Lettre à un jeune homme : tendre vers l’audace

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© La France confinée

Que dire à un jeune homme français ? Peut-être lui glisser avec audace, dans le creux de la main, quelques pensées de l’âme sur sa vocation. Vocation sainte, belle, indispensable. Mais aura-t-il, à son tour, l’audace quelque peu douce et franche de lire cette épître jusqu’au bout ?

Jeune ami,

Ton nom importe peu, car à travers toi je m’adresse à tous ceux qui te ressemblent : à toi, jeune homme de France, jeune gaillard de nos campagnes, jeune citadin dont je ne connais ni le nom, ni le visage ! À toi bien cher filleul que j’ai vu grandir, à toi mon frère, à toi encore ami de ma jeunesse ! À toi cher époux que je rencontrerai demain, à toi cher fils qu’un jour entre mes bras je bercerai !

Ta vocation d’homme est grande. La voici qui te promet une existence à la hauteur de ce que tu es. La voici qui t’offre une voie que tu suivras ta vie durant, jusqu’au seuil de ton Éternité. Pour connaître cette vocation, il te suffit de répondre à son appel. Il est vif, impérieux ! Tu le reconnaîtras, car sa voix est d’abord celle de la jeunesse : enthousiaste, exaltante, généreuse et exigeante. À cette voix s’alliera alors un ordre de mission. Mais bien vite tu verras que son écho sacré se perd sourdement au loin dans les méandres d’une société qui veut la faire taire. Pourquoi cela ? Parce qu’elle veut détruire ce que tu pourrais devenir. Vois-tu, l’homme que tu es amené à être est à contre-courant de ce que notre société propose ! Mais ne la laisse pas agir ainsi contre toi. Pars plutôt à la rencontre de ta vocation ! Elle est noble, sainte et belle.

Bâtisseur

Combien de fois nos yeux se sont émerveillés sur nos cathédrales, drapées de majesté, immortelles, les flèches montant jusqu’au ciel ? Elles ont traversé les siècles sans vaciller, aujourd’hui encore elles témoignent d’une Foi admirablement belle : celle des bâtisseurs du Moyen-Âge.

Que bâtiras-tu, toi jeune homme, en ton temps ? Que laisseras-tu à tes enfants, demain ?

Une tâche bien plus ardue que celle de tes pères t’attend. Mais auras-tu le courage de te confronter à elle ? Elle est immense, rude, de longue haleine et te prendra la vie entière, mais elle est, ô combien belle et nécessaire ! Ce n’est point un monument que tu dois faire surgir de terre, c’est la France entière que tu dois relever ! Oui, l’heure n’est pas à bâtir, mais bien à reconstruire. Car la citadelle chancelle, vacille, s’écroule. Ne vois-tu point les ruines où notre patrie expire, les décombres qui l’étouffent, l’herbe sauvage qui se logent dans ses pierres ?

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Saisis tes outils, jeune homme bâtisseur de notre siècle ! Non point le ciseau, le marteau et l’enclume, mais la force de ta piété pour élever ton peuple, l’ardeur de tes convictions pour partager avec lui le feu de tes valeurs, et ta fidélité à la tradition pour rendre éternels les trésors de la France et transmettre ce que tu as reçu de tes pères.

Chevalier des temps modernes

Dans cette société moderne où les églises sont profanées sous le silence des Grands, où l’amour est livré en pâture aux décadences, où l’honneur est bradé contre l’appât du gain, où l’enfant, le vieillard et la famille sont en péril chaque jour, jeune ami, de bâtisseur deviens chevalier !

Cette société dans laquelle tu vis et que tu n’as pas choisie est ton champ de bataille. Chaque jour tu devras y mener des combats rudes et virils, car nous sommes dans un monde en guerre. Mais ne sors point l’épée du fourreau, ne brandis pas le poing ! Tes armes nouvelles sont celles-ci : ton bras pour rebâtir sans cesse, tes lèvres pour enseigner la vérité sans te décourager, ton regard pour convaincre, compatir, consoler, ton cœur pour aimer sans cesse, ton âme pour prier, offrir et pardonner.

Ainsi, jeune homme, garde ton âme toujours à Dieu, ton Créateur, pure et innocente ! Que ta vie jusqu’à ton dernier souffle soit consacrée à ton salut, à celui de ton pays, à celui de ta famille ! Que ton cœur soit tout entier à ta femme, fidèle et franc, et promets-lui amour, soutien, protection et assistance ! Quant à ton honneur, voilà ta dernière richesse : il est à toi ! Défends-le de l’opprobre et de l’ignominie pour que l’on te respecte, que tes amis t’honorent, que tous te prennent pour exemple ! Voilà, jeune homme, ton code de chevalerie.

Grand homme ou homme grand : deviens ce que tu es !

À présent, « connais-toi toi-même ». Quel homme es-tu et qui veux-tu être toute ta vie ? La réponse est simple : « Il faut que chacun dans le secret de son âme soit un héros, je dirai même un héros et un saint. » (Jacques Copeau). Une seule finalité pour tous, mais des chemins différents pour l’atteindre.

Sache que pour y arriver il y a deux familles d’hommes : celle des grands hommes et celle des hommes grands. Tu me diras : n’est-ce point la même chose puisque dans les deux cas nous parlons d’homme et de grandeur ? Non point, la nuance est importante.

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Les grands hommes 

Il y a des hommes dont les noms resteront peut-être un jour gravés dans l’Histoire, auréolés de gloire, loués pour des actes ou des paroles héroïques, des hommes vers lesquels nous tournerons le regard, des hommes que nos lèvres acclameront et dont nos mémoires se souviendront. Là, sont les grands hommes. Des rois, des politiques, des chefs, des prêtres… Là sont les Clovis, les saint Louis, les Henri de La Rochejaquelein, les saint Thomas d’Aquin… Élevés par Dieu à une mission plus haute et plus grande que d’autres sur terre, ils lui sont demeurés fidèles et ont su élever les autres par leur propre ascension. Ascension vers un héroïsme et une sainteté, visibles aux yeux de leurs contemporains. Mais rare est cette engeance d’hommes…

Les hommes grands

Puis, il y a ceux qui seront ces héros non de l’Histoire, mais de l’ordinaire. Des hommes qui souhaitent se construire et vivre loin des honneurs, du pouvoir ou des plaisirs que veut leur offrir la société actuelle. Là sont les hommes grands. Grands par la vertu, grands par l’effort, grands par l’amour qui les habite, grands par leurs sacrifices. Là sont les saint Joseph, les saint Dominique Savio, les Gérard de Cathelineau, les Arnaud Beltrame… Des saints et des héros du quotidien et de la vie. Des hommes qui bataillent durement chaque jour pour accomplir leur devoir d’état, qui parfois peuvent faiblir mais se découragent jamais, qui vivent à la lumière des plus belles vertus et qui accomplissent à leur niveau et à leur rythme de belles œuvres.

« Il faut des hommes forts qui soient doux.
Des hommes humbles qui soient fiers.
Des hommes intelligents qui aient du cœur.
Des hommes prudents au sens plein du mot. »

Ainsi parlait notre saint roi Louis IX. Ainsi sont les hommes grands. Sans ambition personnelle, dans une humilité docile, ils s’occuperont de leurs terres, de leur maison, de leur femme, de leurs enfants ; ils exerceront une profession, se donneront pour les autres, dans une société qui ne les acceptera pas toujours, ni ne les comprendra. Mais dans ces œuvres-là, ils se dresseront comme des phares dans la tempête, des sentinelles silencieuses, des hommes d’action et de courage, des modèles dans un quotidien difficile. Ces hommes-là, l’Histoire ne retiendra peut-être pas leur nom, mais Dieu se souviendra d’eux. Finalement ne sont-ce point-là des grands hommes, mais depuis le niveau plus humble que Dieu leur a choisi ? Là est leur fierté, là est leur grandeur.

Jeune, homme, être un homme c’est avant tout être un homme grand.

Pour épilogue, que te laisser, ami, de cette lettre ?

Peut-être ce cri du cœur de ta patrie, celui de ta famille, celui de tes amis : Sois un homme ! Mais non point de ceux du monde. Nous voulons des soldats de Dieu, des hommes de Foi, des Français convaincus, des hommes de principes, de valeurs et de convictions, nous avons besoin de saints époux, de saints pères de famille, de jeunes hommes exemplaires à suivre et imiter, des héros du quotidien dans une société en ruine. Nous voulons « ceux qui résistent quand tous abandonnent, ceux qui refusent quand tous acceptent, ceux qui restent fidèles quand tous trahissent. » (Jean Mabire).

En un mot. Des Citadelles. Des Cèdres du Liban. Toujours inébranlables. Des Justes. Des Saints. C’est à cela, jeune ami, que tu es appelé. Aie la force, la Foi et la vaillance de le devenir ! Ta vocation est sainte, réponds à son appel !

Blanche de Marsan.

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