Le vandalisme, maladie incurable venue de l’extrême gauche ?

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Crédit photo : Infos-Toulouse
Violence et vandalisme se multiplient durant les manifestations hebdomadaires des Gilets jaunes. Des actes à mettre sur le compte d’infiltrés venus de l’extrême gauche. 

Le vandalisme frappe avant tout les biens constitutifs d’une identité. À l’instar d’un régime révolutionnaire souhaitant faire table rase des reliques du régime précédent, les vandales d’aujourd’hui attaquent les emblèmes de l’identité française et les enseignes du capitalisme. La loi anti-casseurs adoptée le 5 février par l’Assemblée nationale ne répond pourtant pas à la nécessité de se prémunir contre ce vandalisme d’extrême gauche et pourrait s’avérer nocive pour les libertés des simples manifestants.

L’origine du mal

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, les black blocks sont incontestablement les meilleurs alliés du gouvernement. Par leurs procédés belliqueux, ils salissent l’image des manifestants ordinaires. Au moindre débordement, les médias s’empressent de suspecter ces derniers. Toutefois, l’amalgame est difficile à entretenir. Pour les âmes de bonne volonté, la nature des dégradations ne laisse aucun doute sur l’identité de l’immense majorité des casseurs.

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Pour commencer, les dégradations subies par l’Arc de Triomphe au cours de l’acte III des manifestations constituaient une offense faite à l’identité et au patrimoine français. Bien éloignés des idéologies antinationales des casseurs, les Gilets jaunes avaient alors protégé la tombe du soldat inconnu d’un affront impardonnable. Le samedi 9 février, à l’occasion de l’Acte XIII, la distinction entre les Gilets jaunes et les groupuscules violents apparaît toujours plus évidente. Ainsi, ce sont des casseurs, très majoritairement encagoulés, qui s’attaquent à l’Assemblée nationale. Généralement, les personnes brutalisées et les biens endommagés ne sont pas choisis par hasard, à l’image de La Nouvelle Librairie vandalisée par des antifas. Par ailleurs, une vidéo largement diffusée montre les affrontements survenus à Lyon entre des Gilets jaunes et des militants d’extrême gauche. Suivant la même logique de confrontation, la semaine précédente, Vincent Lapierre était passé à tabac dans les rues de Toulouse, ainsi qu’un manifestant qui avait adressé une quenelle à un groupe d’antifas sur la place du Capitole.

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À Toulouse, ces groupuscules laissent également leur signature sur les murs des banques vandalisées dans la rue Alsace-Lorraine lors de l’acte X. On peut lire sur les planches de bois couvrant la façade d’une autre banque du centre-ville : « Moins de banquiers, plus de banquise ». Les vandales faisant preuve de leur bienveillance écolo seront sans doute excusés. Toulouse est d’ailleurs la seule ville dans laquelle les black blocks, au lieu d’être embusqués en fin de cortège, se présentent sans complexe aux avant-postes. Les tags qui souillèrent récemment la façade du Capitole présentent toutes les gammes de leur idéologie. Le « Macron = Bolsonaro » sur la porte du Capitole révèle bien la logique antifa : « quiconque ne pense pas comme moi est fasciste ». Donc, Macron = Bolsonaro = fascisme.

À l’occasion du centenaire de l’assassinat de la militante marxiste Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht, ancien député socialiste à l’origine de l’insurrection spartakiste, les anarchistes toulousains ne manquent pas l’opportunité de leur rendre hommage. « Ni oubli, ni pardon », écrivent-ils avant de rappeler : « La police tue ». La place du Capitole était aussi défigurée par une devise digne d’une vraie idiocratie : « Travail. Famine. Pâtes. Riz. », agrémentée d’un « A » anarchiste. Jean-Luc Moudenc ne se trompe guère lorsqu’il déclare : « La sociologie de nos grandes villes et de notre région fait qu’il y a des groupes ultras. L’extrême gauche en particulier est extrêmement développée, et il y a des nihilistes, des anarchistes, des zadistes, qui, depuis plusieurs années, sont dans une culture de contestation des projets et une culture contre l’État, contre l’ordre établi. »

Les effets indésirables de la loi anti-casseurs sur les libertés publiques

Malgré l’évidence de l’origine du vandalisme, le texte de la loi dite anti-casseurs ressemble davantage à un instrument politique contre les Gilets jaunes qu’à une mesure de police destinée à se prémunir contre les groupuscules d’extrême gauche. Le sénateur du Rassemblement national Stéphane Ravier affirme avec raison que « cette loi anti-casseurs n’est pas anti-casseurs, elle est anti-Gilets jaunes ».

Tout d’abord, en vertu de cette loi, les préfets pourraient prononcer une interdiction de manifester contre toute personne qui « constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public », après sa participation à des manifestations « ayant donné lieu à des atteintes graves à l’intégrité physique des personnes ainsi que des dommages importants aux biens ». Certes, le régime actuel prévoit une obligation de déclaration, qui permet à l’autorité investie des pouvoirs de police de procéder à une interdiction en cas de risques de troubles. À défaut d’une réponse préfectorale à la déclaration d’une manifestation, celle-ci est donc autorisée. Cependant, seule l’autorité judiciaire a la faculté de prononcer une interdiction de manifester contre une personne déterminée. Avec l’instauration de cette disposition préventive, la loi anti-casseurs viole ouvertement le principe de séparation des pouvoirs, puisque le préfet est à la fois le « représentant de l’État » et le « représentant de chacun des membres du gouvernement », chargé de mettre en œuvre la politique décidée au niveau central. Les interdictions de manifester pourraient donc être directement demandées par le ministre de l’Intérieur.

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La mesure est ainsi susceptible d’accroître l’autoritarisme du gouvernement actuel. Le vice-bâtonnier du barreau de Paris, Basile Ader, souligne qu’un « pouvoir qui ne serait pas démocratique, avec une telle loi pourrait tout interdire. On serait dans un État policier. » Alors que la légitimité de la majorité présidentielle, qui ne tient sa victoire électorale qu’à la bienveillance du pouvoir médiatique, est très contestable dans le pays réel, et que la souveraineté ne s’exerce plus à l’échelle nationale, il semble pourtant que nous soyons déjà plus dans un État anti-démocratique. Parmi les députés En Marche refusant de voter le texte, Aurélien Taché a carrément l’audace de justifier son abstention par la crainte que Marine Le Pen puisse, en arrivant au pouvoir, « donner des consignes strictes aux représentants du gouvernement de prendre des interdictions de manifester » ! Sans doute, faudrait-il commencer par rappeler à ce dernier que les députés du Rassemblement national ont voté contre ce texte soutenu par la majorité présidentielle et Les Républicains.

Malgré tout, la deuxième lecture du projet, qui aura lieu le 12 mars devant le Sénat, sera probablement suivie de son adoption. Néanmoins, compte tenu de l’atteinte que ses dispositions portent au principe de séparation des pouvoirs, la loi anti-casseurs risque fortement d’être invalidée par le Conseil constitutionnel.

Un remède superflu contre les groupuscules d’extrême gauche

Quand bien même la loi anti-casseurs éviterait la censure du juge constitutionnel, elle demeurerait dépourvue d’effet curatif. Certes, elle introduirait une peine de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, non seulement pour les individus porteurs d’une arme, mais aussi pour ceux qui emmèneraient des armes par destination ou jetteraient des projectiles « présentant un danger pour la sécurité des personnes ». À cette fin, les députés ont adopté un système alternatif au périmètre de sécurité. Il serait possible, sans établir un périmètre de filtrage aux abords des manifestations « de fouiller les personnes et les véhicules afin de rechercher des armes ou tout objet pouvant constituer une arme ». Ce n’est guère une telle disposition qui arrêtera les black blocks. Les casseurs aguerris ont déjà pris l’habitude de dissimuler, la veille de la manifestation, des armes par destination qu’ils récupèrent librement au moment de passer à l’action.

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Un autre article prévoit d’ajouter « l’interdiction de participer à des manifestations sur la voie publique » pour les personnes recherchées et celles placées sous contrôle judiciaire. Cette nouvelle législation paraît pour le moins inutile, puisque l’article 222-14-2 du Code pénal sanctionne déjà le « délit de participation à un groupement en vue de commettre des violences ». Le projet prévoit également d’incriminer le fait de « dissimuler volontairement tout ou partie de son visage sans motif légitime ». La sanction serait particulièrement sévère : un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

Sur ces deux points, Stéphane Ravier remarque très justement que la loi contre la dissimulation du visage dans l’espace public devrait suffire à « mettre hors d’état de nuire ceux qui sont masqués, avant même le début de la manifestation », tandis que les groupes d’extrême gauche pourraient tout simplement être dissous. De ce point de vue, les nouvelles mesures font figure de placebo alors qu’il existe de véritables remèdes contre les agissements de l’extrême gauche. Mais, les marcheurs libéraux-libertaires n’oseraient s’en prendre à leurs alliés de circonstance contre l’ennemi commun : l’irréductible Gaulois réfractaire.

Alexandre Moreau.

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