Pourquoi la Convention de la Droite fera date

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Depuis la performance jugée globalement décevante de Marine Le Pen au débat d’entre-deux tours de l’élection présidentielle de 2017, on sentait dominer dans l’atmosphère de la droite populiste un certain parfum de désillusion et de démoralisation. L’incapacité de la présidente du parti de l’opposition nationale à incarner la figure de la cheffe du mouvement populaire et patriotique semait le doute quant à la vague populiste qui semblait toucher l’Europe depuis quelques années.

Et pourtant, la tenue de la récente Convention de la Droite et ses retombées médiatiques sont un signe particulièrement encourageant quant à l’avenir de la droite populiste et identitaire dans notre pays.

La Convention de la Droite : un C-PAC à la française

Le but de cette convention organisée par divers acteurs de la droite (le magazine L’Incorrect, le collectif Racines d’Avenir parmi d’autres) était simple : organiser de façon régulière une rencontre pour toutes les droites qui s’assument comme telles et qui décident d’assumer l’échec de leur famille politique au cours des 30 dernières années afin de travailler à proposer une nouvelle alternative à la domination sans partage de la gauche sur la vie publique française. Il s’agissait comme l’a expliqué Eric Zemmour au cours du dernier numéro de son émission Zemmour&Naulleau de constituer un équivalent hexagonal au C-PAC américain. Le C-PAC (Conservative Political Action Conference, soit Conférence d’Action Politique Conservatrice), c’est cette réunion politique des conservateurs américains qui se réunissent chaque année pour faire le bilan de leur action passée et préparer celle à venir, par le biais de rencontres, de tables rondes, de débats ou encore de discours. Celle-ci fait office de véritable grand-messe de la droite américaine, qui nourrit et renouvelle son réseau par le biais de ce carrefour, devenu véritable institution politique.

Et il semble bien que la recette a pris et que cette première édition a tenu la plus grande partie de ses promesses, et cela pour au moins trois raisons.

Une stratégie : l’union des droites

Premièrement, le choix qui a été fait et assumé a été celui de faire éclater les barrières partisanes qui ont longtemps tenu éloignés les deux pôles majeurs de la droite française depuis les années 80, soit la droite républicaine et libérale d’un côté, incarnée par le RPR, puis l’UMP, aujourd’hui Les Républicains et de l’autre la droite nationale et populaire portée par le Front National, aujourd’hui Rassemblement National. Il s’agissait pour les organisateurs de prendre en compte le contexte actuel du macronisme au pouvoir pour mettre à jour le logiciel stratégique de la droite : l’alliance des bourgeoisies de gauche et de droite dans le bloc macroniste couplée à la droitisation des classes populaires implique d’abandonner la séparation factice entre les appareils LR et RN, alors même que leurs électeurs appellent à un rapprochement des deux formations.

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Cette stratégie est d’ailleurs revendiquée par ses participants, annonçant ainsi la fin de la fable du « front républicain », véritable dispositif tyrannique et anti-démocratique mis en place par la droite opportuniste pour pouvoir trahir ses électeurs en toute impunité. On a donc pu voir à cette convention aussi bien des personnalités issues des Républicains (Xavier Breton, député de l’Ain), des affiliés au Rassemblement national (Robert Ménard, maire de Béziers ou encore Marion Maréchal, directrice de l’ISSEP) que des vétérans du souverainisme de droite comme Paul-Marie Coûteaux et tant d’autres.

Une approche : la diversité des intervenants

La Convention de la Droite ne visait pas simplement à être une série de meetings d’hommes politiques : le but était de témoigner en même temps que de favoriser la cristallisation d’un véritable réseau métapolitique de droite. Pas question donc de réduire la droite à des députés, des maires de communes ou des secrétaires de partis. Pour forger l’alternative à l’hégémonie progressiste il est effectivement viral de faire appel à des acteurs venus aussi bien du journalisme (Laurent Obertone, Eric Zemmour), de l’Université (Edouard Husson), des philosophes (Olivier Rey, Fabrice Hadjadj) ou des entrepreneurs et personnages publics issus de la société civile (Laurent Alexandre, Fabrice Haccoun). Cette pluralité dans la fonction des intervenants témoigne du fait que l’idée de contester à la gauche sa domination des secteurs culturels et médiatiques de la société française fait son chemin. Et en effet, si le combat électoral est primordial, il ne saurait permettre de sauver notre pays de façon autonome des menaces qui pèsent sur lui : globalement, toutes ces initiatives, qu’il s’agisse de médias de réinformation tels qu’Infos-Toulouse, de l’Institut des Sciences Sociales et Politiques de Marion Maréchal, des think-tanks et des groupes de pression seront des éléments cruciaux dans le réarmement de la droite. Ils fourniront les idées, les hommes et les compétences qui permettront de comprendre le monde afin de le changer.

Une cible : le grand public

Enfin, le pari de la Convention a été non pas de s’adresser uniquement aux spécialistes ou aux habitués des sirènes de la droite de gouvernement, mais au contraire de parler à tous les secteurs de la société française qui seraient prêts à donner leur chance aux idées patriotiques. Ainsi, on a pu voir dans le public de la convention une part importante de jeunes Français. De plus, les discours tenus tout au long des prises de parole et notamment lors de l’élocution d’Eric Zemmour ont annoncé la volonté pour la droite de reconquérir les classes populaires agressées et écrasées sous le poids de la mondialisation économique et du multiculturalisme tyrannique en leur proposant un modèle socio-économique non pas basé sur la mobilité permanente et l’individualisme capricieux mais bien sur le sens du bien commun, de l’intérêt général et pourquoi pas de la justice sociale dans un sens bien compris. Après tout, la bourgeoisie de droite a majoritairement fait le choix du macronisme pour protéger ses intérêts économiques alors que ce sont bien les classes populaires qui se sont portées vers le choix populiste et identitaire. Il était alors temps que la droite le comprenne et prenne ses responsabilités.

Quelques réflexes qui ont cependant du mal à passer…

Malgré un bilan « globalement positif » comme aurait dit Georges Marchais, la Convention de la Droite a mis en évidence certaines faiblesses toujours bien ancrées dans les comportements politiques des représentants de la droite.

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Dans un premier temps, on note que figuraient parmi les invités de la convention deux personnalités qui ont de quoi surprendre : le philosophe de centre-gauche Raphaël Enthoven et le député La République En Marche Aurélien Taché. Pourquoi choisir d’inclure dans un événement destiné à refonder une droite sûre d’elle-même deux adversaires déclarés du populisme et de la cause identitaire ? Leur rôle fut de celui de contradicteurs adoubés, afin de témoigner du brevet de pluralité démocratique de la convention, brevet qui permettrait de bien montrer aux commissaires politiques de la bien-pensance que cette droite assoiffée de victoire politique ne portant en elle aucun instinct liberticide ou sectaire. Sans surprise, la démarche fut stérile : la présence d’un personnage comme Raphaël Enthoven qui a délivré un discours issu de la gauche libérale pur jus n’a pas convaincu un seul Français de droite d’abandonner ses idées ou vice-versa. L’exercice consistant à inviter des ennemis de la droite dans ses événements et ses espaces pour montrer patte blanche à l’establishment médiatico-culturel progressiste n’a jamais suffi à nous racheter une respectabilité à leurs yeux et ne nous fait pas gagner en efficacité politique : cette pratique doit donc cesser. Voit-on souvent la gauche se fatiguer à inviter des adversaires de droite pour ensuite les applaudir de leur élégance et de leur honnêteté ? Jamais !

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Cette erreur d’appréciation témoigne de l’incomplétude de l’autonomie mentale de la droite ainsi que de son manque de confiance en elle, qui sont deux défauts qui doivent disparaître au plus vite. La seule pluralité qui compte, c’est celle des talents.

De plus, l’invitation de Candace Owens, une figure conservatrice afro-américaine, est également un signe étrange : alors même que le but de la Convention de la Droite était d’affirmer une prise d’indépendance par rapport aux dogmes de la gauche morale, il a semblé nécessaire d’inviter une personnalité noire afin d’esquiver les accusations de racisme (accusations qui ne sont rien d’autres qu’une arme d’intimidation pour faire taire les inquiétudes identitaires légitimes). Car il est évident que c’est bien-là le motif de l’invitation de Mme Owens qui n’est ni responsable politique d’un parti ni une intellectuelle reconnue ni une militante ou activiste d’une organisation de poids. On notera d’ailleurs que jusqu’en 2016, Candace Owens était activement anti-conservatrice et anti-Trump, et que son retournement d’allégeance s’est fait dans des conditions troubles autour du lancement de son projet SocialAutopsy.com, une base de données destinée à révéler les identités de trolls Internet…

Bref, encore une fois, on remarque que la droite a des difficultés à s’affranchir des fardeaux moraux de la gauche culturelle. Mais après tout, si la première Convention de la Droite n’a que ce point-là à améliorer, alors on peut espérer le mieux pour les prochaines éditions.

Rolland Rochefort.

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