Damien Viguier : « Il n’y a pas de liberté d’expression qui tienne »

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Damien Viguier
L'avocat Damien Viguier au tribunal de grande instance de Paris. Egalité et Réconciliation

Confronté régulièrement à la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris pour défendre ses clients comme Alain Soral ou Dieudonné, Damien Viguier voit d’années en années la liberté s’expression se restreindre en France. Un point de vue dissident fondé sur son expérience des auditoires. 

Avocat et docteur en droit, Damien Viguier s’est fait connaître pour ses plaidoiries à la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris, en défendant les « plus indéfendables », comme l’essayiste Alain Soral, l’humoriste Dieudonné ou l’historien révisionniste Robert Faurisson. Il s’engage depuis plusieurs années dans l’association fondé par son principal client, Egalité et Réconciliation, où il publie régulièrement des textes pourfendant à la fois la pédocriminalité et la censure du régime français. En défenseur de la liberté d’expression, Infos-Toulouse lui est allé à sa rencontre. 

Vous êtes l’avocat d’Alain Soral qui avait été arrêté l’été dernier par la police. Où en est-on de cette affaire ?
L’affaire en elle-même est malheureusement banale. Sont reprochés à Alain Soral des propos tenus dans une de ses récentes vidéos. Ce qui sortait de l’ordinaire c’est que le magistrat du Parquet réclame au magistrat instructeur le placement de Soral en détention provisoire. Heureusement le juge d’instruction n’a pas fait cette demande. Sinon l’écrivain partait en prison pour des années.

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Hervé Ryssen est actuellement en prison pour ses propos tenus. Comment avez-vous réagi à cette annonce ? Est-ce un emprisonnement politique ? Une atteinte à la liberté d’expression ?
Il s’agit à l’évidence d’un acte de répression politique. Les condamnations et les poursuites contre lui comme contre Soral, Dieudonné, Bourbon ou Benedetti sont de nature politique. C’est-à-dire que leurs propos ne sont jugés répréhensibles que parce qu’ils affrontent un certain parti. Leurs propos sont politiques au sens schmittien de la politique profonde et sérieuse. Il y va de ce qu’ils considèrent comme l’avenir existentiel de la France, et ils désignent clairement et ouvertement ce qu’ils pensent être l’ennemi.

L’emprisonnement est politique en ceci que pour des peines de cette durée en droit commun vous avez en France 100.000 cas de non-exécution. Il fallait donc une décision pour emprisonner Ryssen, et une décision qui sorte de l’ordinaire s’agissant en outre d’infractions au droit de la presse.

Que dire de l’état de la liberté d’expression aujourd’hui en France ?
C’est très simple. Lorsque vous êtes dans la transgression des valeurs traditionnelles ou dans la haine de tout ce qui peut rappeler la nation, la religion, le beau, le bien et le vrai, artiste ou politique vous bénéficiez de la carte de la liberté sans limite. Si ce n’est pas le cas et qu’en outre vous ne manifestez pas un soutien particulier pour la communauté juive, faites attention. Il n’y a pas de liberté d’expression qui tienne. Aucun passe-droit ne sera toléré. Invoquer le chant des Muses vous sera retenu à charge, parce que vous dissimulez. Voyez Dieudonné, on l’accuse de faire semblant d’être humoriste pour pouvoir échapper aux poursuites. On nie que le rap du rappeur Freeze Corleone soit vraiment du rap. Et en ce domaine toute politique est prohibée. Vous pouvez critiquer le « régime » chinois, les « dictatures » syrienne, turque, russe, etc. Mais vous aurez du mal à parler de l’entité sioniste.

Vivons-nous toujours en démocratie ou est-ce la démocratie qui attaque par sa nature les libertés individuelles ?
Je ne connais pas de régime ou de forme politique qui soit susceptible d’accorder à ses opposants une liberté sans limite. Autrement dit, un opposant réel doit prendre sa liberté à ses risques et périls. En ce sens la liberté est toujours absolue. Mais il doit supporter la répression. C’était l’optique de Faurisson. C’est aussi la conception de Ilich Ramirez Sanchez, Soral, Benedetti ou Ryssen. Ils sont conscients d’affronter le pouvoir et ne sont pas surpris de voir ce dernier se défendre. En bref, quelque soit le régime, la liberté laissée par ce dernier est toujours limitée, et lorsque la limite est franchie celle de l’opposant commence.

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Dans un même temps, Eric Zemmour a été condamné à 10.000 euros d’amende pour son discours à la convention de la droite. Le soutenez-vous ? 
Avec les ventes que font ses livres, je ne m’inquiète pas pour ses finances. Et il a de grands médias avec lui. Pendant ce temps Hervé Ryssen est à Fleury-Mérogis. Mais je préfère ne pas trop me prononcer sur des dossiers dont je ne suis pas saisi. Je ne suis qu’un avocat qui fait son possible pour rester fidèle à son serment. Ni plus ni moins. Je ne connais pas les dossiers d’Eric Zemmour. Il semble que ce dernier est pour une remigration des maghrébins au Maghreb. Je ne comprends pas pourquoi il ne donne pas l’exemple. Il critique le peu d’assimilation des populations musulmanes, mais je ne vois pas que les immigrés venus de Russie, de Roumanie et de l’Est de l’Autriche-Hongrie, entres les années 1880 et la fin des années 40, se soient tellement bien assimilés.

Sur France Inter, le sociologue d’extrême-gauche Geoffroy de Lagasnerie a invoqué le droit à la censure. Peut-on dire que la gauche a gagné sur ce terrain ?
Ah ! mais la « gauche » n’a pas seulement le droit à la censure ! Elle a même le droit à l’incendie, à l’explosif, à la destruction, aux coups, à la torture, aux mutilations, à l’assassinat, à l’attentat ou au génocide. Et elle ne s’est pas privée d’en profiter. Il y a une légitimité de la violence antifa, dans l’esprit du jeune antifa comme dans celui du juge ou du policier. Parce que c’est le sens de l’Histoire. Voyez comment le même acte va être considéré, tantôt, comme un acte de terrorisme qui porte atteinte à la démocratie, et tantôt comme un acte de résistance qui lutte contre la dictature.

George Sorel a écrit un livre essentiel pour expliquer que l’esprit européen traditionnel est mort de perdre le courage d’employer la violence. Il invoque dans Réflexions sur la violence la vocation pour le martyr qui saisissait les premiers chrétiens, le fanatisme des réformateurs au XIe siècle, le radicalisme des réformés. Au XIXe siècle il voyait cette énergie poindre chez les masses prolétariennes.

Toute politique digne de ce nom pratique la censure. Il y a deux cas où je comprends que l’on puisse croire à la liberté d’expression. Soit vous êtes en position de domination sur les médias et c’est vous qui fixez les limites de la liberté. Soit c’est que vous n’avez rien à dire. Dans le premier cas c’est du machiavélisme, dans le second c’est de la naïveté.

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