Coronavirus : y’a-t-il vraiment plus de décès en 2020 que les années précédentes ?

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Décès
© Pixabay

Le coronavirus fait-il grimper le nombre de décès partout en France ? Les amateurs de statistiques se sont penchés sur cette question et comparent les chiffres de la mortalité par rapport aux années précédentes. Les chiffres parlent d’eux-même.

L’INSEE a publié, jeudi 23 avril, une étude dédiée au nombre de décès survenus, toutes causes confondues, par jour et par département, depuis le début de l’année. Elle s’arrête tout spécialement sur les recensements effectués entre le 1er mars et le 13 avril, une période au cours de laquelle sont décédées de nombreuses personnes contaminées par le coronavirus avant le début du confinement. Les comparaisons réalisées avec les deux années précédentes permettent d’observer l’impact réel du coronavirus sur la mortalité générale en France. La situation est loin d’être aussi alarmante que les mesures drastiques qui sont actuellement appliquées pourraient le laisser croire.

Une légère augmentation du nombre de décès en mars 2020

Les statistiques publiées par l’INSEE sont intéressantes à plusieurs égards. Tout d’abord, elles révèlent que le coronavirus a provoqué une hausse légère de la mortalité comparée aux années précédentes. Si 2019 a été assez clémente pour la population française, 2018 avait en revanche été marquée par une épidémie de grippe à l’origine d’au moins 13.000 morts, dont 93% de personnes âgées de plus de 65 ans. Le coronavirus, pour l’heure, aurait déjà causé le décès de plus de 22.000 personnes. Depuis le 1er janvier et jusqu’au 13 avril, 202.328 personnes ont perdu la vie en 2020, soit un nombre à peine supérieur aux années précédentes (191 942 en 2019 et 195 095 en 2018). Il est notable que c’est seulement à partir du 30 mars que l’année 2020 commence à être plus endeuillée que 2018. Le Covid-19 montre alors ses premiers effets funestes. 

Note : ensemble des décès, transmis par voie dématérialisée ou par voie papier par les mairies à l’Insee. Compte tenu des délais de transmission et de gestion, l’Insee publie les décès jusqu’au 13 avril. Ces données sont provisoires et seront actualisées chaque semaine.
Source : Insee, état civil

 

Du 1er au 16 mars 2020, le nombre de décès quotidien est très proche de celui enregistré en 2019. Il est même nettement inférieur à celui de 2018. La moyenne est de 1.780 décès pendant la première quinzaine de mars 2020 (contre presque 2.100, il y a deux ans). Les courbes s’inversent à partir de la seconde quinzaine de mars. La moyenne s’élève jusqu’à 2.200 décès par jour sur cette période. Une moyenne encore accrue entre le 1er et le 6 avril (2.610) puis entre le 7 et le 13 avril (2.300).

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Pour la période du 1er mars au 13 avril correspondant à la première vague épidémique, le taux de mortalité s’envole surtout pour nos aînés. Par rapport à 2019, le nombre des décès augmente de 6% chez les moins de 65 ans, de 22% chez les personnes de 65 à 74 ans et de 30% pour les plus de 75 ans. Cette hausse est principalement observable dans les départements les plus touchés par la pandémie. Ainsi, en Île-de-France, elle est de 100% pour les plus de 75 ans et de 26% pour les personnes entre 25 et 49 ans, tandis que dans le Grand-Est, elle est de 70% pour les plus de 75 ans et de 18% pour les 25-49 ans. Par ailleurs, les établissements pour personnes âgées voient le nombre de décès croître de manière inquiétante, les cas les plus extrêmes concernant toujours l’Île-de-France avec une augmentation de 239% et le Grand-Est avec une hausse de 91%. La moyenne nationale s’élève à 49,5% de décès supplémentaires dans les maisons de retraite par rapport à l’année précédente pour la période comprise entre le 1er mars et le 13 avril.

La mortalité en recul dans le Sud-Ouest et le Centre

L’étude de l’INSEE nous révèle aussi l’existence d’une grande inégalité en fonction des territoires. Les régions qui connaissent la plus forte hausse de la mortalité pour la période du 1er mars au 13 avril sont l’Île-de-France (+91%), le Grand-Est (+61%), la Bourgogne-Franche-Comté et les Hauts-de-France (+24%). Sont particulièrement frappés les départements du Rhône (+144%) et de la Seine-Saint-Denis (+128%). Tandis que la moyenne française du nombre de décès pour 100.000 habitants, l’une des plus élevée d’Europe, est de 33,2, elle atteint 47,89 dans le Grand-Est et 43,53 en Île-de-France, d’après un rapport de l’Université Johns Hopkins en date du 25 avril. En revanche, l’INSEE révèle que 23 départements ont comptabilisé moins de décès que l’année précédente au cours de la même période. Ces départements sont très majoritairement situés dans le Sud-Ouest, le Centre et l’Outre-mer.

Note : ensemble des décès, transmis par voie dématérialisée ou par voie papier par les mairies à l’Insee. Compte tenu des délais de transmission et de gestion, l’Insee publie les décès jusqu’au 13 avril. Ces données sont provisoires et seront actualisées chaque semaine.
Lecture : Dans le Haut-Rhin, le nombre moyen de décès quotidiens entre le 1er et le 13 avril 2020 est en baisse de 27 % par rapport à celui enregistré entre le 16 et le 31 mars 2020.
Champ : France par département
Source : Insee, état civil

Pour observer le cas du Sud-Ouest, nous nous limiterons aux anciennes régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, bien que la tendance soit identique dans l’ancien Poitou-Charentes et le Limousin. Alors que quatre départements enregistrent légèrement plus de décès que l’année précédente (20 pour la Haute-Garonne, 43 pour l’Aude, 18 pour les Landes et 3 pour le Lot-et-Garonne), plus nombreux sont ceux qui profitent d’une baisse de la mortalité (27 décès de moins pour l’Ariège par rapport à 2019, 11 de moins pour le Lot ainsi que pour le Gers, 20 pour la Gironde, 25 pour les Pyrénées-Atlantiques, 14 pour les Hautes-Pyrénées et 30 pour les Pyrénées-Orientales. La Dordogne, le Tarn et le Tarn-et-Garonne peuvent même être rassurés de compter respectivement 66, 116 et 62 décès en moins par rapport à l’année précédente. Seuls l’Aveyron, le Gard et l’Hérault subissent une hausse notable avec 50 décès supplémentaires pour le premier, 171 pour le deuxième et 64 pour le troisième. La Lozère, pour sa part, comptabilise le même nombre de défunts que l’an dernier. L’ensemble de ces départements déplore 13 morts de moins qu’en 2019 sur la période du 1er mars au 13 avril.

Sur l’ensemble des cartes produites par l’INSEE, se dessine une nouvelle fois la ligne Saint-Malo-Genève, qui apparaît constamment dans toutes les études cartographiques depuis le milieu du XIXe siècle. Cette ligne bien connue des démographes leur permet d’opposer une France du nord, industrielle, libérale et « moderne », et une France du sud, davantage tournée vers le secteur agricole et plus communautaire. Sans prendre trop de risques, on peut souligner que les territoires ruraux sont préservés contrairement aux zones à forte densité de population. Les spécialistes ne manqueront pas de donner d’autres explications à cette inégalité territoriale face à la crise du coronavirus.

Une efficacité à court terme du confinement

Enfin, la comparaison de la mortalité entre les mois de mars et d’avril 2020 donne un premier aperçu des résultats du confinement. Nous pouvons considérer que la quasi-totalité des personnes décédées du coronavirus en mars avaient contracté la maladie avant le début du confinement. Au contraire, la majorité des victimes de l’épidémie au cours du mois de mars ont potentiellement été contaminées après le 17 mars. L’étude de l’INSEE démontre, sans surprise, que le confinement a pour effet immédiat de diminuer le nombre de victimes. Le total des décès recensés par jour est en baisse constante depuis le 11 avril. Pour la semaine du 11 au 17, leur nombre a reculé de 17% sur l’ensemble du territoire national. 80 départements sont concernés par cette baisse. L’institut se montre toutefois prudent, car la transmission des informations éprouve parfois certains retards. Pour la période du 1er au 13 avril, une diminution de 10 à 21% du nombre de décès est observable dans les départements du Sud-Ouest par rapport à la dernière quinzaine de mars, à l’exception de l’Ariège, de l’Aude, de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées qui connaissent une hausse située entre 4 et 10%.

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La diminution de la mortalité globale au cours de la dernière quinzaine correspond bien à l’évolution des chiffres officiels des décès liés au coronavirus. La stratégie du confinement fonctionne donc à court terme. Mais cela n’interdit pas de s’interroger sur sa pertinence à long terme. Le confinement devrait être prolongé pendant des mois encore pour empêcher la propagation. Cette solution engendrerait des catastrophes économiques et sanitaires. On le sait, le chômage, la précarité et les faillites débouchent toujours sur des drames. Les cas de dépression seraient innombrables et bien d’autres maladies pourraient se développer sans être correctement traitées.

La sortie du confinement est inéluctable. Mais l’évolution du nombre de décès est difficilement prévisible. Nous dirigeons-nous vers un second pic de contamination ? Nous rapprocherons-nous rapidement de l’immunité collective ? Les chaleurs estivales feront-elles reculer la propagation du virus ? Les prochaines études de l’INSEE apporteront sans doute des précisions utiles sur les conséquences directes et indirectes de la crise sanitaire.

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