Pierre de Meuse : « Louis XVII peut être appelé un enfant-martyr »

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Louis XVII
Louis-Charles Capet, dit Louis XVII entre 1794 et 1795. © DR

Le 8 juin 1795, le roi Louis XVII, fils de Louis XVI, meurt à l’âge de 10 ans, après plusieurs années de séquestration et d’endoctrinement de la part des révolutionnaires. 

Méconnu du grand public et source de nombreuses théories, l’enfant roi Louis-Charles Capet a subit les foudres de la Révolution française. Enlevé à ses parents, séquestré dans une cellule, rééduqué, battu, le jeune Louis XVII était devenu gênant pour la révolution. Pierre de Meuse, cadre à l’Action française et auteur de Idées et doctrines de la contre-révolution (éditions DMM), évoque la mémoire et les derniers mois du jeune « enfant-martyr »

Infos-Toulouse : Le 8 juin 1795, le dauphin Louis XVII, fils du roi Louis XVI meurt à l’âge de 10 ans. Que peut-on dire sur les circonstances de sa mort ?
Pierre de Meuse : 
Le roi (et non plus dauphin) est mort suite à une péritonite consécutive à une tuberculose ganglionnaire généralisée. Sa maladie durait depuis plus de trois ans (mai 1793),coïncidant avec les débuts de sa séparation d’avec sa mère, sa tante et sa sœur. Il a reçu durant cette période la visite de très nombreux praticiens, médecins et chirurgiens, qui ont prescrit et remis des remèdes conformes à la pharmacopée de l’époque. Simplement ces traitements, de l’aveu même de leurs auteurs, ne pouvaient être efficaces qu’accompagnés d’une vie saine, alliant l’exercice à l’ensoleillement, le sommeil à une alimentation saine et équilibrée, dans des locaux aérés. Or tout cela allait à l’encontre des instructions des autorités républicaines. Non seulement son alimentation n’était pas satisfaisante – il fut plusieurs fois intoxiqué, ou atteint par des parasitoses diverses et épuisantes – mais encore la saleté dans laquelle il était maintenu entraîna une gale sévère sur l’ensemble de son corps. Après février 1794, et pendant près d’un an, il fut littéralement emmuré vivant, sans eau ni lumière ni chauffage. Sa nourriture pitoyable passée une fois par jour par un étroit guichet, vivant dans une odeur pestilentielle et couvert de vermine dans une chambre suintant d’humidité. Sa seule compagnie était… une souris avec laquelle il partageait son repas. Le petit roi peut être appelé à bon droit un enfant-martyr, ses tortionnaires étant conduits autant par la lâcheté que par le fanatisme. Et notez bien ceci : la république, toujours prompte à se couvrir de cendres pour ses actes injustes, de Toussaint Louverture à la colonisation ou le statut des juifs, s’est toujours refusée à admettre l’injustice du sort réservé au petit Louis. Jamais de repentance ! Les fantômes du monde d’avant pourraient se réveiller.

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L’embrigadement des révolutionnaires sur l’enfant roi a marqué les esprits. Quels traitements a-t-il subi ?
Sur instructions de Hébert et Chaumette, le cordonnier Simon fut chargé d’éduquer le petit roi. Simon n’était pas un monstre, mais c’était un homme d’une culture nulle et d’une intelligence très limitée, alliées à une adhésion fanatique à la révolution. Ses patrons lui donnèrent deux missions dans ses relations avec son prisonnier : d’abord obtenir des témoignages à charge contre la reine et sa belle sœur, ensuite faire oublier sa filiation et son identité au roi. Il put soutirer ainsi une plainte pour inceste contre sa mère et sa sœur, qu’il obtint par l’administration conjointe d’alcool et de gifles au « témoin ». Toutefois cette pièce à charge n’obtint pas le succès désiré, et même se retourna contre les accusateurs. Par la suite Simon s’efforça de donner des manières grossières à l’enfant, le faisant boire du vin et de l’eau de vie, lui faisant chanter des couplets orduriers et lui donnant des horions chaque fois qu’il s’écartait de l’attitude populacière requise. De fait, on a des témoignages de déclarations jacobines de Louis, obtenues par la promesse de friandises ou la menace de coups. Cela dit la femme de Simon se montra compatissante avec lui, ce qui fait qu’il est possible qu’il regrettât ce couple si ordinaire, surtout en considération de l’affreux isolement dans lequel il fut confiné pendant la plus grande partie de l’année 1794. En fin de compte, « l’embrigadement » comme le confinement qui lui succède sont la conséquence, dans leur ignominie, d’une pitié largement mêlée à de la lâcheté : les gouvernants de la république reculèrent devant le meurtre de sang froid d’un enfant, mais non devant sa dégradation. Les bolcheviks n’eurent ni l’une ni l’autre.

Plusieurs tentatives d’exfiltrations de la Tour du temple auraient eu lieu. Ont-ils réussi à sauver l’enfant comme l’affirme certaines théories ?
À la différence de Marie Antoinette, pour laquelle de réelles tentatives ont eu lieu, étayées par la corruption prouvée de gardiens, et des témoignages concordants, les récits ultérieurs concernant Louis XVII sont toujours extrêmement vagues. Ils servent tous à justifier des revendications de personnages prétendant être le Roi Louis XVII. Près de quarante, en fait ! Non, je pense que le fils de Louis XVI est bien mort au Temple. On a bien des traces de négociations entre les chefs républicains – Barras notamment – et les insurgés royalistes ou la cour d’Autriche pour racheter l’enfant. Mais ce qui transpire dans ces maigres documents, c’est la peur des républicains : peur de dévoiler l’état lamentable du prisonnier, et peur de réactiver au contraire le sang du roi assassiné. Robespierre, puis Barras ont préféré garder en prison Louis-Charles que ranimer « le charme séculaire de la monarchie ».

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Quelles leçons retenir de la figure de Louis XVII ?
C’est l’intolérable cruauté infligée gravement à l’enfance par des hommes qui se prétendent vertueux. La république se trouve souillée ab initio – et définitivement – par le calvaire imposé à un petit garçon, qui avait sept ans lorsqu’il fut mis en prison, et se trouva privé de tout ce qui lui était nécessaire dans une longue agonie de plus de trois ans. Cette perspective est d’ailleurs tellement insupportable que son horreur explique pourquoi tant de fous, d’escrocs, d’imposteurs ont pu trouver une oreille complaisante, voire une bourse généreuse. La Survivance était une illusion génératrice de bonheur.

Un dernier mot ?
Oui : une anecdote. Je ne garantis pas son authenticité mais elle exprime bien l’esprit régnant au sujet du pauvre petit roi. Le cordonnier Simon lui demanda un soir : « Capet, si les royalistes te délivrent, que feras-tu ? ». Il aurait répondu : « Je vous pardonnerai ».

Idées et doctrines de la Contre-révolution

Idées et doctrines de la Contre-révolution, Pierre de Meuse, éditions DMM, mai 2019, 412 pages, 23,50 euros.

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