Nous avons lu « Contre le libéralisme », d’Alain de Benoist

1
313
Contre le Libéralisme

Sorti en février 2019, Contre le libéralisme est un essai sans équivoque. Alain de Benoist examine sous toutes les coutures, l’idéologie libérale. 

Peu d’écrivains français peuvent se targuer d’avoir accompli une œuvre littéraire dont la longévité égale celle d’Alain de Benoist. Né en 1943, celui que d’aucuns considèrent comme l’animateur-phare de la Nouvelle Droite depuis les années 60 a publié en février dernier aux éditions du Rocher un nouvel essai au titre sans équivoque, Contre le Libéralisme – La Société n’est pas un Marché. Dans les 348 pages de cet ouvrage, Alain de Benoist propose une attaque en règle contre la philosophie libérale sous tous ses aspects (économique, politique, anthropologique), philosophie et vision du monde qui constitue selon lui l’ennemi principal de notre temps. La démonstration se révèle-t-elle convaincante ?

Lire aussi : Alain de Benoist : « Certains pensent que les problèmes seraient résolus s’ils pouvaient s’enrichir à leur tour »

L’ouvrage tente d’abord de nous proposer une définition du libéralisme, système complexe d’idées parfois éloignées pour ne pas dire incompatibles. Après tout, le libéralisme est bien la première des idéologies politiques de la modernité, et les couches successives de mises à jour idéologiques qui ont été accumulées au fil des décennies et des siècles a semé le trouble sur ce qui constitue le « vrai » libéralisme. Au travers de son érudition habituelle, Alain de Benoist s’emploie à dévoiler cette nature authentique du libéralisme, sans dissimuler à ses lecteurs la richesse de cette pensée ni son héritage. Philosophes utilitaristes, militants libertariens ou économistes libre-échangistes constituent la toile de fond de la critique du livre.

Lire aussi : François Bousquet : « Le mensonge a pris un caractère systémique »

Mais de cette nébuleuse apparente, de Benoist extrait le cœur de la doctrine libérale, qui lui donne son identité et sa cohérence : le libéralisme, c’est la doctrine de l’individu abstrait, autodéterminé, autonome, imperméable et présocial. La société libérale, c’est la société des atomes individuels, faite par et pour eux. C’est un monde constitué d’unités humaines relativement rationnelles, tendanciellement raisonnables et fondamentalement égoïstes, dont les appétits personnels servent de fondation au bien public. Le monde libéral, basé sur l’anthropologie de la poursuite du bonheur personnel (qui se confond de fait avec la quête de la jouissance permanente et du plaisir comme mesure de la valeur de l’existence) est aussi celui du calcul permanent, du caprice individualiste puéril en même temps que de la prédation permanente.

Pour un modèle « communautarien », contre le libéralisme

Le travail d’Alain de Benoist n’est cependant pas seulement une critique stérile d’un système philosophique (on y trouve notamment un chapitre remarquable entièrement consacré à critiquer le libéralisme de Friedrich Hayek dans ses détails les plus subtils). Face à ce modèle désenchanté (pour ne pas dire lugubre), de Benoist oppose un autre modèle politique, issu des cheminements de ce qu’il convient de nommer la Nouvelle Droite et de son originalité. Cet autre modèle est tout d’abord celui des « communautariens ». Famille de pensée peu connue en France, essentiellement américaine, elle postule que le « seul et vrai paradis » n’est pas celui de l’individu émancipé de ses liens et des attaches mais précisément la communauté humaine au sein de laquelle il exprime sa personnalité et son identité. Le chapitre, passionnant, fourmille d’informations sur cette famille « communautarienne » dont la pertinence permet de dépasser le clivage franco-français qui domine les discussions sur le libéralisme et qui sépare d’un côté des libéraux individualistes et de l’autre des étatistes nostalgiques d’une bureaucratie régulatrice au service du « plus froid des monstres froids ».

Politiquement, le communautarianisme de l’auteur se transcrit par un éloge très « rousseauiste » de la démocratie directe, seul modèle capable de défendre le bien commun et l’intérêt général face à la démocratie représentative, construction oligarchique et anti-populaire au possible. Depuis les années 80, Alain de Benoist a développé une vision politique qui conjugue la démocratie directe, le syndicalisme-révolutionnaire de Georges Sorel ainsi que l’éthique de l’honneur des sociétés traditionnelles. Cette synthèse particulière élargira sans nul doute les horizons des lecteurs les plus curieux et les moins dogmatiques.

Contre le Libéralisme est un ouvrage intéressant, pertinent et qui fait office d’introduction de qualité à la critique anti-libérale pour les lecteurs désireux de solidifier leur culture politique. Comme toujours chez de Benoist, la bibliographique regorge de références utiles pour explorer le sujet. On regrettera cependant une approche argumentative qui ne tente jamais vraiment de convaincre le lecteur potentiellement libéral de repenser sa vision du monde. Par exemple, de Benoist considère comme évident le fait que la France est un pays libéral (voire ultra-libéral) alors que le poids de l’État dans son économie ou dans la régulation des modes de vie est particulièrement prégnant. Ce déséquilibre dans l’accusation affaiblit la position communautarienne de l’auteur et pourrait laisser penser que celle-ci n’est finalement qu’un « étatisme à visage humain ». Au-delà de ces quelques critiques que nous portons à son égard, nous recommandons vivement la lecture de cet essai, qui figurera à n’en pas douter parmi les plus reconnus d’Alain de Benoist.

Rolland Rochefort. 

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Ecrivez votre commentaire
Entrez votre nom