Damien Lempereur : « La vision marchande de la Ligue 1 ne marche pas »

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Ligue 1
La Ligue de football professionnel et Uber Eat ont signé un partenariat majeur pour la saison 2019-2020.

La Ligue 1 reprend ses droits samedi 9 août. Et l’élite du championnat de France est désormais sponsorisé par… Uber Eats. Un marqueur supplémentaire de la commercialisation du football. 

Ligue 1 Ubert Eats. Voici le nouveau nom du championnat de France de football. Une alliance assez contre-nature avec l’élite sportive française et une multinationale distribuant de la nourriture rapide et pas toujours très saine, le tout en étant exonéré d’impôt et en s’asseyant sur les normes sociales. Damien Lempereur, avocat au barreau de Paris, supporter du Paris Saint-Germain depuis des années et abonné en tribune Auteuil avant la dissolution des groupes de supporters en 2010, déplore cette « marchandisation du football ». 

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Infos-Toulouse : Comment avez-vous réagit à l’annonce du sponsoring de la Ligue 1 par Uber Eats ? 
Damien Lempereur : Je ne suis pas surpris, c’est dans la logique de marchandisation du sport, mais ils arrivent toujours quand même à faire pire dans le choix des sponsors. Au-delà de l’aspect business, il y a un message sportif à respecter et un service qui consiste à vous apporter à domicile de la nourriture pas nécessairement toujours très saine à manger devant la télévision n’y répond pas vraiment – à mon sens. De plus, l’ubérisation n’est pas exempt de toute critique sociale, il n’y a qu’à voir les conditions de travail. Il me semble qu’il y a une contradiction philosophique entre ce que devrait être l’image d’une ligue de sport populaire et l’image commerciale choisie pour nommer ladite ligue. Mais c’est un choix souverain d’une ligue privée qui a le droit de gérer son image comme elle l’entend. A suivre sur le moyen terme…

Les supporters se plaignent de plus en plus d’une répression toujours plus accrue. Quelle est votre position en tant qu’ancien abonné en tribune populaire ? 
Il n’y a pas de football sans ses fans. Il n’y a pas de football sans abonnés. Juninho le rappelait encore magnifiquement il y a quelques jours. Aujourd’hui, la ligue sanctionne sévèrementles fumigènes et certains clubs exercent un contrôle strict sur les messages inscrits sur les banderoles. Les interdictions administratives de stade (IAS, elles sont destinées à punir préventivement des individus classés « à risque », Ndlr) sont quant à elles très souvent illégales, mais il n’y a ni le temps ni les moyens pour les individus concernés de les contester. Il y a en quelque sort une communauté d’intérêt entre la ligue, les clubs et les pouvoirs publics qui souhaite un public de consommateur qui assiste à un show, à un spectacle qui, avouons-le, n’est pas forcément toujours au rendez-vous en L1. Mais c’est une vision à court terme. Car d’une part en interdisant le déplacement d’une majorité de
supporters on ne traite pas le vrai d’une minorité de hooligans et/ou individus dangereux. D’autre part, en aseptisant les stades, et donc les ambiances, on rend le spectale moins attractif. J’ai toujours été convaincu que le supporters avaient une influence – bien qu’indirecte – réelle sur la qualité du jeu.

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Il serait bon je crois de prendre exemple sur l’Allemagne ou l’Espagne dans une certaine mesure pour associer les supporters à la gestion du club et de la sécurité. Les supporters font partie intégrante de la vie d’un club comme on a pu le voir la saison dernière avec l’Ajax Amsterdam en Ligue des Champions. je crois qu’il faut développer par exemple à
travers les socios et des places par exemple dans les institutions représentatives du
club.

En tant qu’ancien abonné du virage Auteuil, comment avez-vous vécu le retour des ultras au Parc des Princes ? 
L’émergence du Collectif Ultras Paris (CUP) va dans le bon sens, il y a du mieux notamment grâce à l’énorme travail de l’ADAJIS et de ses avocats – ainsi que les SLO, supporter liaison officiers du PSG – mais ils ne peuvent pas tout . La gestion du Paris SG est incompréhensible à bien des niveaux, il reste beaucoup à faire. L’argent ne fait pas tout, les supporters ont besoin d’émotions. L’arrivée de Leonardo va dans le bon sens !

De plus en plus de stades décident d’associer le nom d’une entreprise au nom historique de l’enceinte. L’identité des clubs est-elle en danger ? 
Biensûr il y a une perte d’identité. Et s’il n’y a plus d’identité d’un club, que transmet-on ? Perdre son identité n’a pas de prix. Vendre son nom entraîne des revenus finalement assez marginaux comparés aux montants des droits TV ou même à la billetterie. Pour la réussite d’un club, il faut un projet sportif, une direction solide et – je crois – une identité forte. Ce sont des insitutions fortes qui permetent de rassembler derrière un projet commun. De faire passer les intérêts particuliers après l’intérêt général.

Qu’avez-vous pensé de la Coupe du monde féminine ? 
Je n’ai pas trouvé le temps de la suivre pleinement. Mais il y a eu beaucoup de talent et surtout il y a eu un vrai engouement populaire. C’était sympa. Je n’ai pas trop aimé en revanche l’offensive médiatique qui essayait de nous faire croire que c’était aussi excitant qu’une coupe du monde masculine. Cette petite musique médiatique répond encore une fois à un objectif – certes louable – d’augmentation des revenus du football féminin. De manière générale je crois que la diversité est une richesse et je n’aime pas les logiques d’égalitarisme. Donc non, une coupe du monde de football n’est pas l’équivalent de le coupe du monde masculine. Mais j’ai trouvé tout aussi ridicule et puérile les pétitions de principe qui ont consisté à ne pas vouloir regarder les matchs par principe. J’ai surtout noté encore une fois le fiasco de la VAR qui dénaturera je crois ce sport beaucoup plus que ce que l’on peut anticiper.

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Le football est-il le seul sport trop marchandisé ? 
La recherche prioritaire de l’argent dénature tout. Pas seulement le sport. Le rugby connaît également une évolution similaire et par suite du jeu, qui devient plus stéréotypé. Mais cela peut toucher tous les sports ! En basket par exemple, la NBA est l’exemple même de ce qu’est un spectacle. Je crois au final que c’est culturel. C’est par exemple différent en Amérique du sud ou le romantisme a encore droit de cité. L’argent c’est bien, mais il ne faut pas oublier les émotions et le romantisme. C’est ça qui nous fait tellement aimer le sport !

Propos recueillis par Étienne Lafage. 

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