Plan de déconfinement : les nouvelles règles en détail

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Le Premier ministre a présenté en conférence de presse, jeudi 7 mai, le processus « très progressif » mis en place à partir du 11 mai qui doit permettre de sortir « doucement mais sûrement » du confinement, en vigueur depuis le 17 mars. 

Prêt pour le déconfinement « progressif ». La stratégie du gouvernement avait déjà été esquissée le 28 avril dernier, devant les députés. Depuis, la méthode semble payer, puisque Édouard Philippe se félicite de pouvoir « valider le déconfinement sur l’ensemble du territoire ». L’exécutif refuse d’imposer un confinement obligatoire pour les personnes les plus vulnérables mais en appelle à la responsabilité. « Continuez, pour votre sécurité, à observer dans la mesure du possible de façon volontaire des règles de prudences très strictes comme ces deux derniers mois », a encouragé Édouard Philippe, qui souhaite « faire confiance plutôt que d’ordonner ».

De moins bons résultats dans certains départements

Néanmoins, certains départements « ont de moins bons résultats qu’espérés », précise le chef du gouvernement. C’est le cas notamment de Mayotte qui devra patienter avant de voir le processus de déconfinement être mis en route. « Les cas sont faibles mais en augmentation », s’inquiète le Premier ministre. Pour la région Île-de-France, « le nombre de cas baisse mais reste plus élevé que prévu », prévient-il, tout en laissant le déconfinement se dérouler « mais avec une discipline renforcée ». Dans les autres parties du territoire, les restrictions seront allégées. « Si les départements se maintiennent dans le vert dans les trois prochaines semaines, une nouvelle étape sera étudiée au 2 juin », a-t-il précisé, concernant notamment la réouverture des cafés, des restaurants ou des lycées. 

Le ministre de la Santé Olivier Véran a présenté les cartes permettant de mieux comprendre la situation actuelle, région par région. 

Cette carte est une synthèse des indicateurs de circulation active du virus, de la tension hospitalière et des capacités en matière de tests virologiques. « Ces baisses cachent des disparités parfois importantes selon les territoires », reconnaît le ministre de la Santé qui espère un retour à la normale des capacités des hôpitaux, soit 5.000 lits de réanimation. La tension hospitalière reste néanmoins forte en région Grand-Est, en Bourgogne-Franche-Comté et en Île-de-France. 

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Sur l’ensemble des indices, la carte place en rouge quatre régions : la Bourgogne-France-Comté, le Grand-Est, les Hauts-de-France et l’Île-de-France. Dans cette dernière le gouvernement appelle à « une extrême vigilance » et demande aux entreprises de privilégier au maximum le télétravail et de limiter les déplacements. « Nous voulons éviter une reprise de l’épidémie », assure Olivier Véran. 

Cas pratique en cas de suspicion de contamination

Le Ministre de la Santé a ensuite détaillé la marche à suivre en cas d’apparition de symptômes : « un premier contact devra être établi avec le médecin traitant, un médecin de garde, ou, en dernier recours, le SAMU (15) ». Après confirmation de symptômes pouvant être ceux du coronavirus, le médecin prescrira à la personne concernée un test de dépistage, à effectuer à l’hôpital, en laboratoire, par « drive test » ou encore au domicile de la personne suspectée (qui devra rester isolée), par une équipe spécialisée. Le test est « remboursé intégralement » par l’Assurance-maladie, ainsi que les masques achetés en pharmacie, dont le port est obligatoire pour tous les cas confirmés. En cas de confirmation de la contamination par le Covid-19, le malade sera suivi tout au long de la maladie. L’isolement sera obligatoire jusqu’à deux jours après la fin des symptômes, soit une durée totale d’isolement d’environ huit à dix jours.

Les cas-contacts, eux, seront avertis par l’Assurance-maladie. Si le risque de contamination est avéré, ils sont invités à rester à l’isolement (mise en place de télétravail, voire arrêt de travail) et à surveiller leur température et les symptômes potentiels. « Un test sera effectué sept jours après le premier contact, à l’issue duquel le médecin prescrira ou non la poursuite de l’isolement », a annoncé Olivier Véran. Si l’isolement est impossible à domicile, il pourra se faire dans un hôtel prévu à cet effet. 

Une prime pour le personnel mobilisé

Les soignants sont appelés à reprendre une activité normale, et chacun est invité à retourner dans les cabinets médicaux pour recevoir les soins nécessaires, en essayant de maintenir autant que possible les téléconsultations. Dans les Ehpad, les conditions ne seront pas assouplies, les visites se poursuivront donc dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui. 475 millions d’euros de crédits supplémentaires sont débloqués. Une prime sera accordée aux soignants en Ehpad, elle sera de 1.500 euros dans les 33 départements les plus touchés et de 1.000 euros dans les autres.

Le Ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, a, à son tour, mis en avant « l’impératif pédagogique et social » d’un retour à l’école, les enfants ne devant pas rester sans contact avec l’école entre mars et septembre, afin d’éviter le décrochage scolaire. « Cette ouverture des écoles ne se fera cependant pas sans un protocole sanitaire très strict, disponible sur le site de l’Éducation Nationale », a précisé le ministre. Les professeurs feront donc leur rentrée le lundi 11 mai, suivis le lendemain par les élèves, dans la mesure du possible. Certains niveaux seront privilégiés, ainsi que les « publics prioritaires » (élèves handicapés, enfants de soignants ou sans solution de garde et enfants sujets au décrochage).

La reprise se fera progressivement. Quatre situations seront possibles : les élèves pourront se trouver en classe (en groupes n’excédant pas une quinzaine d’enfants), en étude, dans des locaux périscolaires, ou à la maison avec un enseignement à distance, a détaille Jean-Michel Blanquer.

Le travail a été effectué avec les communes pour permettre la réouverture d’un maximum d’écoles. « Près de 90% des communes ont préparé la rentrée », s’est félicité le ministre. Dès la semaine prochaine, un peu plus d’un million d’élèves reviendront à l’école, accompagnés par leurs professeurs ainsi que par le personnel médico-social de l’Éducation Nationale. En ce qui concerne les collèges, l’enseignement à distance, maintenant bien en place, « sera poursuivi », a ajouté le Premier ministre. Leur ouverture sera possible dans les départements verts à partir du lundi 18 mai.

Transport : « augmenter l’offre et maîtriser la demande »

Dans les transports, les gestes barrières et la distanciation sociale seront scrutés par les personnels. Mais pour limiter un flux trop important de voyageurs, la ministre Élisabeth Borne souhaite « augmenter l’offre au plus vite » dans les milieux urbains tout en « maîtrisant la demande ». La ministre des Transports annonce une offre de plus de 50% des capacités habituelles d’ici le 11 mai avant un retour à la normale estimé au mois de juin. L’objectif est de limiter la fréquentation à « 15% », annonce-t-elle, en renouvelant l’appel au télétravail et aux horaires décalés. 

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La ministre n’a pas non plus écarté la proposition de Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, qui soumettait de « réserver les transports en commun à certaines heures et à certaines populations ». Dans la capitale et sa banlieue, les voyageurs en heures de pointe devront être munis d’une attestation pour des motifs impérieux ou professionnels.

Pour les déplacements interrégionaux, là aussi c’est la dissuasion qui prime. « L’offre sera volontairement réduite », a annoncé Élisabeth Borne. À partir du 11 mai, seuls 20 à 30% des TGV ou Intercités circuleront sur le territoire, avec un nombre de billets mis en vente plafonné afin de garantir les gestes de distanciations. Le port du masque sera obligatoire pour toute personne âgée de plus de 11 ans. 

La limite de 100 kilomètres valables seulement hors du département

20.000 policiers et gendarmes seront mobilisés durant cette première phase de déconfinement. Les contrôles devraient se dérouler principalement sur « les grands axes routiers, sur les autoroutes, dans les gares et les aérogares », a prévenu le ministre de l’Intérieur. La distance maximale autorisée sera donc bien de 100 kilomètres « à vol d’oiseau à partir du lieu de résidence habituelle », a précisé Christophe Castaner.

Une limite qui ne s’applique « que si l’on quitte son département », a-t-il ajouté. En Haute-Garonne, on pourra donc circuler du Frontonnais au Luchonnais sans attestation ou motif impérieux. Il faudra tout de même se prémunir d’un justificatif de domicile en cas de contrôle. Une nouvelle attestation a été présentée par le ministère. 

Pas de reprise du culte avant la fin du mois

Le ministre de l’Intérieur a confirmé la réouverture de lieux culturels « n’entraînant pas de gros mouvements de population », comme les médiathèques ou les petits musées. Le sport reste réservé aux « pratiques individuelles en extérieur ». Les rassemblements sont désormais limités à 10 personnes, dans le cadre privé comme public, tout en respectant les règles barrières. Christophe Castaner a d’ores et déjà averti « qu’aucun rassemblement de plus de 5.000 personnes ne pourra être organisés d’ici septembre »

Parmi les mesures polémiques, la fermeture des plages « reste la règle », mais le ministre laisse la possibilité aux Préfets de les rouvrir si le maire concerné expose un plan cohérent. Les lieux de cultes ne rouvriront pas le 11 mai. Christophe Castaner a confié « travailler avec l’ensemble des responsables religieux pour une réouverture possible d’ici la fin du mois de mai ». 

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Le ministre a également maintenu la règle de la fermeture des frontières « jusqu’à nouvel ordre », du moins celles extérieures à l’espace Schengen. Pour les frontières nationales, les restrictions actuelles perdurent « jusqu’au 15 juin » et le premier policier de France a émis l’idée d’instaurer des « quatorzaines » pour certains venant de l’étranger. Il ne se ferme pas non plus à l’idée de « rendre possible des dérogations supplémentaires pour franchir les frontières entre pays européens », notamment pour les saisonniers agricoles. 

« Toutes les conditions sont réunies pour relancer l’économie »

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire a pour sa part reconnu la perte « de beaucoup de croissances et d’emplois » ces trois derniers mois. « Nous devons relancer l’activité économique », a-t-il lancé, tout en invitant à respecter les conditions sanitaires. « Tous les commerces rouvriront le 11 mai, comme prévu, à l’exception des lieux de convivialités », a confirmé Bruno Le Maire. La réouverture des bars, restaurants et cafés sera étudiée « à la fin du mois ». Au total, le ministre de l’Économie annonce la reprise de « 400.000 entreprises qui représentent 875.000 empois ». 

Le ministre a tenté de rassurer les entrepreneurs et les petites entreprises en affirmant que « l’État sera à leurs côtés ». Le fonds de solidarité est d’ailleurs maintenu « jusqu’à la fin du mois de mai, même pour ceux qui rouvrent le 11 mai », a annoncé Bruno Le Maire. Autre soulagement, « les charges patronales des mois de mars, avril et mai sont totalement supprimées pour tous les secteurs contraints à une fermeture administrative ». 

De son côté, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud a assuré que « la santé des salariés ne sera jamais une variable d’ajustement ». Elle a persisté sur le « protocole national de déconfinement » pour les entreprises et les associations, présenté il y a quelques jours, qui définit les règles en matières d’espace, de flux ou de nettoyage. « Nous comptons sur la responsabilité de chaque entreprise », a-t-elle lancé, en insistant sur la pratique du télétravail et des horaires décalés. 

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