Les Antigones : « Porter un discours vrai sur la féminité »

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Les Antigones
Les Antigones sur le Vieux-Port de Marseille en 2014. © Les Antigones

La Coupe du monde de football féminin a été le prétexte pour remettre au goût du jour le thème du féminisme. Rencontre avec Anne Trewby, des Antigones, une alternative aux mouvements féministes. 

Né en 2013 au moment de l’avènement de la Manif pour Tous, les Antigones ont pris le contre-pieds des Femen. Féminité en réponse au féminisme, transmission plutôt que consumérisme, autonomie face à la misère… le mouvement entend porter une réflexion et un discours vrai sur la féminité, la complémentarité et les problèmes contemporains des femmes françaises. 

Infos-Toulouse : Que devient les Antigones depuis leur création en 2013 ?
Anne Trewby :
 Le mouvement est né du constat qu’il n’existait plus en France qu’un seul discours sur les femmes, celui du féminisme indifférencialiste, qu’il soit celui, hérité de Beauvoir, d’une Badinter ou d’une Agazinski ; celui des héritiers de Judith Butler et des penseurs du « genre », ou encore celui des courants intersectionnels qui amalgament aux combats des femmes ceux de toutes les minorités qui leur tombent sous la main, des LGBT aux groupes « racisés ». L’hétérogénéité de ces courants de pensée n’est qu’apparente dans la mesure où tous partagent un certain nombre de prémisses intellectuelles que nous récusons, comme le primat de la culture sur la nature dans la construction de l’identité sexuée, ou encore l’existence d’une oppression systémique des femmes – le patriarcat, supposant de facto une vision progressiste de l’histoire.

Malgré les différences de parcours, de religion ou encore d’idées politiques des fondatrices du mouvement, nous avions du moins en commun de déplorer l’unilatéralité de ce discours sur les femmes, avec un positionnement clairement différencialiste. Nous avons également en commun de reconnaître l’existence de lois naturelles préexistantes aux fictions juridiques qui tiennent désormais lieu de vérité à nos contemporains. À partir de cette base, nous avons construit pas à pas notre réflexion philosophique et politique, notamment par l’organisation de conférences dans nos antennes parisienne, marseillaise et lyonnaise. C’est ce travail de fond qui nous a certes éloignées un temps des médias et des coups d’éclats militants, mais qui nous a permis de construire un corpus de réflexion solide sur les questions féminines et féministes.

Antigones a aujourd’hui atteint une nouvelle étape de sa maturation, en accord notamment avec les changements de vie de chacune des membres du mouvement. Nous souhaitons désormais rendre accessibles ces réflexions que nous avons menées, à travers la publication de textes, que vous pouvez retrouver sur notre site internet www.lesantigones.fr, d’ouvrages, et d’émissions audio que nous diffusions sur notre chaîne YouTube. Nous publions chaque mois une tribune sur le site de Valeurs Actuelles. Nous disposons désormais d’un corpus de conférences sur différents sujets allant de la complémentarité à la transmission en passant par la question du corps que nous adaptons et enrichissons en fonction des demandes.

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Les questions féminines sont plus que jamais d’actualité, et trop de partisans du bon sens manquent cruellement de formation et d’arguments sur ces sujets, pourtant fondamentaux dans le débat politique actuel – les rapports hommes / femmes impactent la société dans son entier puisque c’est le couple sexué et fécond qui en constitue la base. Trop de penseurs politiques ou de militants délaissent ces sujets comme étant secondaires alors qu’ils sont sans doute ceux qui vont impacter quotidiennement et durablement leurs vies, à travers toutes les femmes qui la partagent mais pas seulement.

Que pensez-vous du football féminin et plus particulièrement de la médiatisation de la coupe du monde féminine ? Craignez-vous que leur destin soit similaire à celui des footballeurs ?
Les questions de féminité sont le reflet d’une société en manque de repères. Le masculin et le féminin sont deux composantes nécessaires à l’existence de l’humanité et s’inscrivent dans une dualité naturelle qui agence le monde et que l’on retrouve dans les couples fondateurs qui structurent la pensée de toutes les civilisations – le froid et le chaud, le sec et l’humide, le sacré et le profane…. La pensée occidentale, lorsqu’elle a décidé d’ériger un absolu la Raison au détriment de la foi et de la pensée symbolique, a perdu la capacité d’appréhender ces notions avec justesse, les figeant au contraire dans des listes de critères certes mesurables et rassurants, mais rigides et trompeurs – voire en décidant de s’en passer. C’est le propos de Mircea Eliade dans Le Sacré et le profane, qui analyse la disparition de cette structuration ancestrale du monde dans nos sociétés modernes. Le refus de la complémentarité relève de la même logique et nuit considérablement à notre compréhension du monde et à notre appréhension de la philosophie et du politique. Masculin et féminin sont les conditions sine qua non de l’existence de la famille, cellule pré-politique qui fonde la société et la perpétue. Attaquer le féminin et le masculin, et bien sûr la famille, entérine la mort du politique.

Les Antigones

C’est dans ce cadre de pensée qu’il faut inscrire la question de la médiatisation de la coupe du monde de football féminin. Le sport a toujours été éminemment politique, un moyen autre que la guerre pour affirmer la supériorité d’une communauté, qu’elle soit nationale, régionale, etc. sur une autre, de faire preuve de force, de maîtrise, de technique, et aussi pour exhiber la beauté d’un peuple. C’est pourquoi dans le contexte politique actuel, il n’est guère étonnant de voir soudainement les caméras se braquer sur les équipes féminines, et, même si c’est encore marginal, sur les équipes « inclusives », faites de personnes handicapées, racisées, ou de LGBT. La victoire de l’équipe masculine en 1998 avait été l’occasion de célébrer le modèle de l’assimilation et l’Homme Nouveau de la société capitaliste post-45 avec ce slogan, « la France Black-Blanc-Beur » ; la coupe du monde 2019 sera l’occasion de promouvoir la Femme Nouvelle.

À ce titre, le destin de l’équipe féminine de France de foot est déjà similaire à celui de l’équipe masculine. Le sport, c’est la question de la frontière : à l’origine géographique, elle est désormais d’abord idéologique. La frontière du féminin, ce sera ici celle de la stricte égalité des sexes – l’égalité n’étant pas comprise ici comme un principe politique visant à assurer la Justice, mais bien comme l’absolu fondateur d’une nouvelle religion.

« C’est si facile de jeter l’opprobre sur l’intégralité de la gent masculine »

Les médias ont parlé de libération de la parole des femmes avec le hashtag MeToo. Qu’en avez-vous pensé ?
#Metoo et #balancetonporc ont été des mots d’ordre délétères tant par leur mode opératoire que par la publicité qui en a été faire. Si nous avons toujours jugé primordiales les questions de la défense des femmes victimes de violence, nous n’avons vu dans ce mouvement qu’amalgames et injustices. Lyncher publiquement des hommes qui devant une cour de Justice auraient on l’espère droit à une présomption d’innocence ; confondre allègrement harcèlement au travail, propos sexistes et viol ; et finalement tout mettre sur le dos du système, c’est nuire profondément aux victimes de violence.

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Ces hashtag ont mis sur le même plan des victimes de viols, de harcèlement au travail ou encore d’attouchements dans le métro… sans jamais que justice soit faite pour ses femmes. On a peut-être parlé à cette occasion de violences faites aux femmes, mais comme on en a mal parlé ! C’est si facile de jeter l’opprobre sur l’intégralité de la gent masculine devant le nombre effarant de femmes violées en France, c’est autre chose de revenir sur la loi Taubira et les peines scandaleusement légères appliquées aux coupables.

Quant à la tribune sur une prétendue « liberté d’importuner », elle n’était guère plus intelligente que le mouvement qu’elle critiquait : mêmes amalgames, même individualisme, même volonté d’une sexualité toute entière subordonnée au plaisir et à la jouissance…

Pendant ce temps-là, personne pour pointer du doigt l’insécurité croissante de nos sociétés, tant due au recours massif à l’immigration, armée de réserve du Capital et palliatif misérable à la stérilité croissante de l’Occident, qu’à la volonté systématique de détruire toute barrière morale susceptible de civiliser les rapports hommes – femmes. Nous assistons à l’arrivée massive de populations dont la culture ne réserve qu’une place honteuse aux femmes, tandis que nous laissons la nôtre se délabrer à mesure que nous y trouvons notre compte dans l’assouvissement de nos propres désirs. La meilleure réponse à #Metoo c’est d’une part une réponse judiciaire appropriée aux comportements qui relèvent des crimes et délits, et d’autre part un comportement personnel exemplaire en terme de respect des sexes à titre personnel. Simple question de cohérence…

Vous vous étiez engagé contre le Mariage pour tous où l’on avait promis que la PMA ne serait pas à l’ordre du jour. Quel est votre sentiment alors que la loi pourrait être adoptée cette année ?
Aujourd’hui comme hier, ces lois ne sont que la suite logique d’un processus de destruction civilisationnel qui les dépasse largement. La PMA pour toutes va passer, mais c’était déjà écrit ! Cette fatalité tenait plus à l’existence même de la technique de fécondation in vitro et autres procédés de conception médicale d’enfant que dans la mise en place de la législation du Mariage pour tous. Le Mariage pour tous, c’est le règne du plaisir et de l’amour après la mise à mort de la responsabilité et du politique ; la PMA, c’est le règne de la technique érigée en absolu salvateur et du mensonge institutionnel comme seule réponse à la souffrance d’hommes et de femmes dans l’incapacité de concevoir.

Nous avons récemment publié sur notre chaîne YouTube une émission sur la question de la PMA pour toutes. Suivra en septembre une seconde sur la question de la PMA elle-même. Nous ne sommes pas déçues par ces lois dans la mesure où n’avons aucune illusion sur l’état de notre société. Elles ne font qu’affermir notre volonté de combattre le mal à la racine, par l’analyse des causes profondes de la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Ces lois ne sont que la suite logique de la rupture de transmission que nous avons amplement décrite dans nos textes. C’est ce qui explique que nos conclusions soient parfois si radicales. Dans le cas de la PMA pour toutes par exemple, notre réflexion nous a mené à critiquer le principe même de la PMA, même pour les couples hétérosexuels. En effet, la rupture ne se situe pas sur la question de l’orientation sexuelle mais dans notre rapport à la technique. Dès lors que celle-ci est considérée comme le seul remède à nos souffrances, il est évident qu’elle sera brandie comme solution unique que cette souffrance ai pour origine une pathologie médicale ou un choix de vie. Cet état d’esprit nous empêche d’analyser les causes profondes du problème : la stérilité de masse causée tant par les modèles de vie proposés à nos contemporains (ne fonder une famille qu’à 30 ans passés ne peut être un modèle de vie qu’au détriment de la natalité d’un pays, quels que soient les choix personnels de chacun), que par le choix d’une industrie agro-alimentaire productiviste qui nous intoxique quotidiennement.

Plus généralement, comment qualifiez-vous la mouvance féministe ? Comment vous positionnez-vous par rapport à elles ?
Le féminisme appartient au même titre que d’autres courants de pensée à une histoire dont nous sommes héritières. De même que nous pouvons critiquer des courants philosophiques comme les théories du contrat ou encore l’existentialisme sartrien, nous sommes critiques de ces mouvements dont nous considérons qu’ils se basent sur des prémisses intellectuelles fausses.

Le féminisme, comme tous les courants de pensée, s’est nourrit des courants dont il était contemporain. Nous avons ainsi en France hérité d’un féminisme indifférencialiste profondément lié à la fois à la pensée marxiste et à la pensée sartrienne de la liberté et du corps. C’est l’ensemble de ce corpus idéologique dont il faut se faire critiques et pas seulement le féminisme. De même les mouvements féministes contemporains ont été profondément marqués par les combats des minorités raciales et sexuelles et le revendiquent désormais. Les courants écologiques commencent eux aussi à influencer un certain féminisme, avec des résultats cette fois plutôt bénéfiques pour les femmes (remise en cause de la contraception hormonale, de la médicalisation du corps, du pouvoir des sachants sur les femmes, reconnaissance du rôle primordial des femmes dans la conquête de l’autonomie…).

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Le féminisme a également cela de particulier – c’est ici qu’il faut situer la perversion et pas ailleurs – qu’il est intimement lié à une histoire militante. Alors que le but de la recherche philosophique est a priori la recherche de la vérité, la pensée féministe dans toute sa diversité a en commun et de spécifique qu’elle poursuit d’abord et avant tout un objectif stratégique et politique, celui de la « libération » des femmes. Dans une telle perspective, quelle place pour la vérité, aussi difficile puisse-t-elle parfois être à entendre ? L’impératif politique est voué à prendre le pas sur la recherche de vérité philosophique et scientifique.

Notons que c’est le corps féminin qui est au centre de cette problématique de politisation de la pensée féminine. La « dénaturalisation » des femmes, qui commence avec Beauvoir et se prolonge dans les théories du genre et le queer, était aux vues du contexte intellectuel et philosophique du XIXe siècle, un passage obligé. Il nous a mené à l’idée radicale du genre pensé comme primat absolu de la construction sociale de l’identité par rapport à la sexuation, réduite à une donnée naturelle dénue de sens. Le féminisme a érigé le corps, et le corps féminin notamment, en terrain de lutte politique. Lieu et outil de domination, il est pensé par les féministes pour devenir lieu et outil de libération. Dans tous les cas – autre erreur fondamentale de la pensée féministe – il n’est que pure donnée matérielle qu’il est permis, et même nécessaire, d’utiliser comme arme politique. C’est là où Femen rejoint Judith Butler. 

Le mécanisme que nous décrivons ici est parfaitement résumé par Camille Froideveau-Metterie dans L’Expérience du féminin quand elle explique qu’ « après que la femme ait été exclusivement définie par son sexe, il fallait la définir comme non sexuée pour fonder sa légitime prétention à investir le monde. Le schème de la construction sociale des genres a permis de penser ce qui était jusque-là impensable, soit une interprétation de l’existence féminine indépendamment de toute sexuation […]. En s’appliquant à redéfinir l’individu de sexe féminin dans les termes du neutre et de l’universel, les théories du genre entraient en parfaite résonance avec la généralisation du principe libéral et la consécration des droits de l’homme qui caractérisaient, au même moment, l’évolution du système juridique et du régime symbolique de nos sociétés occidentales ». Le féminisme ne doit pas être isolé du contexte philosophique et politique qui a permis son éclosion et nourrit ses évolutions récentes.

De même, les questions féminines et la question plus philosophique du masculin, du féminin et de leur complémentarité ne peut être posée seulement en termes d’acceptation ou de refus de telle ou telle mesure politique. Elles doivent être considérées sur le plan philosophique de la recherche de la vérité, et trouver une traduction politique cohérente avec le contexte politique et culturel contemporain. Nous ne cherchons ni à sauver l’existant ni à restaurer un passé rêvé et largement fantasmé, mais à retrouver des bases pérennes pour l’avenir !

Qu’est-ce que la féminité ?
Nous avons évoqué les couples fondateurs que sont le masculin et le féminin, le sacré et le profane ou encore le froid et le chaud. Toutes ces notions ne peuvent être pleinement comprises qu’en dehors d’une pensée strictement rationnelle ; ils s’articulent sans s’opposer, ne peuvent être confondus sans pour autant pouvoir être absolument définis, et malgré cette fluidité, structurent notre monde.

C’est pourquoi le masculin et le féminin, la féminité et la masculinité, restent difficilement objectivables dans la mesure où ils varient d’un individu à un autre en fonction des époques et des lieux, du vécu personnel et familial. Ils sont d’abord et fondamentalement une expérience subjective. La littérature et l’art sont sans doute plus à même de saisir leurs subtiles nuances que la science ou la politique. Cela signifie-t-ils qu’ils soient strictement incommunicables et uniquement subjectifs ? Certainement pas.  La sexuation reste une donnée objective de notre humanité, à la fois nécessaire et signifiante. Elle est une donnée nécessaire, car elle permet la génération et donc le renouvellement de l’espèce, et signifiante dans la mesure où elle influence en profondeur notre rapport au monde.

Être un homme et une femme, au même titre que d’autres caractéristiques physiques, influence le regard de l’autre qu’on le veuille ou non. On peut décider de se battre contre tel ou tel préjugé attribués à nos caractéristiques physiques et qu’on considère comme injuste, on ne peut pas changer le fait que notre corps participe à nous définir. C’est inévitable. Par ailleurs, les différences physiologiques entre les sexes induisent un rapport au monde différent. Prenons deux exemples simples. Le rapport différent de chaque sexe à la fertilité implique un rapport au monde différent. À partir de la puberté, un homme est fertile toute sa vie, une femme non. Elle ne l’est que quelques jours par cycle, et seulement jusqu’à un certain âge. Forcément, ça influence notre rapport au temps. Aux hommes un sentiment de toute-puissance : ce qui était possible hier le sera encore demain. Aux femmes un sentiment d’urgence. De même chaque sexe n’est pas exposé aux mêmes risques, au même vécu du rapport sexuel. Ce n’est pas la même chose pour deux ados si un rapport sexuel donne la vie. Le garçon peut fuir ses responsabilités. Il peut même n’être pas au courant. La jeune fille elle, est enceinte qu’elle le veuille ou non.

Il y a donc des expériences propres à chaque sexe qui l’unifie et le constitue à la fois, faisant se rejoindre le vécu individuel subjectif, l’intime, et l’universel. La féminité, c’est autant un rapport de chaque femme avec cette notion de « féminin » qui la traverse et la dépasse, qu’un vécu personnel et intime d’expériences pourtant universelles à son sexe, comme la puberté ou la maternité (qui est vécue qu’elle soit actualisée ou non dans la mesure où elle est une potentialité du corps féminin par rapport à laquelle chaque femme se situe forcément à un moment de sa vie, quelle que soit la manière dont elle le fait). 

Concluons sur cette réponse trop rapide que la féminité ne peut se construire que dans un rapport avec la masculinité. De même que c’est parce que mon corps est distinct de celui d’autrui que je nous perçois comme un « je » et comme un « tu », c’est parce que j’ai en face de moi un homme que je peux dire de moi « je suis une femme ». Qu’importe finalement de savoir qui sont les grands coupables de la crise évidente de la masculinité et de la féminité dont nous faisons l’expérience ; ce qui importe, c’est de comprendre chaque pas fait dans le sens d’une féminité accomplie et épanouie comme chaque pas fait dans le sens d’une masculinité apaisée et cohérente portera des fruits pour les deux sexes.

Quels sont les modèles de la femme européenne en 2019 ? 
C’est un objectif bien pauvre à donner aux femmes européennes que de ressembler aux unes ou aux autres. Nous préférons leur proposer d’être, être pleinement et vivre pleinement chaque dimension de leur identité, y compris leur identité sexuée. La liberté que nous espérons pour les femmes est celle de faire leurs propres choix en fonction de leurs aspirations et non des diktats du moment, et des choix qui ne soient pas l’expression de leurs seuls désirs, mais aussi des responsabilités qu’elles ont comme les hommes vis-à-vis de leurs proches.

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Nous avions écrit dans notre manifeste une phrase souvent mal comprise : nous sommes épouses de nos maris, filles de nos pères et sœurs de nos frères. Loin de nous l’idée de limiter les femmes à leurs proches masculin, il s’agissait avant tout de réaffirmer que l’homme est un animal social, qui n’existe qu’au sein d’un réseau de relations, biologiques, familiales, amicales et communautaires. Qu’on soit brouillé avec sa famille n’empêche pas qu’on lui est profondément liée. Ce n’est pas un choix, c’est un fait biologique et humain qui concerne les femmes comme les hommes.

Pour autant, nous avons tous besoin de modèles pour nous construire, surtout les plus jeunes. Ces modèles sont les mêmes aujourd’hui qu’ils étaient hier : ils sont à puiser autant dans nos réseaux de relations (mère, grand-mère, tante, cousine, marraine, amie, voisine….), que dans notre culture. Nos mythologies, notre histoire, notre littérature, regorge de modèles féminins aussi divers que peut l’être la féminité. D’Artémis à Aphrodite en passant par Athéna, de Madame de Pompadour à Boadicée  en passant par Sainte Hildegarde, il y a pour les femmes matière à se faire une idée personnelle de la femme qu’elle souhaite être. Ajoutons que ces modèles, qu’ils soient proches ou lointains, sont tout aussi importants pour l’autre sexe, à qu’ils permettront de mieux appréhender et comprendre. Les jeunes hommes eux aussi ont besoin de constater la diversité des modèles féminins de la culture européenne pour ne pas réduire les femmes à un idéal caricatural. Et réciproquement évidemment.

Propos recueillis par Étienne Lafage. 

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