Suisse : les nationaux-conservateurs gardent la majorité

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Les élections fédérales suisses de 2019 ont vu les nationaux-conservateurs de l’Union Démocratique du Centre (UDC) garder la majorité parlementaire. Une victoire à la Pyrrhus alors que les Verts et le Parti des Vert’Libéraux (PVL), respectivement à gauche et au centre gauche, comptabilisent chacun un score historique pour leur parti et pour la Suisse. Dès lors, qu’en est-il de ces élections et de l’avenir de la nation helvétique ?

Pilier de l’identité nationale suisse, l’idée de Politeia (politique) y est fondamentale. En effet, État fédéral depuis 1848, l’organisation politique actuelle est régie par les principes cardinaux de subsidiarité et de proportionnalité. Ceux-ci donnent au corps Suisse une vision verticale de la politique. La commune est le premier lieu de l’expression populaire. Vient ensuite le canton puis la nation. Cette dernière est censée n’intervenir qu’en dernier recours. L’autonomie est d’ailleurs l’une des dispositions parmi les plus cruciales aux yeux du peuple.

L’organisation politique Suisse est aussi définie par la démocratie semi-directe. Ainsi, le peuple peut s’exprimer par le biais de l’Initiative Populaire.

Cette année, les citoyens helvètes ont pu élire leurs représentants à l’Assemblée Fédérale lors des élections qui se sont déroulées dimanche 20 octobre.

Centre du pouvoir législatif suisse, l’Assemblée fédérale est composée de 2 chambres ayant notion d’équivalence. Le Conseil national qui représente le peuple et le Conseil des États qui représente les cantons.

L’UDC reste maître en Suisse

Les résultats sont sans appels : l’UDC reste le premier parti du pays avec 26% des suffrages. Loin devant le Parti Socialiste (PS) à 17%, coude à coude avec les libéraux du Parti Libéral Radical (PLR) ayant eu 15% des voix. Les Verts ont obtenu 13%, le centre droit du Parti Démocrate-Chrétien (PDC) 11% et les Vert’Libéraux (PVL), soit le centre gauche, comptabilisent 8%.

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Néanmoins, la joie appartient au camp des progressistes ; tous les partis à l’exception des Verts et du PVL perdent nombre de sièges dans les 2 chambres de l’Assemblée Fédérale. De plus, les jeux d’alliances sont nombreux et les nationaux-conservateurs de l’UDC risquent de faire pâle figure face à l’arche du Bien et de la Morale que représentent les Verts et le PS (voire peut-être le PVL). En effet, si une entente se produit entre ces derniers, alors la droite suisse devra jouer de ruse et de finesse pour garder sa place de leader.

L’abstentionnisme généralisé n’épargne pas, malheureusement, l’Helvétie. Le taux de participation est bas, de l’ordre de 45% contre 48,5% il y a 4 ans. Étonnant pour un pays qui a la chance de se voir classé 10e meilleure démocratie au monde sur 167 (à titre de comparaison, la France est 29e).

Une fracture profonde

D’un point de vue sociologique, la décomposition du spectre électorale suisse nous permet d’observer le clivage, pour ne pas dire la fracture profonde, entre les villes cosmopolites et progressistes et les campagnes enracinées et conservatrices. De plus, le découpage par zone linguistique permet de se rendre compte que la Suisse Alémanique est, elle aussi, bien plus conservatrice avec l’UDC en tête. À l’inverse, les pourtours du Léman, donc en zone linguistique française, sont très libéraux ou vert-progressiste. Un observateur connaissant seulement un peu la composition géographique et sociale de la Suisse comprendra aisément : les grandes villes telles que Genève, Bâle, Zurich et Berne, tout comme la région Lémanique, sont « ouvertes » au monde. Fidèles au progrès et à la mondialisation, elles font l’objet d’une bataille de territoire entre verts, socialistes et libéraux. Ces trois entités sont élues respectivement tantôt par une vision citadine et déconnectée de l’écologie ; tantôt par une vue de l’esprit managériale et économique de l’entreprise et de la vie ; souvent les deux à la fois. Pendant ce temps, la Suisse réelle, non fluide et non délocalisable à souhait, voit l’ancien et traditionnel centre-droit du PDC tenter de suivre avec peine l’UDC.

Finalement, ceux qui s’en sortent avec les honneurs sont les Verts et le PVL qui sont les seuls partis à avoir décroché des sièges à l’Assemblée Fédérale. À l’inverse, la totalité des autres partis sont obligés de céder un voire plusieurs sièges dans les différents conseils.

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Les nationaux-conservateurs de l’UDC restent maîtres mais pour combien de temps encore ? Nous vivons à une époque pleine de bouleversements, toutes les lignes se redéfinissent et il convient de faire siennes les thématiques contemporaines ; garder son ADN et s’adapter à l’évolution des problématiques actuelles. D’un côtés, les questions écologiques qui sont à la mode mais qui restent primordiales, de l’autre, l’importance du discours populiste et identitaire qui essaime logiquement à travers toute l’Europe. Même s’il reste difficile de parler de (ou d’un) populisme en Suisse, l’UDC s’y retrouve par certains points dans une version « alpine ». Le risque est donc de voir dans un futur proche ces dernier n’intervenir qu’en réaction aux succès plausibles des Verts. Il convient alors aux nationaux-conservateurs de se reprendre au plus vite et de porter des propositions cohérentes aux yeux du peuple.

L’écologie est essentielle dans une société saine, et avant d’être une thématique aux mains des progressistes qui se l’arrachent, elle est le fait même de l’enracinement et de la logique identitaire. Le localisme est sûrement une piste à (ré)explorer dans le contexte mondialisé et globalisé que nous connaissons.

L’UDC, meilleur horizon actuel pour la Suisse, se doit d’aborder le sujet à bras le corps, sans pour autant céder à l’hystérie messianique de la gauche Thunberguienne.

Le second tour des élections est le 3 novembre, restons attentifs.

Hector Sonderegger.

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