Tauromachie : « Interdisez l’équitation, il n’y aura plus de chevaux »

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Corrida à Arles, le 13 avril 2009. © Jean-François Le Falher
Comment la tauromachie est-elle parvenue jusqu’à nous ? Pourquoi l’interdiction serait dangereuse pour les taureaux ? Où s’étend le territoire taurin ? André Viard répond à toutes vos questions. 

C’est la période des ferias dans le Sud de la France. De la Pentecôte à l’Assomption, chaque week-end une ville prend le relais pour honorer le taureau et ses traditions locales. Bandas, bodega, lâché de taureau, corrida… Ces fêtes attirent toujours autant de monde malgré la montée en puissance dans le débat publique des militants anti-corrida et antispécistes. Dernière preuve en date, la campagne d’affichage de l’UVTF dans les rues de Toulouse qui avait déclenché la colère des élus écologistes.

André Viard, président de l’Observatoire national des cultures taurines et chargé de mission à l’Union des villes taurines de France (UVTF). Ancien matador français devenu revistero militant pour défendre la tauromachie sous toutes ses formes. Il est le fondateur de Terres taurines, publié en espagnol sous le titre Tierras taurinas. Il est également contributeur pour El Mundo. André Viard explique l’importance de la tauromachie pour la région, ses habitants et… ses taureaux. 

Infos-Toulouse : Qu’est-ce que la culture taurine ? 
André Viard : C’est un ensemble de traditions, de manifestations, de savoirs qui se transmettent autour de la tauromachie et qui peut prendre différentes formes. Elle se transmet dans huit pays dans le monde : la France, l’Espagne, le Portugal, l’Argentine, le Pérou, le Mexique, la Colombie et l’Équateur. 

Comment est née cette tradition ? 
La tauromachie n’a pas toujours été un spectacle. Les premières chasses remontent à la période du paléolithique antérieure. Le buffle gigantesque, l’ancêtre du taureau, était parmi les gibiers de prédilection. Il était chassé pour la survie de l’homme pendant 1,5 million d’années. Dans le Néolithique, la tauromachie va être incluse dans toutes sortes de manifestations, de rites liés à des religions ou des cultes. On va chasser le taureau parce qu’il incarne la bravoure, la fécondité et la force. En le combattant, l’homme entend s’approprier ces vertus.

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Au Ve siècle, on abandonne la dimension religieuse. En 476, les jeux olympiques et les jeux autour du taureau disparaissent des amphithéâtres romains. C’est le retour de la chasse qui va donner lieu à la naissance des fêtes taurines dans le haut Moyen-Âge en Espagne. C’est le début de la tauromachie telle que nous la connaissons aujourd’hui. 

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L’affiche en question éditée par l’Union des villes taurines de France.


Les écologistes ont dénoncé la campagne d’affichage de l’UVTF dans la ville rose. Toulouse fait-elle partie des villes taurines ? 

Toulouse c’est le centre du territoire taurin ! Il s’étend sur les trois régions du sud de la France, du pays d’Arles au Pays basque. Le fait que la ville soit dépourvue d’arène ne veut rien dire. La traditions taurine ne se caractérise pas que par les ferias et les corridas. La polémique que nous avons vu à Toulouse est un réflexe politicien médiocre, hors sujet et pitoyable. Nous, nous ne faisons pas de politique. Il y a un consensus sur ce fait naturel, sauf chez les écologistes où il y a une volonté de détruire les fondements de la civilisation. Ils sont les idiots utiles de ceux qu’ils veulent combattre : l’uniformisation et le mondialisme. 

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Les anti-corridas semblent gagner du terrain dans le débat public…
C’est un travail de sape pour déconstruire tous les fondements de notre société. C’est une opposition à tout et qui vient souvent du même endroit. Il y a une volonté de changer de civilisation, d’en finir avec l’autorité et les religions. La tauromachie incarne la beauté et le courage. Des valeurs auxquelles on ne veut plus se confronter aujourd’hui. D’un côté, des gens osent risquer leur vie pour la beauté, de l’autre, l’objectif est de détruire tout ce qui peut fédérer une civilisation. Si la tauromachie tombe demain, beaucoup de symboles tomberaient ensuite. 

L’espèce est-elle menacée d’extinction en cas de disparition de la corrida ? 
Si demain vous interdisez l’équitation, il n’y aura plus de chevaux. Avec la modernisation de l’agriculture, le cheval comme le taureau ont perdu leur fonction. L’homme a établit des rapports avec chaque espèce pour les préserver dans le cadre de leurs activités. 

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Défendre la tauromachie c’est préserver nos identités locales ? 
Ce que l’on cherche aujourd’hui, c’est gommer tout ce qui est singulier. La diversité des cultures doit être préservée, la corrida est un des vecteurs les plus visibles. La tauromachie  se développe dans les trois régions les plus accueillantes en terme de démographie. Il y a un risque de changement de mentalité. Au lieu de s’intégrer, les nouveaux arrivants peuvent importer leur humeur. Le territoire taurin est divers. Certaines arènes sont très axées sur le taureau et le torero passe au second plan. Dans d’autres ferias, c’est le torero qui est la star. D’un village à l’autre, c’est toute une gamme de sensibilité qui est proposée entre Mont-de-Marsan et Béziers. 

Quel est le profil du public dans les arènes ? 
Il est à l’image de notre société. On trouve de toutes les classes sociales, toutes les races et toutes les sensibilités. Il y a autant de femmes que d’hommes. La tauromachie est un lien très fort, que vous soyez connaisseur ou pas, vous allez très vite savoir où vous pouvez trouver un lieu taurin et vous faire des amis partout. C’est une culture qui rassemble, contrairement au football par exemple, qui oppose un public à l’autre, dans l’arène tout le public communie autour du taureau pour lui rendre les honneurs et lui rendre hommage. C’est d’ailleurs une communion qui dérange quand divers mouvements radicaux souhaitent diviser la société. La tauromachie apporte des valeurs qui ne sont malheureusement plus très à la mode dans la société actuelle. 

Propos recueillis par Étienne Lafage.

Le Grand livre de la corrida, André Viard, Michel Lafon, juin 2003, 21,31 euros.

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