Nous avons lu : « La Panthère des Neiges » de Sylvain Tesson

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La Panthère des Neiges

Le confinement offre l’occasion de nourrir nos âmes, saisissons cette chance et partons à la découverte de La Panthère des Neiges de Sylvain Tesson.

Sorti en octobre 2019 aux éditions Gallimard, La Panthère des Neiges de Sylvain Tesson (prix Renaudot) est immédiatement devenu un succès de librairie. Dans ce récit, l’aventurier-écrivain revient sur son voyage au Tibet alors qu’il est l’hôte d’un photographe animalier et part à la découverte d’un félin survivant des hauts plateaux du ChangTang. Description des paysages et de l’affût, éloge du vivant et de la Nature et conspuassions de l’activité de l’homme sur l’environnement sont autant de sujets traités dans un style direct et sans élucubrations. Les chapitres s’enchaînent avec fluidité malgré quelques longueurs. Ainsi, la lecture reste accessible à tous et nous offre le moyen de cerner quelques thèmes chers à Tesson que l’on retrouve souvent dans ses écrits.

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La panthère n’est qu’un prétexte pour l’auteur de se redécouvrir. Lui qui, dans Petit traité sur l’immensité du monde, se voyait comme un voyageur intrépide, un baladin occidental, doit ici se faire silencieux, discret et invisible. Aucun mouvement n’est pensable si l’on veut apercevoir l’ombre fugace d’une antilope, la masse laineuse du yack ou l’électrique pelage du félin tant espéré. La frénésie de l’oscillation géographique qui définissait Tesson devient une ascèse dans l’attente et dans le froid. Immobile, les pensées germent et la contemplation prend place. L’écrivain a aussi amené dans ses bagages de quoi lire et méditer. Entre quelques aphorismes de l’auteur, le lecteur ne sera pas en reste de références au Tao-Tö King, autres citations multiples et références historiques. Enfin, les souvenirs aussi apparaissent dans le sillage de la panthère ; ceux d’une mère adorée et d’un amour envolé…

Une histoire qui pousse à la réflexion

Certaines descriptions quasi-scientifique sont froides, d’autres bien plus poétiques invitent à l’évasion chaleureuse que procurent les bonnes – et belles ! – lectures. Néanmoins, le pessimisme de Tesson qui n’est pas une nouveauté, apparaît ici bien plus prononcé que dans ses autres ouvrages. De plus, une ligne fortement moralisatrice peut en repousser plus d’un. Même si les propos tenus sont le plus souvent pertinents, il faut s’attendre en lisant La Panthère des Neiges à être froissé. Certaines idées avancées par l’auteur ébranlent nos certitudes les plus solidement ancrées et poussent à la réflexion, que l’on soit d’accord ou non (les chasseurs et la Foi en prennent pour leur compte).

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Alors que certains vivent leur vie sans se soucier du comment et du pourquoi, d’autres se donnent un rôle à tenir, un modèle à atteindre. Tesson laisse à travers l’œuvre l’impression d’être le personnage qu’il a choisi : l’aventurier désinvolte, l’anti-moderne romanesque, l’homme simple qui minimise sa profondeur d’esprit pour mieux la faire ressortir. Véritable manière d’être et de vouloir ou simple ornementation et jeu d’écriture pour exciter le lecteur ? Le débat reste ouvert.

Que retenir ? 

Il n’en demeure pas moins quelqu’un de sincère qui va à contre-courant de l’idéologie dominante. La Panthère des Neiges est un livre de pensées et de réflexions même si certaines de nos questions qui en découlent peuvent rester en suspens. L’ouvrage permet à Sylvain Tesson de jouer sa partition autant qu’il le peut dans nos sociétés modernes ; terre à terre, proche de la Nature et vrai rebelle qui pourtant reste très bien inscrit dans son temps : un mystique cartésien.

La Panthère des Neiges, Sylvain Tesson, éditions Gallimard, octobre 2019, 176 pages, 18 euros.

Hector Sonderegger.

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