Damien Lempereur : « La finale a plus de saveur lorsque l’on a connu le passé »

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Damien Lempereur
Animation du Kop of Boulogne, lors de PSG-OM, le 2 septembre 2007, tribune regroupant les plus fidèles et les plus ardents supporters du Paris SG de 1978 à 2010.

Pour la première fois depuis 2004, un club français disputera une finale de Ligue des Champions, dimanche 23 août. Une première pour le Paris SG qui affrontera dans des circonstances particulières à Lisbonne, le Bayern Munich. 

Après des échecs répétés ces dernières années, le club est en passe de remporter la coupe la plus convoitée par les clubs européens, l’année de son cinquantenaire. Mais si cette finale est attendue par tous les supporters parisiens depuis des années, elle aura une saveur particulière. 

Damien Lempereur, avocat au barreau de Paris et supporter de toujours du PSG, abonné au Virage Auteuil jusqu’en 2010 et le Plan Leproux, nous évoque ses sentiments avant la finale contre le Bayern Munich et fait état de la situation du club, surtout vis-à-vis de ses supporters, après plusieurs années de relations tumultueuses. 

Le PSG est en voie de remplir son objectif, après huit ans d’échec. Quel est votre premier sentiment ?
Le premier sentiment vient à me remémorer le passé, tous les moments qu’on a vécu comme supporter, tous ces matchs européens, toutes ces défaites, ces désillusions (Barcelone en 2018, La Corogne en 2001…), toutes ces épopées qui aujourd’hui sont un peu exorcisées parce qu’on atteint la finale. Je pense que c’est ça d’être supporter, c’est la sédimentation des années d’émotion. C’est pour ça que le supportariat doit se transmettre, correspondre à une image, à une ville, à des valeurs qui ne peut pas reposer sur le merchandising. 
Mon deuxième sentiment, c’est aussi la nostalgie. Le souvenir de toutes ces années abonné en virage Auteuil où on a soutenu des équipes plus ou moins catastrophiques. Tous ces matchs, tous ces moments où il y avait dans les tribunes des vrais amoureux du club et qui aujourd’hui doivent être heureux de savourer la qualité de cet effectif et les résultats au regard de ce qu’on a vécu avant. L’accession en finale a d’autant plus de saveur lorsque l’on a connu le passé de ce club et notamment les années 2000, qui étaient assez compliquées en tribune. J’ai des souvenirs de matchs totalement improbables et pourtant, le virage Auteuil était à fond derrière son équipe. 

« On retiendra plus la victoire que le reste »

La tournure des événements et la nouvelle formule ne dégrade-t-il pas ce succès historique ?
C’est sûr qu’il y a un sentiment « bittersweet », du fait qu’il y a une formule très particulière. Ce n’est pas la vraie ligue des champions qu’on a l’habitude de vivre. Mais je pense que si y’a victoire en finale, on oubliera les circonstances particulières. On ne retient souvent que les titres. On sait que c’est notamment les supporters de l’Olympique de Marseille qui vont mettre en avant le fait que ce n’est pas une vraie formule de la Ligue des Champions. Ils sont à jamais les premiers, mais si on regarde leur poule et leur parcours avant leur victoire face au Milan AC, personne ne s’en souvient. Tout le monde ne se souvient que de leur victoire en finale. Donc oui, la formule est particulière, mais si elle se conclut par une victoire en finale, on retiendra plus la victoire que le reste. 

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Après la qualification en finale, mardi, des incidents ont émaillées les festivités sur les Champs-Elysées. Peut-on réellement les appeler des supporters du PSG ?
Je pense que c’est avant tout un problème d’ordre public. Vous pouvez prendre n’importe quel club dans le monde, si les choses sont mal encadrées, que la sécurité est mal organisée, vous aurez toujours des débordements. Le football n’échappe pas à la société, c’est même souvent un révélateur. On a vu là beaucoup de symptômes de ce qui va mal dans le pays. Mais je ne pense pas que ce soit un problème du supportariat du PSG ,encore moins un problème d’ultras.

Dix ans après avoir viré ses abonnés, dont vous faisiez parti, le PSG s’apprête à vivre sa première finale de Ligue des Champions dans un stade vide. Y voyez-vous un symbole ?
Au contraire, on sait le travail de beaucoup d’acteurs, d’associations, de passionnés. Il y a plutôt eu un retour des supporters en tribune, incarné par le Collectif Ultras Paris (CUP). Il y a eu des moments incroyables comme le huis-clos et la célébration à l’extérieur du stade avec les supporters au tout début de la période Covid. Je pense au contraire que ça vient à un moment donné où les supporters commencent à rejouer un rôle, contrairement au début de la décennie. C’est un beau symbole.. 

« Les sports populaires doivent être pris au sérieux »

Que dire de la politique menée avec ses supporters à l’heure actuelle ?
Ça va mieux, je pense notamment à mon confrère Me Barthélémy de l’Association nationale des supporters (ANS), au travail de James, récemment décédé, qui ont tous fait un boulot dans l’intérêt du club, de la ville et donc presque dans l’intérêt général. Même si la France n’est pas un pays de culture football, les sports populaires doivent être pris au sérieux par tout le monde. Ça fait partie de la bonne santé d’une société, même si le sport professionnel révèle aussi tous les défauts d’une société. 

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Comment voyez-vous cette future saison, tant sur le plan sportif que sanitaire ? Le football aura-t-il un nouveau visage ?
Si notre championnat n’a pas repris, par rapport aux autres pays, on a eu deux clubs en demi-finale de Ligue des champions ! Dans le football, il n’y a pas de vérité. Je pense que le pays a d’autres échéances à la rentrée, où une situation compliquée nous attend. Quand on s’intéresse au sujet des supporters, on s’intéresse au sujet des libertés. Il y a tellement de problèmes de libertés dans notre pays, au-delà du football qu’il va y avoir des combats à mener. Je le crains, je le pense et je l’espère. 

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