« Jeanne d’Arc prouve que la défense de la patrie n’est pas étrangère à la sainteté »

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Jeanne d'arc

En ce deuxième dimanche de mai, où toutes les églises de France célèbrent la solennité de sainte Jeanne d’Arc, un prêtre nous éclaire sur son rôle : lier la sainteté, le patriotisme et l’engagement.

Dans son calendrier liturgique, l’Église accorde une place privilégiée au culte des saints. Dans le Martyrologe Romain, livre liturgique officiel de l’Église, la date du 30 mai qui correspond à la date de la morte de Jeanne d’Arc en 1431, nous offre en ces termes l’éloge de la sainte : « À Rouen, sainte Jeanne d’Arc vierge, nommée la Pucelle d’Orléans. Après avoir courageusement combattu pour sa patrie, elle fut livrée au pouvoir des ennemis, condamnée par un jugement inique et brûlée vive. Elle a été inscrite au catalogue des saints par le souverain pontife Benoît XV ».  Nommée patronne et gardienne de la France par Pie XI, sainte Jeanne d’Arc est fêtée en France le deuxième dimanche du mois de mai par une solennité.

Dans les textes de la messe de sainte Jeanne d’Arc, comme dans l’éloge du Martyrologe, le rôle patriotique de la sainte est évoqué. La collecte, par exemple, souligne que Dieu a miraculeusement suscité Jeanne d’Arc pour la défense de la patrie ; la secrète et la postcommunion rappellent que l’Eucharistie a procuré à Jeanne d’Arc la force d’âme nécessaire dans les difficultés; force d’âme qu’elle a prouvée en de multiples circonstances au point de ne pas hésiter à affronter les dangers de la guerre pour repousser les ennemis. L’Eucharistie a nourri Jeanne d’Arc pour la mener à la victoire. Ces prières nous montrent ainsi le lien qui existe entre la vie chrétienne de Jeanne d’Arc et l’accomplissement d’une action militaire et politique.

Un élément important en ressort: la défense de la patrie dans un contexte militaire n’est pas étrangère à la sainteté et ne s’y oppose pas. Sans faire dire aux textes liturgiques plus qu’ils n’expriment, il est évident que la défense de la patrie est une partie intégrante de la morale chrétienne.

Être chrétien… et patriote

La patrie est une réalité qu’un chrétien ne saurait ni oublier, ni mépriser et, encore moins, combattre. Le chrétien est, au sens strict, patriote. La théologie morale nous explique pourquoi et comment. Pourquoi ? Parce que Dieu donne la vie dans des structures qui permettent l’éclosion et le développement de cette vie : la famille et la patrie. L’objectif d’une vie est normalement de se développer jusqu’à un stade accompli, afin qu’elle puisse donner le meilleur d’elle-même. Par conséquent, le développement personnel se fait dans un cadre familial, lui-même inclus dans un cadre social. C’est l’existence d’une patrie, comme société autonome capable de développer en son sein la vie de ses individus, qui permet l’existence des familles. La famille ne saurait exister « hors sol », indépendamment de la patrie qui lui donne les moyens d’exister. Par conséquent, il faut noter au passage, que la famille n’est pas une fin en soi et que son existence et son rôle sont inclus dans la patrie et finalisés par la vie sociale. L’État a un soin des familles parce qu’il est fait de familles, non pas parce qu’il serait à leur service, mais parce que la qualité des familles est le socle de sa propre valeur. Le chrétien est conscient qu’il doit sa vie à Dieu comme principe premier, mais aussi à sa famille et à sa patrie comme principes secondaires et prochains, bien concrets et bien réels. Ainsi chaque personne n’existe que grâce à Dieu, à une patrie et à une famille qu’il n’a pas choisis.

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Comment s’exprime ce « patriotisme » chrétien ? Par une forme de piété, à l’instar de la piété religieuse et familiale. Il s’agit foncièrement d’une reconnaissance de dépendance ontologique : chaque homme doit se savoir et se reconnaître débiteur de sa patrie. Cette attitude se traduit par le respect dû à un principe d’existence, mais aussi par un amour, qui pousse à rendre concrètement à la patrie ce qu’elle nous donne (la vie) par la recherche de son bien. Nous ne pouvons pas faire autrement que vouloir le bien de ce qui nous permet d’être. Encore plus concrètement, cet amour ne saurait en rester à de purs sentiments intérieurs, mais se traduit par un service. Servir la patrie, c’est mettre son activité au service de son bien, dans les différents domaines de l’activité humaine. Une qualité personnelle et son pouvoir d’action deviennent alors un « plus » pour la patrie. L’amour de la patrie exige de donner le meilleur de soi-même à titre de reconnaissance, mais, dans le même temps, on s’engage dans la patrie parce qu’on l’aime.

Puisque la patrie est un être social et moral, il faut encore préciser quel est l’objet de ce respect, de cet amour et de ce service que nous lui devons. De manière plus concrète, le patriotisme se traduit premièrement à l’égard des compatriotes, qui sont ceux à qui nous devons l’existence de notre patrie et donc de notre vie. Mais il se traduit aussi, à un titre spécial, à l’égard de ceux qui, par leurs fonctions de responsabilité, dirigent la patrie et auxquels nous devons un respect particulier.

Ne pas idolâtrer la patrie

Bien entendu, ce patriotisme n’est pas aveugle et ne saurait faire de nous des autruches qui refuseraient de voir les défauts de la patrie concrète et qui l’idolâtreraient (tout ce qui vient de la patrie concrète serait absolument bon et parfait). Comme toute réalité de groupe humain, la patrie est ce que ses membres en font et ses membres et ses chefs peuvent s’égarer. Dans ce cas, le patriotisme demande alors de voir en face les problèmes de la patrie pour tenter, au niveau d’action de chacun, d’y remédier. Parce que nous aimons notre patrie, nous ne pouvons pas, dans l’indifférence, la laisser se détruire. Cet amour de la patrie peut parfois devenir héroïque, surtout lorsque l’ensemble de la patrie et ses chefs favorisent sa décomposition. En s’opposant à cette décomposition, nous pourrions donner l’impression de nous « opposer » à la patrie, alors que nous tenterions en fait de l’améliorer et même de la sauver : la position est inconfortable, mais y a-t-il un héroïsme confortable ?

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Lorsque la patrie est attaquée, de l’intérieur ou de l’extérieur, on ne peut pas faire autrement que de la défendre, sous peine de renoncer à soi-même. C’est pourquoi les sociétés ont toujours, normalement, honoré leur armée et leurs soldats, c’est-à-dire ceux qui s’engagent pour la défendre au péril de leur vie. Quand la défense du groupe amène jusqu’au sacrifice individuel, on ne peut douter du respect, de l’amour et du service. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ». Ceux que l’on classe sous l’expression de « forces de l’ordre » sont, ou du moins devraient être, des « forces d’amour » : ils mettent en péril leur intégrité physique jusqu’à la possibilité de mourir, pour l’existence de la patrie. Quant à ceux qui ne sont pas soldats, ils « combattent » par leur comportement social exemplaire.

Le devoir de défendre sa patrie

Sainte Jeanne d’Arc rappelle aux chrétiens que la défense de la patrie n’est pas une option morale, mais que c’est un devoir pour chacun, à sa place, dans les circonstances qui sont les siennes. Comme cette défense de la patrie demande, dans les conditions difficiles, de l’héroïsme, le chrétien va puiser la force nécessaire dans l’Eucharistie et tout ce qu’elle enseigne et procure de charité. En ce centenaire de la canonisation de sainte Jeanne d’Arc, nous ne pouvons rien faire de mieux que renouveler et ancrer notre amour de la patrie dans l’amour de Dieu. La théologie catholique nous enseigne que l’amour de Dieu et l’amour du prochain sont formellement un seul et même amour ; l’amour de Dieu et l’amour de la patrie sont aussi un seul et même amour : nous ne faisons alors qu’aimer ce que Dieu a voulu pour nous donner l’existence et nous permettre un jour de Le retrouver dans l’éternité bienheureuse.

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