Myriam Crédot : « Nous sommes les seuls à représenter le centre-droit à Muret »

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Myriam Crédot

Les Muretains éliront leur prochaine municipalité les 15 et 22 mars prochains, gérée par la gauche depuis deux mandats. Myriam Crédot conduisant la liste « 100% Muret » entend bien batailler pour redonner à Muret un nouveau souffle économique et sécuritaire.

Après douze années de mandature par le maire André Mandement, les divisions au sein de son propre camps et l’émergence de nouvelles personnalités pourraient bien mettre fin au règne du Parti socialiste sur la quatrième commune du département. Parmi les troubles fêtes, Myriam Crédot entend bien prendre les rênes de la ville pour mettre fin « au sectarisme » du maire sortant. Véritable « poil à gratter » de la majorité depuis son entrée dans le conseil municipal en 2014, elle s’est notamment illustrée en déposant un recours contre un arrêté municipal portant sur une maison prêtée depuis de nombreuses années par la mairie à une association musulmane.

Âgée de 46 ans et Muretaine depuis ses huit ans, la candidate sans-étiquette souhaite conduire sa liste du centre-droit jusqu’à la rue Castelvielh. Soucieuse de garder sa « liberté de parole » et son indépendance vis-à-vis des « consignes de partis politiques », elle compte bien dénoncer la gestion municipale de Mandement et redonner un peu « d’éthique » au rôle de maire.

Infos-Toulouse : Candidate sans-étiquette, comment avez-vous fini par vous engager dans la vie politique locale ?
Myriam Crédot :
Il y a eu l’étape où je regardais tout ça de loin, quand j’avais 17-18 ans. À 21 ans, j’ai participé à la campagne d’Alain Barrès sur Muret. En 2014, on est venu me chercher pour participer à une liste centre-droit qui se présentait contre le maire PS. Je suis rentrée dans cette liste et je me suis retrouvée conseillère municipale d’opposition. J’ai découvert les rouages de la politique, ce qu’on ne voit pas. Quand on est simple citoyen lambda, on voit ce qui se fait (travaux, parking…), mais quand on est au conseil municipal, il y a l’envers du décor. C’est là où on mesure vraiment les directives politiques, l’ADN de chaque élu et sa véritable identité politique. J’ai continué à travailler sur les dossiers de la municipalité, j’ai été le poil à gratter de la majorité. Quand est venu le temps des élections, il s’est avéré que du côté du maire il y avait trois leaders à gauche et qu’il n’y avait personne à droite. J’ai été sollicité par quelques personnes qui ont suivi mon parcours de conseillère municipale d’opposition et qui m’ont invité à finaliser mon engagement en étant tête de liste.

Quelles sont les principaux reproches que vous pouvez faire à la politique d’André Mandement ?
Je lui reproche notamment son sectarisme et son caractère anti démocrate, puisque tout a été fait pour que l’opposition ne puisse avoir aucun droit de regard sur les affaires de la ville, ne puisse pas s’exprimer ou participer à la construction de la vie politique locale. On a été évincé de l’agglomération par des systèmes d’élections où le maire s’est arrangé pour qu’on ne puisse pas avoir de candidats et de postes. Une partie de l’opposition a démissionné pour dénoncer ce fonctionnement anti démocrattique (Alain Sottil, aujourd’hui candidat à Eaunes, et trois de ses colistiers).

Je dénonce également un manque de transparence. On n’a aucun droit de regard sur les attributions de subventions. Tous les dossiers sont inaccessibles, on apprend parfois les nouvelles par la presse ou par l’intermédiaire de discussions avec certains élus de l’opposition. Je déplore aussi le manque de grandes lignes directrices au niveau de l’attractivité économique de Muret. En douze ans de mandature, le maire a réussi à vider le centre-ville de ses commerces, à saccager les places principales (place de la République, place Mercadieu) et à faire que la délinquance s’est installée à Muret.

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Pourtant André Mandement semble toujours être favori. Est-il toujours aussi populaire ?
Les gens que je fréquente n’apprécient pas ses pratiques et sa politique. Au niveau des Muretains qui ne sont pas impliqués en politique, ils n’ont pas connaissance de tout ce qui se passe en arrière-boutique. On est dans une société où le politique n’a plus la confiance des électeurs, où l’éthique est quelque chose d’important. Plus que de la démocratie participative, les citoyens attendent de l’éthique de la part des politiques. C’est vrai que quand on décrit le comportement du maire, ça ne passe pas. C’est à nous de bien faire connaître ces agissements aux Muretains.

« À Muret, on a une population sous-qualifiée »

Quels sont les grands enjeux pour la prochaine mandature ?
La sécurité. Il y a un vrai problème d’explosion de la délinquance et des incivilités. C’est un thème majeur, incontournable qui va être abordé par tous les candidats. Nous avons des propositions différentes des autres. Mais il y aussi l’économie locale. Une nouvelle vision de ce qui peut être fait au niveau municipal pour dynamiser l’économie et faire en sorte que tout le monde y trouve son compte, aussi bien le commerçant que le Muretain qui a besoin de retrouver des commerces de proximité avec une certaine diversité pour ne pas avoir besoin de s’échapper dans les centres commerciaux de Portet ou Roques.

Muret pourrait recevoir une partie de la population du Mirail, que Toulouse semble vouloir disperser. En êtes-vous inquiète ?
Il y a déjà des quartiers qui souffrent de gros problèmes. Souvent misère et délinquance font bon mariage. À mon sens, ces deux éléments marchent ensemble. C’est super de faire des parkings mais s’il n’y a pas de commerce personne n’y va. C’est très bien d’avoir un cinéma, mais si personne ne peut se payer un ticket… Aujourd’hui à Muret, nous avons de gros soucis de qualification professionnelle. Par rapport au reste de la Haute-Garonne, la population est sous-qualifiée et bien évidemment ça pose souci pour trouver du travail, s’intégrer ou monter des entreprises. On a une population qui a besoin de soutien, d’aide pour émerger. On ne retrouve rien dans la politique de Mandement sur le soutien de ces populations-là, mises à part des aides sur des associations qui sont insuffisantes pour permettre aux personnes en difficulté d’avoir un avenir.

Au niveau des logements sociaux, Muret est déjà au-dessus du quota minimum. Pour qu’une ville réussisse, il faut un équilibre. Je ne suis pas favorable à accueillir des populations qui ont les même configurations que celles que nous devons avons gérer. Il faut une mixité sociale. Sinon on va faire de Muret un réceptacle de misère et ce n’est pas acceptable.

Face à la métropole de Toulouse, Muret va-t-elle finir écrasée ou au contraire, l’attrait des villes moyennes pourrait revenir ?
Je pense que Muret a une place à jouer face à Toulouse. Le souci qu’il a eu jusqu’à maintenant, parce que Muret n’a pas profité de la dynamique toulousaine, trouve son origine dans le comportement de notre maire qui a le don de se fâcher avec tous les représentants de Toulouse Métropole. Ça a été l’objet de nombreuses discussions au conseil municipal puisque « tout ce qui vient de Toulouse est bon à jeter », selon notre maire. Un des enjeux de la prochaine municipalité sera de renouer un dialogue avec la métropole pour être des partenaires qui pourront profiter d’une bonne entente sur les transports, l’éducation… Aujourd’hui tout ça est coupé parce que le maire est incapable de dialoguer et de trouver des accords avec la métropole. Il faut que ça change.

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Justement en termes de transport, comment désenclaver la ville de Muret ?
C’est très compliqué. Les rotations au niveau des trains ne sont pas encore satisfaisantes. Il va falloir attendre 2022 pour avoir une ligne directe entre Muret et Basso-Cambo pour les bus. C’est tardif. En matière de transport, il n’y a pas eu d’évolution notable depuis 12 ans. Au-delà du transport intramuros, ce qui nous manque, ce sont les transports vers la métropole avec des possibilités pour nos étudiants, nos travailleurs de se déplacer sans prendre la voiture. Les réseaux routiers sont saturés, il faut trouver une alternative au tout voiture.

« J’ai des a priori contre personne »

D’autres listes se disputent l’appellation « centriste ». Sont-ils si proches de vous ?
Les autres listes centristes sont des centristes d’opportunité. Mandement sera PS, et Élisabeth Serré a fait toute sa carrière au Parti socialiste. Je doute qu’un jour elle se soit levée en devenant tout à coup centriste. Laurent Mazuray qui est du Mouvement radical libéral et socialiste, a soutenu la politique de Mandement sans jamais s’opposer à quoique ce soit. Ce sont des gens qui ont fait parti du système municipal, qui ont toujours validé les décisions du maire, qui n’ont jamais manifesté des idées discordantes. Pour moi, ce sont des gens qui essayent de surfer sur la mode « ni droite ni gauche » mais qui sont clairement à gauche. Nous avons trois listes de gauche à Muret et nous sommes les seuls à représenter le centre-droit sur la commune.

Notre différence c’est notre expérience, notre vision des besoins de la ville. Le citoyen est souvent appelé à construire le projet municipal, on voit des appels à idée. C’est très bien mais c’est insuffisant. Quand on est aux affaires de la ville, on voit des choses que les citoyens ne voient pas et c’est notre rôle en tant qu’élu d’aller au-delà de ce qui se voit et de proposer autre chose. Notre programme nous l’avons construit en écoutant les Muretains depuis six ans mais aussi en fonction de ce que nous avons vu ou entendu au conseil municipal. C’est à mon sens un plus énorme.

Seriez-vous prête à fusionner avec une autre liste pour battre Mandement ?
J’ai des a priori contre personne. Mais les alliances sont très compliquées à mon sens quand on n’a pas travaillé au préalable ensemble. Improviser une alliance c’est un peu un coup de poker. Je pense qu’en fonction des listes présentes au second tour, soit je me maintiendrai, soit je me retirerai. Je ne trouve pas d’affinité au vu de ce que je vois aujourd’hui.

« J’ai un peu de mal de voir des dômes dans notre paysage local »

Vous avez déposé un recours contre une salle de prière prêtée par la municipalité. En quoi est-elle selon vous illicites et où en sommes-nous ?
C’est une affaire qui remonte très loin. J’ai découvert cette situation en 2014 en arrivant au conseil municipal. J’ai posé la question au maire pour savoir de quoi il s’agissait. On a dû voter pour la mise à disposition d’une maison pour une association de culte. Le maire a dit que c’était provisoire, il s’avère que le provisoire durait depuis 8 ans et que le vote revenait chaque année sur la table. Je ne demande pas l’expulsion mais la mise en place d’un loyer. J’ai déposé un recours sur le principe de laïcité que ni André Mandement, ni Laurent Mazuray, ni Elisabeth Séré n’ont respecté et encore moins défendu.

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Quelle est la place de l’islam à Muret ? Accepteriez-vous qu’une troisième mosquée se construise durant votre mandat ?
Il y a deux mosquées à Muret de deux obédiences. Celle occupant la maison appartenant à la mairie est le groupe qui est en train de construire une mosquée dans le quartier de Ox. L’autre communauté a financé sa mosquée sur son propre terrain.

Pour une troisième mosquée ? Je suis pour la liberté de culte. En revanche, cette liberté n’implique pas celle d’imposer une nouvelle architecture à nos villes. Je pense que nous avons une culture à défendre, par l’architecture et des valeurs. J’ai un peu de mal à voir des dômes dans notre paysage local. L’empreinte culturelle me dérange. Après qu’on accorde ou pas un permis, quand les gens ont besoin de se réunir ils le font dans des lieux pas forcément déclarés. Il vaut mieux savoir où cela se passe.

« Il faudra supporter les conséquences des manœuvres politiciennes de Mandement »

Pour l’année 2020, les tarifs de l’eau baissent à Muret. Y voyez-vous une manœuvre électorale ?
J’y vois une manœuvre électorale déjà utilisée en 2014. Il les avait baissés l’année de l’élection avant de les remonter de manière plus importante l’année suivante. Les Muretins doivent s’attendre à une augmentation probablement l’année prochaine. S’il y a une baisse d’opportunité aujourd’hui, ça veut dire qu’après l’opportunité viendra la nécessité. Quel que soit le successeur du maire, il faudra qu’il supporte les conséquences des manœuvres politiciennes de monsieur Mandement.

L’implantation d’un centre de déchets au nord de la ville divise les élus. Quelle est votre position ?
C’est une société qui doit collecter des déchets des entreprises de l’automobile. J’ai une position différente des autres candidats. Je suis très attachée au développement durable et à l’écologie mais je ne suis pas du style à me voiler la face sur nos responsabilités. C’est très beau de dire qu’on ne veut pas polluer mais on pollue, il faut avoir une attitude responsable. On peut effectivement envoyer nos déchets dans les pays du tiers monde, faire travailler des enfants, les contaminer et dire que ça ne se passe pas chez nous. Le fait est que les entreprises qui polluent sont sur notre sol. C’est être responsable que de dire qu’il faut des entreprises qui collectent, traitent et recyclent nos déchets. Je ne suis pas hostile à l’installation de cette société d’autant que les consignes posées par la Préfecture pour l’installation ont été suivies. Je ne trouve pas cette entreprise dérangeante.

À défaut de voir des commerces fleurir au centre-ville, un nouveau centre commercial est prévu au sud de la commune. Vous vous y opposez ?
On a un projet concernant cette zone qui est une zone d’urbanisation intéressante mais qui n’est pas du tout du même style que celle défendue par le maire et la plupart des listes. On n’est pas du tout favorable à l’installation de zones commerciales qui concurrencerait nos commerces locaux et nos supermarchés existants. Notre projet ne sera pas du tout en concurrence avec l’économie locale mais au contraire il l’alimentera. Il ne s’agira ni de commerces, ni de tertiaires, ni de loisirs. Le projet est novateur.

Les candidats à la mairie de Muret

« Muret pour tous et avec tous »
André Mandement, maire sortant, Parti socialiste

« Muret et moi »
Laurent Mazuray, La République en Marche investi

« Muret ensemble »
Elisabeth Serré, La République en Marche autoproclamée

« 100% Muret »
Myriam Crédot, Divers droite

« Les Patriotes muretains réunis »
Pierre Gaudin, Les Patriotes

La France insoumise devrait également présenter une liste. La tête d’affiche écologiste, Patrice Mur s’est quant à lui rallier à Laurent Mazuray. Le Rassemblement national souhaiterait quant à lui s’y présenter mais peine à trouver une tête de liste, selon nos informations, après le retrait d’Emmanuel Pinatel. Du côté de Les Républicains, le parti serait en passe d’apporter son soutien à la liste LREM de Mazuray. 

 

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