« Le bonapartisme est un patriotisme social progressiste »

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Napoléon en 1806, d'après une peinture de Édouard Detaille.

Autant qu’il existe des royalistes ou des nostalgiques de la IIIe République, les bonapartistes sont toujours présent dans toutes les sphères de la société. Rencontre avec le représentant de France Bonapartiste, David Saforcada. 

À 47 ans, David Saforcada est à la tête du mouvement France Bonapartiste depuis une dizaine d’années. Un parti politique qui se veut fidèle à l’héritage de Napoléon 1er et Napoléon III. Ancien militaire au 3e Rima, il revendique une « quarantaine d’années » de service à la cause napoléonienne, « à des niveaux différents en fonction des périodes »

Plus de deux siècles après l’abdication de l’Empereur, les idées bonapartistes semblent toujours être vivace parmi les Français …
Pourquoi parler de deux siècles ? L’abdication de Napoléon III n’a jamais eu lieu, sa déchéance est due à un vote de l’assemblée nationale là où il avait été élu puis maintenu par le choix du suffrage universel (masculin). Les principes bonapartistes, héritages de Napoléon 1er et de Napoléon III et de leur état d’esprit, restent vivaces car ils tournent autour de valeurs simples comme l’égalité, l’autorité, la souveraineté, l’indépendance, le progrès capables de s’adapter à aujourd’hui car le bonapartisme est un patriotisme social progressiste. Une grande partie des Français sont attachés à ces valeurs comme ils sont attachés à une certaine idée de la France, une France grande et généreuse, écoutée et respectée.

David Saforcada
David Saforcada, devant l’étendard impérial.

Que représente pour vous la figure de Napoléon ?
Pour moi Napoléon, mais aussi Louis-Napoléon, se résument dans deux devises « croire et oser » et « quand on veut, on peut et quand on peut, on doit ». Pour ce qui est de Napoléon Bonaparte je retiens l’histoire de cet enfant corse, un étranger dans le royaume de France, qui s’est intégré puis assimilé pour arriver au sommet. Il représente ce professeur d’énergie dont parlait Barrès, capable d’électriser les foules, de donner à la France ses masses de granit. Loin de l’image de l’ogre, il représente aussi (pour moi) ce chef d’État capable (coupable ?) d’empathie, de générosité même envers ceux qui l’ont trahi. Pour Louis-Napoléon il y a aussi cet homme qui croit en son destin, qui va se battre pour l’accomplir et qui va réussir. Louis-Napoléon n’est pas le croque-mitaine décrit par Victor Hugo mais un vrai humaniste, sûrement un socialiste au sens noble du terme qui sur bien des sujets aura eu raison avant tout le monde.

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Lorsqu’on est admirateur de l’Empereur Napoléon, sommes-nous de fait un sympathisant de Napoléon III ?
Un napoléonien, fan de la Grande Armée, de l’épopée du Ier empire ne sera pas forcément un admirateur de Napoléon III et du Second Empire. Moi-même, jeune napoléonien, féru des bruits de batailles et de gloire, je me suis laissé tromper par la girouette Hugo mais j’en suis revenu tant l’histoire de l’homme mais aussi de son règne sont riches. Un bonapartiste sera lui dans la lignée, dans la continuité de la construction d’une France sociale, économique, agricole, culturelle que défendra Louis-Napoléon. Il faut en finir avec les légendes noires du Second Empire et rétablir des vérités comme celles concernant décembre 1851, 1870, la perte de l’Alsace-Moselle. D’ailleurs à ce sujet, il serait bien alors que l’on commémore le centenaire du Traité de Versailles, de se souvenir que l’Alsace-Moselle sont revenues à la France grâce à l’Impératrice Eugénie.

« Partout où le regard se porte, il nous ramène à l’Empire »

Qu’est-ce qui pousse aujourd’hui à s’intéresser autant à la période impériale ?
On peut s’intéresser à la période (aux périodes) sous différents aspects. Ils pourront être purement historiques, ils pourront être purement politiques mais ils seront là. Lorsqu’on regarde l’histoire de France, l’histoire récente qu’est-ce qui peut marquer les esprits si ce n’est le développement de la France moderne ? Un développement qui prend ses racines dans le Consulat et qui se consolide sous le Second Empire. L’impulsion sera donnée, les régimes de substitutions n’auront plus qu’à prendre le train en marche… On pourra aussi s’intéresser à l’Empire par le côté militaire, la vie de la Grande Armée, la tactique et la stratégie, la beauté des uniformes. Partout où le regard se porte, il nous ramène à l’Empire.

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Qu’est-ce qu’être bonapartiste aujourd’hui ? Quelles idées sont portées par ce courant de pensée ?
Être bonapartiste aujourd’hui c’est défendre une politique de rassemble au-dessus des clivages stériles droite/gauche, c’est avoir une vision patriote et sociale, c’est être populiste au sens noble du terme, c’est être capable d’épouser son époque en sachant ne pas dépasser certaines limites. Je ne vais pas vous réciter tout le programme de France Bonapartiste, je vais vous donner certaines grandes lignes. La souveraineté populaire avec l’élection du président au suffrage universel et l’utilisation du référendum qui doit rester, au niveau national, une prérogative du chef de l’État. L’indépendance nationale pour une France présente sur tous les continents et sur les océans avec, entre autres, le projet de France sur mer. Le Progrès social avec une véritable lutte contre la paupérisation, une véritable égalité (et non pas l’égalitarisme), avec la vraie Participation (participation aux bénéfices, au capital, aux décisions). L’autorité avec la fin des « territoires de tous les droits » (et non de non droit) qu’ils soient territoriaux, scolaires, religieux. L’innovation et le progrès économique en ayant une politique non pas de protectionnisme dur mais de patriotisme économique intelligent. La cohésion nationale avec la lutte contre la désertification rurale, une véritable politique d’intégration.

De de Gaulle à Dupont-Aignan : des « trais du bonapartisme »

Un gouvernement bonapartiste est-il encore compatible avec la Ve République ?
Oui bien entendu avec quelques aménagements comme le retour du septennat, la fusion du Sénat et du CESE, la réduction du nombre de députés, la fin de la décentralisation et le retour à une vraie déconcentration. Le combat bonapartiste s’inscrit dans la République depuis la fin du XIXe siècle, la constitution de la Ve République (celle de 1962) s’inscrit dans la droite ligne de la République décennale de 1852.

Quelles figurent politiques ou dirigeants modernes représentent ou ont représenté le courant bonapartiste ces 100 dernières années ?
Mis à part les chefs de la Famille impériale et les élus bonapartistes jusqu’en 1940, je dirai aucun. Aucun autre politique ne s’est déclaré totalement bonapartiste ou bien simplement inspiré par le bonapartisme. Par contre, il est vrai qu’on peut retrouver chez certains des traits « bonapartistes » plus ou moins sincères dans certaines idées mises en avant, comme chez le général de Gaulle, le colonel de La Rocque, Philippe Séguin, Charles Pasqua, Jean-Pierre Chevènement ou encore chez Nicolas Dupont-Aignan. Ce n’est pas pour rien qu’aux époques qui ont vu ces politiques, des bonapartistes ont travaillé à leurs côtés avant de souvent, pour la majorité, s’en éloigner pour des raisons variées. Avec les années, j’ai appris à me méfier de celles et ceux qui ont des « lubies » napoléoniennes aussi éphémères que leurs promesses électorales ou bien qui font du « bicorne » une récupération malveillante.

Comment agit France Bonapartiste concrètement aujourd’hui ?
France Bonapartiste agit sur le terrain et sur internet. Nous avons des représentants dans de nombreuses régions de France qui organisent régulièrement des réunions, des conférences, qui participent au débat public. Nous sommes aussi présents sur les réseaux sociaux où nous rencontrons une certaine audience. Nous avons aussi un journal, Le Bonapartiste, disponible mensuellement (via abonnement gratuit par internet), qui compte 2500 abonnés. Nous avons aussi tissé de nombreux liens auprès de diverses associations citoyennes, des associations historiques, des associations proches des questions de défense, etc. Nous avons aussi des contacts avec divers mouvements politiques. Enfin nous avons la reconnaissance de la famille impériale et de la famille Murat ce qui est gage de sérieux et de fidélité à la cause.

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Pensez-vous présenter des candidats lors des prochaines municipales en 2020 ?
Dans la mesure où nous avons déjà des élus municipaux, au niveau local et national, nous présenterons des candidats (tête de liste ou pas) partout où cela sera possible. Il y aura des candidats sur la Haute-Garonne comme il y en a eu lors des élections de 2014.

Un mot sur le dernier prétendant bonapartiste, le prince Napoléon ?
Le prince Napoléon est le descendant du roi Jérôme, frère de l’empereur Napoléon 1er. Le prince Napoléon poursuit sa carrière professionnelle dans le monde de la finance, à titre personnel j’aurais aimé le voir faire Saint-Cyr avant de s’orienter vers une autre carrière (comme le prince Joaquim Murat qui a servi au 1er RPIMa par exemple). Il va se marier au mois d’octobre prochain… Il s’intéresse à la politique nationale et internationale malgré la discrétion dont il fait preuve actuellement mais il ne s’interdit pas de s’investir de façon plus active dans les années à venir.

Un dernier mot ?
Se dire bonapartiste peut paraitre anachronique pour certains mais être bonapartiste ce n’est pas du nostalgisme mais au contraire la marque d’une grande modernité. Certes France Bonapartiste est un mouvement modeste mais il a pour lui l’avantage de ne pas cacher ses opinions, il ne travaille que le drapeau au vent, dans le respect de la mémoire impériale et dans la vision de la France de demain. Il est dommage que certains bonapartistes, sincères, préfèrent la facilité de se « cacher » dans des partis politiques qui n’ont que faire du bonapartisme sauf pour en récupérer l’image de l’Empereur… Comme les demi-soldes de l’après 1815, comme la poignée de militants de 1848, je leur dis qu’il faut croire et oser !

Propos recueillis par Étienne Lafage.

Pour plus d’information, pour adhérer : francebonapartiste.fr

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