La Chanson de Jeanne : entre la plume et l’épée

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Jeanne

« Salve, virilis pectoris virgo, Patrona Galliae. » « Salut, vierge à l’âme virile, salut, patronne de la France. » C’est sous une plume lyrique que Jeanne d’Arc si chère à nos cœurs de Français, prend vie. Son épopée vous est contée dans cette Chanson, entre prose et rimes, sur le ton d’une douce confidence et d’une fière exaltation.

 

La voici qui s’avance drapée sous le soleil, cette bergère heureuse aux longs cheveux dorés. Elle ne sait ni lire, ni écrire, elle demeure là assise chaque jour entre ses brebis qui paissent, la tête penchée sur son ouvrage : elle coud, elle brode, elle file, elle prie. Tel est son quotidien, mêlé de joie et de labeur, naïf et insouciant, même en ces temps de guerre… Ses mains délicates ont été habituées à cueillir les fleurs des champs, à filer la laine, à pétrir le pain, mais non à faire la guerre ; ses lèvres ont été habituées à fredonner des airs du pays ou à murmurer des prières, mais non à commander une armée. Elle n’a que dix-huit ans, elle n’est que pastourelle… Mais pourtant, en cette aube d’été, c’est pour elle que s’entrouvrent les Cieux et qu’une voix appelle. Messire Saint Michel lui apparaît en armes, auréolé de lumière. À ses côtés, deux femmes : Sainte Marguerite et Sainte Catherine. De leurs lèvres souriantes, ils lui livrent sans détour un ordre du Ciel…

Debout Jeanne la Lorraine, vaillante pastourelle !
Laisse-là ton fuseau et tes premiers bouquets,
Voici que tu deviens de France la Pucelle
Choisie par Dieu sur terre pour vaincre les Anglais.
« Jeanne,
C’est fini,
Domrémy.
Jamais plus n’iras parmi
Celle de ton âge.
C’est fini du blanc troupeau
Qui paît dessous cet ormeau,
À l’ombre du feuillage. »
André Charlier, La Passion de Jeanne d’Arc

La voici qui s’avance drapée de son audace et de sa jeunesse, pour quérir dans son exil le Dauphin destitué. De Chinon à Reims, loin de sa terre natale, son épopée commence. La voici, cette bergère qui ne savait que filer, rendre à la France découronnée, un Roi. Par elle, à Reims dans cette cathédrale où Clovis reçut le saint baptême et où les monarques qui lui succédèrent ont été couronnés, Charles VII est sacré roi de France. Et la jeune pucelle de Domrémy lui jure fidélité. Désormais elle se battra pour Dieu et pour son Roi.

« Jeanne,
T’en iras
Vers le Roi,
Loin dans la France en émoi
Lui rendre espérance.
À Reims le feras sacrer
En véritable héritier
De tous les Rois de France. »
André Charlier, La Passion de Jeanne d’Arc

La voici qui s’avance, drapée de son armure, cette femme à l’âme virile et aux cheveux coupés. Jeanne s’élève à présent en vierge guerrière, l’épée ceint aux côtés, menée par ses voix du Ciel et décidée plus que jamais à bouter l’ennemi hors de France. De Reims à Orléans, elle chevauche et livre bataille sans répit contre les forces anglaises. Elle ira jusqu’au bout de la mission que Dieu lui a confiée, quel qu’en soit le prix à payer. Son bras d’enfant, jadis frêle, brandit dans les cieux avec la force d’un soldat une oriflamme blanche, surhaussée de fleurs de lys. Sont écrits dessus ces seuls mots d’exhortation : « Jhesus » « Maria », car « les gens d’armes bataillent, dit-elle, mais Dieu seul nous donnera la victoire ». Telle est la sainte devise de cette fille de France ! Et derrière elle marche avec foi toute une armée d’hommes et de chevaliers, derrière elle marche la France entière qui croit en sa puissance. Dieu est avec cette enfant de Lorraine ; ils ont donc confiance en la force de son bras et savent que par elle ils auront la victoire. Ainsi Jeanne, fille de France,

« Quand, brûlantes encor du souffle des batailles
Les âmes de nos morts arriveront là-haut,
Ralliez-les devant les célestes murailles,
Et devenez leur guide, et soyez leur drapeau. »
Louis Mercier, Sainte Jeanne d’Arc, guide des élus
« Jeanne,
Il te faut
Au plus tôt
Prendre l’épée sans défaut,
La cotte de mailles.
Il faut lever l’étendard
Et commander les soudarts,
Au fort de la bataille. »
André Charlier, La Passion de Jeanne d’Arc

La voici maintenant qui s’avance, drapée d’une robe blanche, non celle des mariées que l’on conduit à l’autel, mais celle des condamnées que l’on mène au bûcher, sous le regard des juges. Domrémy, Chinon, Reims, Orléans… son enfance, ses faits d’armes, ses victoires, restent des souvenirs qui lui semblent bien loin. Les mains chargées de chaînes, abandonnée des siens, cette fille d’armes aimée de Dieu marche seule vers la mort. « Sorcière, apostat, excommuniée, blasphématrice… » : telles sont les litanies de louanges dont on l’accable jusqu’au seuil même de la mort. Rouen, par le bûcher dressé au cœur de sa ville, sera le dernier fleuron de sa belle épopée.

« Jeanne,
Le beau temps
D’Orléans
Sera chassé par le vent,
De l’ingratitude.
Tu connaîtras la prison,
L’abandon, la trahison,
L’amère solitude. »
André Charlier, La Passion de Jeanne d’Arc

La voici qui se meurt, drapée de flammes vives, cette femme de France qui de sa voix d’enfant crie ce dernier ordre de guerre, ce dernier chant d’amour : « Jhésus ! Jhésus ! ». Elle n’a que dix-neuf ans, mais elle est demeurée cette vierge fidèle… fidèle à Dieu et à ses Voix, au Roi et à la France, fidèle à elle-même… Elle n’a point trahi, elle n’a point failli, et à présent sur terre tout se trouve accompli. Un linceul de flammes et de fumée recouvre alors son corps d’enfant. Jeanne d’Arc, la vierge aux cheveux dorés, la pastourelle de Domrémy, la Pucelle guerrière, l’innocente condamnée, rejoint son Seigneur et son Dieu dans l’Éternité. Va, Fille de Dieu ! Va, Fille de France!

« Telle, pour les conduire à l’éternelle gloire,
Vous marcherez devant les âmes des guerriers,
Et les Saintes et Saints qui parent notre histoire,
Vous rejoindront portant des fleurs et des lauriers. »
Louis Mercier, Sainte Jeanne d’Arc, guide des élus

Cours, Jeannette ! Pars, Jeanne la Lorraine ! Bataille, Pucelle de Domrémy ! Meurs, Jeanne d’Arc !

Fin d’une belle vie. Une Mission accomplie. Fille de Dieu, va ! Fille de Dieu, va !

Sainte Jeanne D’Arc, Fille de Dieu, Fille de France, sauvez notre Patrie !

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