Jean-Marie Le Pen : « Je suis dans la dernière ligne droite »

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Jean-Marie Le Pen s’est livré à Infos-Toulouse à l’occasion de la sortie du Tome 2 de ses mémoires : Tribun du peuple (éditions Muller). Il revient sur ses souvenirs politiques, sa vision de la France aujourd’hui, et sa « probable » disparition future. 

Un entretien avec Jean-Marie Le Pen réalisé en partenariat avec Minute Hebdo

Retrouvez quelques extraits

Dans le salon de sa maison de Rueil-Malmaison, Jean-Marie Le Pen nous attend confortablement installé dans son fauteuil. Exceptionnellement, le président historique du Front National a bien voulu ouvrir ses portes à Minute et Infos-Toulouse.fr pour nous confier ses souvenirs, ses projets et sa vision de la politique nationale comme des enjeux mondiaux. L’occasion de rétablir deux-trois vérités sur son compte et de découvrir ce personnage profond et entouré de mystère qui a marqué un pan entier de l’histoire politique française et de l’Histoire.

Étienne Lafage : On a toujours entendu dire que finalement vous ne vouliez pas du pouvoir. Qu’en est-il réellement ?
Jean-Marie le Pen : 
C’est absurde. Je ne sais pas sur quoi repose cette affirmation hardie. Tous les mouvements politiques ont pour ambition d’appliquer au pouvoir les idées qui sont les leurs. Mais je suis obligé de vous faire remarquer que je n’ai jamais eu plus de 18%. Avec 18% des voix, on combat pour prendre le pouvoir mais on n’a pas l’espérance de l’avoir dans l’immédiat. Le jour de la qualification au second tour en 2002, je n’étais pas triomphant, je pensais à ma déclaration que je devais faire de ma main à la presse et je pensais que dans la quinzaine il fallait que je trouve un Premier ministre si j’étais élu. On ne sait jamais, ça n’était pas exclus, parce que la proximité des deux résultats (Jacques Chirac avait obtenu 19%), n’écartait pas totalement l’hypothèse d’une déferlante au second tour. Improbable certes, mais pas impossible. Le système s’est défendu comme s’il le craignait véritablement. On a mobilisé absolument toutes les forces depuis l’assemblée des évêques, en passant par les enfants des écoles, les unijambistes, les skieurs, les nageurs de fond… Toute la France a été mobilisée pour empêcher l’abomination de se produire, c’est-à-dire l’élection d’un homme politique qui ne s’était pas fait remarquer cependant par des déclarations incendiaires. Mais ils ont pressenti que ça pouvait être le changement, et ils ne voulaient pas du changement.

« Je dois avertir que tous ceux qui souhaiteraient venir chez nous sans titre, qu’ils n’auront le droit à rien »

À quoi aurait ressemblé la France présidée par Jean-Marie Le Pen ?
Je ne peux pas prédire ce qui se serait produit. Je crois qu’on aurait sans doute éviter un certain nombre de choix qui affaiblissait le pays. J’aurai fait un discours à destination du monde. « Nous savons qu’il y a grandes misères dans beaucoup de pays, nous sommes prêts avec nos faibles moyens à aider dans la mesure de nos possibilités. Mais je dois avertir que tous ceux qui souhaiteraient venir chez nous sans titre, qu’ils n’auront le droit à rien. Rien en matière de logement, de travail, de scolarité, RIEN. Ne venez pas parce que nous n’avons rien à vous donner ». Ça n’a jamais été dit, toute une série de système plus poreux les uns que les autres permettent une immigration d’infiltration qui n’a pas cessé et qui progresse en particulier sous le drapeau de ce qu’on appelle injustement de « droit d’asile ». Il n’y a pas de « droit » d’asile, il y avait une tradition d’asile en France, en particulier quand un violoniste russe était persécuté par le tsar, la France se faisait un honneur et un devoir de l’accueillir. Là, il s’agit de masses de centaines de milliers et qui seront demain des millions d’hommes. L‘un des éléments fondamentaux est la révolution démographique qui a fait passer la population mondiale en 50 ans, de 2 à 8 milliards d’habitants et qui promet de progresser de telle sorte que la plupart des pays du Tiers-Monde sont en risque d’explosion économique, sociale, politique. Le risque de voir une partie de ces populations échapper à la misère locale, fait peser sur le continent boréal une menace de submersion qui est imminente, qui a déjà commencé. Si le droit d’asile tel qu’il est promu nous oblige à recevoir les citoyens de pays qui s’estimeraient en danger chez eux, il suffirait qu’ils se sentent en danger en Chine pour que viennent 200 millions de gens. Ceci fait peser sur notre liberté, notre indépendance, notre existence, une menace mortelle. Alors évidemment ça n’est pas très agréable à dire, encore moins à entendre. « Ils ont des yeux mais ne voient pas, ils ont des oreilles mais n’entendent pas ». J’ai été un éclaireur de pointe dans ce domaine mais probablement qu’il ne faut pas être trop en avance sur la perception par l’opinion des phénomènes que l’on dénonce.

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Le Rassemblement national est-il toujours le meilleur outil aujourd’hui ?
Écoutez, je n’en vois pas d’autres. Alors par conséquent pour l’instant c’est celui qui est en responsabilité. Sera-t-il digne de ses responsabilités, je le souhaite de tout mon cœur. Mais quand je vois qu’il est procédé à des purges et à des exclusions, il me semble que c’est contradictoire avec le rassemblement parce que si ça consiste à chasser ses amis pour rassembler ses adversaires cela ne me parait pas une méthode très efficace. Je crois qu’il faut dire la vérité en espérant que le peuple français dans sa majorité prendra conscience des dangers avant qu’il ne soit trop tard.

Jean-Marie Le Pen : « Je ne suis pas un partisan de la PMA »

Vous avez dit être pour la PMA, pouvez-vous nous clarifier votre position ?
Non, non ! Je ne suis pas pour la PMA. J’ai dit qu’elle avait un avantage c’est de lutter contre la déficience démographique. Mais je ne suis pas un partisan de la PMA. J’étais de tout cœur avec ceux qui protestaient contre sa légalisation, sans illusion d’ailleurs parce que les gens qui veulent y avoir recours peuvent le faire dans des pays voisins. Je suis contre tous les reculs de notre civilisation, même s’ils sont justifiés par une évolution de l’opinion à leur égard. Cela étant, j’aime mieux un enfant né d’une éprouvette, que pas né du tout.

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Vous avez été à de nombreuses reprises condamnés pour des « dérapages ». Avez-vous le sentiment que les atteintes à la liberté d’expression s’aggravent au fil des années ?
Je vois que des gens comme Soral qui sont condamnés à quatre ans de prison ferme. Ça me paraît tellement extravagant, tellement contraire à notre constitution, à notre tradition démocratique. Je pense que la tendance est à la répression de la liberté d’opinion et j’ai moi-même un certain nombre de procès en cours pour des déclarations, qui à la limite pourrait justifier une contradiction politique qui est l’essence de la démocratie, mais d’aucune manière des poursuites pénales. Il est évident qu’il y a là des restrictions dramatiques de la liberté de pensée dans notre pays. Je soutiens toutes les initiatives des libertés. Je crois que les excès de la liberté sont moins dangereux que les excès de la censure.

« La défense de la nation, le patriotisme sont des valeurs qui m’ont précédées de très loin »

Que voulez-vous léguer à vos partisans, que reste-t-il à faire pour poursuivre votre œuvre ?
L’esprit de résistance à la décadence. Autrement, je n’ai pas grand-chose d’autre à léguer. « Et mes livres et mes images on peut les disperser au vent, la tendresse et le courage ne sont objet de jugement », ce sont des vers du testament de Robert Brasillach. Je ne suis pas l’initiateur d’une philosophie politique. La défense de la nation, le patriotisme sont des valeurs qui m’ont précédées de très loin. Je n’ai été que leur serviteur, pas l’inventeur alors je souhaite que ces notions qui sont les garanties de la liberté et de l’existence physique de nos concitoyens soient maintenus. Encore une fois, ça ne dépend pas que de moi.

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Comment imaginez-vous le traitement médiatique et politique de votre éventuelle disparition ?
On dira : « Il n’était pas si mal que ça » (rires). Je ne sais pas… Ceci fait parti du destin de chacun d’entre nous, on ne doit avoir ni peine, ni orgueil particulier, c’est avec modestie et sagesse quand vient l’heure et « quand viendra l’heure dernière, calme j’irai jusqu’au tombeau » (Il se met à entonner la composition de Bach). Je suis à mon avis l’un des rares survivants qui connaissent l’office des morts par cœur. Ça avait étonné un jour un de mes amis curé, qui m’avait dit « vous avez été le seul à chanter, même mes vicaires ne savaient pas ». J’espère qu’on chantera à mes obsèques comme moi j’ai chanté à celles des autres.

Propos recueillis par Étienne Lafage.
Images et son : Nicolas Baudry, Odon de Cacqueray et Louis Barès.

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