Suicide dans la police : « Triste, forcément, en colère surtout »

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Suicide
Manifestation des policiers en colère à Toulouse, à l'automne 2016. Crédit photo : N.B/Infos-Toulouse
Un policier toulousain a été retrouvé mort à son domicile, jeudi 20 juin. La thèse du suicide est privilégié par les enquêteurs. Il s’agit du 35e suicide touchant la profession.

Quatre jours après l’annonce du 35e suicide dans la police depuis le début de l’année, le milieu des forces de l’ordre est toujours sous le choc. Et plus particulièrement l’entourage des fonctionnaires, dont leurs compagnes luttent depuis plus de deux ans pour se faire entendre sur les dégradations des conditions de travail dans la profession. Rencontre avec une « Femme des Forces de l’ordre en colère » (FFOC). 

Infos-Toulouse : Quel est votre sentiment après la mort volontaire d’un policier toulousain ?
FFOC : Triste, forcément, en colère surtout. Désemparée pour ceux qui restent (famille, collègues). 35 suicides depuis ce début d’année. On ne peut absolument pas dire « ça n’arrive qu’aux autres », on essaie d’être vigilent… Parfois cela ne suffit pas…

Une colère car la plupart des journaux ont osé indiquer que le fonctionnaire de police avait fait l’objet, deux jours auparavant, d’une comparution paritaire disciplinaire. En quoi cette information était-elle pertinente ? Comment les journaux (avant l’autopsie et surtout les pièces permettant de dire que c’était un suicide) ont-ils pu avancer ceci ? Pour nous, c’est un ramassis de conneries…

Dans quel état moral et physique se trouvent les forces de l’ordre aujourd’hui à Toulouse ?
Épuisés autant sur le plan physique que psychologique. Concernant les Gilets Jaunes, les premiers samedis, aucun ravitaillement (nourriture, eau…) n’était prévu pour certains effectifs. Ils enchaînent leur semaine de travail sur lequel ils sont formés pour ensuite faire front à des personnes voulant en découdre avec les forces de l’ordre à coup d’acide, de boules de pétanque, d’armes de poings, et rester stoïques. Épuisés de ne pouvoir poser de samedi pour les Gilets jaunes ou autre manifestation. Et oui un fonctionnaire de police travaille le samedi, le dimanche et TOUS les jours fériés, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour la nation et au détriment de sa famille. C’est un choix.

On parle beaucoup du manque d’effectif à Toulouse et des conditions de travail qui se dégradent. Dans quelles conditions travaillent les policiers aujourd’hui ?
La plupart des effectifs sont renvoyés vers la capitale afin de la protéger au mieux… Mais qui va défendre notre ville ? Les effectifs restant ne suffisent pas à contenir les manifestations d’un côté et l’économie souterraine de l’autre, laissant libre court aux trafics d’armes, de drogues et bien d’autres.

Le manque d’effectif pénalise également le fait de ne pas pouvoir « poser » de jours afin d’avoir un vrai week end en famille, entre collègues. Il y a aussi le manque de moyens : des véhicules non adaptés en fonction des services spécialisés, gilets pare-balle qui ne suivent pas l’évolution physique de la personne (20 ans de carrière pour certains), radios ne fonctionnant pas, locaux douteux voire insalubre… Et la liste est non exhaustive.

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Mais je pense que le pire pour nos forces de l’ordre c’est de se dévouer à leur travail sans relâche, intercepter un individu en flagrant délit et… le voir relâché le lendemain car nous avons une justice trop laxiste. Enfin, pas pour tout le monde… Un fonctionnaire de police essuyant une « erreur » de parcours tant au niveau professionnel que personnel « paiera » le double que le citoyen lambda. Sa parole sera continuellement remise en question.

Les Avantage spécifiques anciennetés (ASA) non régularisés, les heures supplémentaires non payées mais seulement récupérables et vu les événements actuels difficilement positionnables. Il faut batailler pour que les agents soient indemnisés lors d’outrages ou violence. Parfois cela passe « aux oubliettes ». Le fonctionnaire se doit d’être à la fois gardien de la paix et secrétaire ? Tenir un registre des outrages relevés non soldés ? L’administration est défectueuse sur ce plan également. Elle ne suit pas les affaires quand les fonctionnaires sont victimes. C’est aux femmes ou hommes de « FO » de s’en occuper !

Comment évolue le mouvement des FFOC ? 
Un rendez-vous a eu lieu récemment avec le cabinet du ministère de l’Éducation Nationale concernant le harcèlement à l’école pour les enfants de force de l’ordre, élargit bien évidement à l’ensemble de la population. Des propositions ont été faites de notre côté pour éviter ceci, des approbations sont en cours d’études auprès du gouvernement.

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Nos actions sont quotidiennes, par la distribution de petites douceurs dans les Ciats, les caserne ou les centres pénitenciers… Des mots d’encouragements distribués via nos flyers. Notre groupe sur Facebook qui permet également de pouvoir échanger H24 et prendre des nouvelles des uns et des autres. Notre présence discrète lors de la perte malheureuse de l’un de nos anges gardiens (dépôt de gerbes, courrier de soutien…). Une aide auprès des familles. L’avenir du FFOC : qu’il perdure et qu’il arrive a percer les entrailles du gouvernement afin d’être entendue par le ministre de l’Intérieur !

Un dernier mot ? Merci beaucoup pour votre disponibilité et votre confiance.
Pour ma part, Le groupe FFOC m’a permis de pouvoir être soutenue par des femmes admirables et hommes car de nos jours être femme ou homme de « flics » n’est pas facile au quotidien, tant au niveau de la gestion des journées avec les enfants que des risques encourus pour nos FO. Mon « flic » travaille de nuit, uniquement, j’ai une boule à l’estomac quand il part chaque nuit à 20 heures, et je guette à 5h30 le matin s’il est rentré… Ou pas (opération en cours, debrieffing, autre comme prise d’otage…).
Femme de « flic » et fière de l’être !

Propos recueillis par Étienne Lafage. 

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