assistons à des actes de vandalisme dont l’article 73 du code de procédure pénale tient compte (flagrant délit passible d’emprisonnement par exemple). Nous souhaitons aussi agir plus simplement, en demandant pacifiquement aux personnes qui ont pour habitude de s’installer devant les églises la nuit, consommer alcool et stupéfiants, de ramasser leurs déchets et de se déplacer afin de ne pas gêner les habitants.

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Quelle est la mission des protecteurs des églises ? D’où viennent-ils ?
Autrement, nous savons que nos actions présentent des risques pour nos volontaires. On n’interpelle pas des personnes en état d’ébriété ou en train de vandaliser un lieu de culte sans risque. Nous avons mis au point un guide, publié sur notre page publique, qui donne des conseils avec prudence, toujours dans le respect de la loi, pour les personnes qui participent aux veilles.

Nous leur recommandons notamment de toujours rester pacifiques et de noter le numéro du commissariat de police le plus proche dans leur téléphone portable pour le contacter face à un délit ou un danger. Nous insistons grandement sur la légalité de nos actions et proscrivons notamment le port de gaz lacrymogène, et nous invitons les participants aux veilles à se mettre de dos si des photos sont prises, afin de préserver leur sécurité.

Une telle initiative pourrait-elle voir le jour à Toulouse ?
Récemment, une section a été ouverte à Toulouse et a effectué sa première veille, sous la pluie ! Nous espérons la voir grandir et arriver idéalement au rythme d’une veille hebdomadaire, ce que nous attendons de nos sections. Nous encourageons pleinement un développement déconcentré, relayé par une page où nous centralisons la diffusion de nos actions pour additionner leur impact.

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Quel avenir et quelle forme pour Protège ton église ?
Nous souhaitons développer une section dans au moins chaque département, autour des grandes villes avec plusieurs veilles par semaine notamment dans les villages qui entourent les agglomérations. Nous pensons également à traduire en association notre initiative. Une vraie coordination avec des sections autonomes est nécessaire dans ce projet où, je le pense, la verticalité doit être restreinte au minimum nécessaire. Les sections devront apprendre à être indépendantes et lancer elles-mêmes leur mouvement.

La dimension locale est trop importante. Nous ne pouvons pas savoir sans être dans une ville que telle ou telle église est peu fréquentée, abrite une œuvre d’art ou se trouve à proximité d’un bar qui ferme tard. En plus de ces actions de prévention, nous réfléchissons à ajouter une dimension de sensibilisation réelle au patrimoine des lieux de culte chrétiens, parallèlement aux autorités ecclésiastiques et locales. Je pense que nous pourrions être utiles en servant bénévolement des paroisses pour des tâches pénibles au cours de ce type d’événement. Nous verrions aussi d’un très bon œil un soutien de la Conférence des Évêques de France. Aussi, nous avons commencé à contacter des personnalités publiques pour de nouvelles actions. Nous reviendrons là dessus publiquement lorsque nous aurons des réponses.

Propos recueillis par Étienne Lafage.

Contacter la section toulousaine de Protège ton église par mail : protegetoneglise31@yahoo.com

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