Enzo Favaro : « Nous devons être fiers de notre histoire, malgré ce qui a pu se passer »

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Enzo Favaro et Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée des Armées. Crédits : ANDMJ

L’Association nationale du devoir de mémoire de la Jeunesse lutte au quotidien pour sensibiliser les jeunes générations aux commémorations patriotiques. Rencontre avec le Toulousain Enzo Favaro, son président-fondateur. 

Etudiant en communication à Toulouse, membre de l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale, âgé de seulement 21 ans, Enzo Favaro apparaît pourtant aux premières loges des commémorations historiques et militaires et a récemment été invité par Jean Castex le Premier ministre, lors de sa venue à Mondonville, en août dernier.

Mais qui est-il ? Petit-fils d’une famille « militaro-politique », coté maternel et de réfugiés espagnols et italiens coté paternel, Enzo Favaro s’est engagé dès 2017 dans la cité, en fondant l’Association nationale du devoir de mémoire de la Jeunesse (ANDMJ) avec Vincent Régis. Il est depuis le 1er septembre chargé de mission auprès de la Ministre Déléguée des Armées. Il nous présente son action et ses projets pour raviver la flamme de la mémoire parmi les plus jeunes générations.

Infos-Toulouse : Qu’est-ce qui vous a motivé à fonder l’association nationale du devoir de mémoire de la jeunesse ?
Enzo Favaro : Nous avons voulu créer cette association pour le centenaire de la Première guerre mondiale en 2018. En 2017, le préfet de l’époque, Pascal Mailhos, a voulu que nous prononcions un discours pour représenter le lycée Pierre de Fermat lors de la cérémonie du 8 mai. Nous nous sommes demandé quels symboles représentent aujourd’hui les jeunes dans ces cérémonies, hormis le fait de faire des discours. Pour avoir plus de poids, nous nous sommes montés en association, sans imaginer prendre autant d’ampleur. Nous avons commencé à deux, aujourd’hui nous sommes présents dans huit départements et comptons 220 membres en décembre 2019.

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Quelles actions menez-vous tout au long de l’année ?
Nous travaillons sur le lien armée-nation. Nous voulons incorporer le travail de mémoire. Aujourd’hui, ce n’est pas un devoir, c’est un travail. Les politiques ne sont elles-mêmes plus intéressées par ce travail de mémoire. Elles ont du mal à le transmettre aux jeunes. Notre but, en partenariat avec d’autres associations patriotiques, des parlementaires, des élus, des préfectures et les académies, c’est d’intéresser les jeunes. Notre travail passe par des sensibilisations dans les lycées, universités, des conférences, des films avec des intervenants ou encore aller nettoyer des tombes, en collaboration avec le Souvenir français. Nous participons aux cérémonies en tant qu’association mais on essaye surtout de faire participer les jeunes aux dépôts de gerbe, aux discours ou aux porte-drapeaux. Nous nous sommes rendu compte que c’est en donnant la possibilité aux jeunes de faire une action que tout prend son sens. Nous voulons donner du sens et de l’importance à ces événements.

Quelle période de l’histoire vous mobilise plus ?
Principalement les conflits du XXe siècle à nos jours, même si ça nous est arrivé deux fois d’avoir des représentations pour la guerre de 1870 avec Napoléon III. Nous avons été invités aux cérémonies en hommage aux militaires aux Invalides, dernièrement.

Déplorez-vous un prisme idéologique dans le devoir de mémoire enseigné aujourd’hui ?
Nous nous sommes rendu compte que dès qu’on parle de « devoir de mémoire », nous sommes catégorisés d’extrême droite. Cependant, nous démontrons, en ayant le soutien de députés d’extrêmes gauches comme de droite, que le devoir concerne toutes politiques, voire même au-delà. Il faut savoir qu’il y a autant de communistes que de militants de droite qui sont entrés dans la Résistance. Nous sommes au-dessus des conflits politiques en disant que c’est une mémoire collective de toute la nation et pas de partis. Pour notre part, nous sommes une association apolitique et non partisane. J’ai des adhérents autant chez les communistes que chez Nicolas Dupont-Aignan, en passant par Les Républicains.

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Le travail de mémoire serait donc apolitique ?
Certains politiques s’approprient la question mémorielle et la victoire. Ils font de la mémoire une politique, et je le déplore. Dans la Résistance, il n’y avait pas forcément que des politiques, loin de là. Nous essayons de combattre ça. Dans les cérémonies, il n’y a pas toutes les représentations politiques et c’est bien dommage car nous sommes tous concernés par ce qui s’est passé il y a 75 ans. Il y a une histoire écrite par des historiens, nous n’avons pas à la contester, il y a des faits marquants, nous devons tous être rangés derrière notre histoire commune. Nous devons être fiers de notre histoire, malgré ce qui a pu se passer. Nous devons être honnête également de dire qu’il y a eu des faiblesses, des périodes chaotiques, mais ça reste notre histoire et nous sommes tous concernés.

La mode est à la repentance aujourd’hui, que pensez-vous de ces revendications, souvent communautaires ?
Les demandes de réparations sont justes. Ce n’est pas parce qu’il y a une histoire écrite par des historiens qu’on n’oublie pas certaines personnes. Quand on parle des résistants, on parle souvent des résistants des grandes villes mais on oublie que des petits agriculteurs au fin fond de la campagne, qui ont hébergé et caché des juifs ou des résistants, étaient eux-mêmes des résistants de facto. Je crois qu’on les oublie. Il y a beaucoup de choses à réparer aussi. Concernant les demandes de réparations au sujet de l’esclavage, des Africains qui ont participé aux guerres mondiales et coloniales ont pu être oubliés dans nos récits. C’est important aujourd’hui de réparer, c’est le travail des associations, du gouvernement et des historiens, d’être juste sur l’histoire commune que l’on peut enseigner aux jeunes. Le ministère des armées répare les «  oubliés ».

Des statues ont été déboulonnées, des rues rebaptisées à ce titre. Condamnez-vous ces actes ?
Je suis contre que l’on déboulonne, que l’on rebaptise, parce que je considère que c’est notre histoire à tous et qu’on doit prendre l’histoire de France dans son ensemble : les belles choses par de grands hommes mais aussi les drames et le chaos. C’est comme ça qu’on arrive à construire une Nation. Quand on ose déboulonner une statue de Voltaire, à Paris, c’est dramatique, c’est un coup énorme qu’on prend dans l’histoire de France. Plusieurs grains de nombreux personnages ont fait France, si on enlève ces grains, on ne sera plus France.

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A la fin de l’été, l’entrée du village martyr d’Oradour-sur-Glane, a été couvert de tags révisionnistes. Quels sentiments vous procurent ces actes ?
Je suis très affecté par ce geste. Je connais le dernier survivant du village, Robert Hébras. Je l’ai d’ailleurs eu au téléphone suite à ces actes. C’est l’un des massacres les plus considérables qu’on a pu connaître à la fin de la guerre. Quand je pense que des centaines de femmes et d’enfants ont été brûlés vifs dans l’église et que des hommes ont été fusillés sur la place du village, et qu’on ose dire aujourd’hui qu’Oradour est un village « menteur », plutôt qu’un village martyr, c’est écœurant. Ce sont des actes anti-histoire, anti-mémoires. Néanmoins, il faut éviter d’en faire toute une histoire, ça n’effacera jamais les 600 personnes mortes. Ce genre d’acte est ignoble, comme les tags à l’encontre de Simone Veil à Paris. Ce sont des actes antisémites que l’on doit tous condamner. Je travaille avec le CRIF à Toulouse pour condamner ces actes-là. Au sein de l’association, nous avons une commission inter-religieuse qui participe notamment à la préservation de la mémoire des actes terroristes.

Vous êtes certainement confrontés à cette problématique dans vos actions. Qu’est-ce que la laïcité, selon vous ?
C’est le socle essentiel de notre République. La laïcité doit être indissociable, inséparable de la démocratie, de la solidarité et surtout de notre paix commune. Dans notre devise, la laïcité est présente dans les trois mots. La Liberté d’exercer la religion de son choix, l’Égalité des croyances, des origines sociales qui combat les exclusions et les discriminations. Et enfin dans la Fraternité, où il me semble que c’est la condition du vivre ensemble. La laïcité c’est pour moi l’un des éléments fondamentaux pour que notre République soit préservée des séparatistes. Préservons en France cette laïcité, c’est une chance.

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Selon vous, les lois mémorielles signifient-elles une défaite de la mémoire ?
Avoir des lois qui encadrent le travail des historiens, c’est peut-être dur, mais je crois que toutes les professions sont soumises à des lois qui encadrent notre travail. Je crois qu’avoir une loi, Gayssot ou 2005, qui vise à structurer et à contrôler le travail des historiens pour avoir une histoire commune c’est bien, parce qu’elles permettent d’enseigner une histoire commune à tous les jeunes Français. Ce qui est bien également, c’est d’avoir des témoignages historiques d’acteurs principaux de guerre pour que l’on puisse compléter le travail de la loi. On a une ligne directrice et les témoignages historiques qui viennent compléter ces lois. J’en ai parlé avec Serge Klarsfeld en juillet dernier. Leur témoignage vient compléter la ligne directrice de l’Etat. On a un cadre juridique, des ajustements, des compléments historiques qui viennent accroître la connaissance sur certaines choses. Ca permet de faire sa propre opinion.

 

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