Signalisation en entrée d’agglomération : victoire pour la langue provençale

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Les panneaux en langue provençale ont été remis symboliquement par les militants de l'Action Française Provence, le 7 août 2019, à Les Taillades (Vaucluse). © Action Française Provence.

Le village Li Taiado (Vaucluse) s’est vu amputée de ses panneaux de signalisation en langue provençale. La fronde populaire a forcé le Conseil départemental à les réinstaller.

Sur le bord de la route, une femme en soutien-gorge, d’autant plus pulpeuse que le mannequin est retouché par Photoshop, vous invite à la joindre par téléphone sur un numéro surtaxé. Cent mètres plus loin, une grande enseigne de meubles et électroménager vous propose de repartir sans payer, avec une télévision grand format flambant neuve sous le bras, non sans avoir néanmoins contracté un prêt au taux faramineux auprès d’un organisme de crédit à la consommation. Encore un peu plus loin, un hypermarché vous indique que vous pourrez allègrement remplir votre chariot de produits industriels génétiquement modifiés, oui juste là !, à cent mètres sur votre droite, au cas où vous auriez loupé l’immense enseigne lumineuse qui éclaircit le ciel la nuit.

Fin 2018, l’exécutif du département du Vaucluse a décidé de partir en croisade contre les panneaux jugés accidentogènes. Que voilà une excellente nouvelle ! Oui ! Sauf que vous pourrez toujours admirer les courbes de la jolie demoiselle, rêver au nouvel appareil qui vous permettra de supporter le Stade Toulousain à la maison et réfléchir aux délicieux produits que vous ramènerez au sein du foyer.

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Car puisque qu’au sein du Conseil départemental du Vaucluse, on pense aussi que ce n’est pas la taille qui compte, ce n’est pas aux 4×3 publicitaires qu’à décidé de s’attaquer la majorité Les Républicains, présidée par Maurice Chabert, 75 ans, ancien professeur à la retraite et ancien maire apparenté Les Républicains de Gordes. Un président qui se définit comme « gaulliste de gauche pompidolien » et conserve la tête de l’Association… des plus beaux villages de France.

Non !, avec un sens inné des responsabilités et des priorités, la collectivité du Vaucluse s’est mise en tête de partir en guerre contre la signalisation bilingue en langue provençale des entrées d’agglomération de plusieurs villes du département. Signalisation jugée illégale, ainsi celle de Li Taiado, que la collectivité départementale préfère ne voir nommée que sous l’appellation Les Taillades, et dont la moitié des panneaux ont été soudainement enlevés par les services départementaux et invités à se faire voir ailleurs. Six communes en tout dans le collimateur de la collectivité, parmi lesquelles également Vacqueyras (Vaqueiras) et Pernes-les-Fontaines (Perno li Font).

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Des panneaux bilingues pourtant installés depuis de nombreuses années, parfois plus de trois décennies, et d’une taille plus réduite que ceux en langue française. Ceux-là mêmes que l’automobiliste distrait peine à remarquer… Pour motiver sa décision, l’exécutif départemental se réfugie derrière une loi du 24 juillet 1967, aussi usitée que celle interdisant à tout propriétaire de cochon de le nommer Napoléon. Aussi, la signalisation bilingue nuirait-elle au bon constat du panneau indiquant la vitesse en agglomération ; chacun ignorant évidemment qu’elle est de 50 km/h.

Quand Mistral souffle sur le Vaucluse !

Derrière cette invocation à la stricte application légale, il se pourrait que la majorité départementale peine à masquer une farouche ambition de combattre la langue provençale. Bien décidée à ne pas se laisser faire, Nicole Girard, maire des Taillades, fait réinstaller la signalisation bilingue aux entrées de la ville. L’édile entend s’appuyer sur la jurisprudence du tribunal administratif de Montpellier qui avait admis la pose de panneaux en langue occitane dans la commune de Villeneuve-lès-Maguelone. Comment le Vaucluse pourrait-il faire exception alors que de la Normandie à la Corse, de la Bretagne à l’Alsace mais également au Pays Basque, en Catalogne et depuis peu en Flandre, nombreuses sont les communes honorant leur histoire et leur langue régionales ?

La nouvelle de l’enlèvement des panneaux en langue provençale fait grand bruit sur les réseaux sociaux après que le quotidien La Provence révèle l’affaire. De nombreux internautes se scandalisent de cette décision qui renvoie aux heures les plus sinistres de la République, incarnées par l’abbé Grégoire, farouche adversaire des langues régionales.
En avant la polémique et marche arrière toute !

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Devant le tollé provoqué, Maurice Chabert et sa majorité reculent le 9 août. La signalétique bilingue sera autorisée à accueillir l’automobiliste sous la responsabilité des maires. Puisqu’il est de bon ton de sortir la tête haute, le président du département ne craint pas d’évoquer la désormais sacro-sainte « fake news ». Non, le conseil départemental n’a jamais ambitionné d’ôter tous les panneaux en provençal. Il s’agit bien évidemment d’un quiproquo…

Victoire pour la langue provençale mais vigilance. Si elle n’a que le mot « diversité » à la bouche, la République jacobine entend bien faire tomber les défenseurs des langues et cultures minoritaires autochtones… dans le panneau.

Virgile Dernoncourt.

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