La longue descente aux enfers des agriculteurs sur grand écran

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Extrait du film "Au nom de la terre", 2019 © Diaphana Distribution

Dans un monde où le consommateur exige toujours plus du producteur pour toujours moins cher, où les grandes surfaces règnent en maître sur nos alimentations, où l’on consomme plus de viande de bœuf venant du Brésil que de l’Aveyron, il est bon de revenir à la terre et d’en comprendre les réalités.  

C’est l’objet du film Au Nom de la Terre, qui met en scène un jeune agriculteur, Pierre, revenu des États-Unis pour reprendre la ferme de son père. Quelques années plus tard, les créances s’accumulent, l’exploitation n’est plus rentable. Pierre est alors obligé de diversifier sa production, mais pour cela doit contracter de nouveaux emprunts, et s’engager auprès de la coopérative agricole. Ce cercle infernal, dans lequel la dette appelle l’investissement, donc une dette supplémentaire, est rendu plus cruel encore quand l’agriculteur perd une partie de sa production par l’incendie de sa grange. En redressement judiciaire, il ne voit plus comment s’en sortir et sombre alors dans une dépression dont il ne sortira pas, entraînant avec lui sa femme, qui est aussi sa comptable, et son fils, qui travaille à la ferme pour tenter de faire survivre l’exploitation.

Cette histoire à l’issue tragique, inspirée de la vie du père du réalisateur (Édouard Bergeon), est malheureusement représentative de ce que vivent beaucoup de petits agriculteurs aujourd’hui en France : dépendants des cours du marché, qui varient alors que les charges restent les mêmes, souvent engagés dans de nombreux emprunts, bloqués par les normes de l’Union Européenne ainsi que par les instructions de la Chambre d’agriculture et des coopératives agricoles, beaucoup de ces hommes se sentent pris au piège, dans un monde où leur sont imposées des normes méconnues des agriculteurs étrangers, dont la production est pourtant importée en France, pour des coûts moindres que ceux des nationaux. Ils constituent pourtant la base de la société française, qui s’est, depuis toujours et jusqu’au XXe siècle, appuyée sur son monde paysan.

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Si le film passe un peu rapidement sur les contraintes légales qui étouffent les fermiers et producteurs aujourd’hui, il montre néanmoins de manière poignante une réalité, rappelée juste avant le générique de fin : en France, un agriculteur se suicide chaque jour.  

Geneviève Chotard.

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