Attentat à Strasbourg : « Le risque terroriste était présent »

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Strasbourg fait désormais partie de la triste liste des villes touchées par le terrorisme islamiste. Mardi 11 décembre, deux personnes sont tombés sous les balles de Cherif Chekat, 13 autres sont blessés. 

La France a une nouvelle fois connu une attaque islamiste sur son sol. Après Toulouse, Paris, Nice, Marseille, Trèbes, etc, c’est Strasbourg qui a été la cible d’un attentat, mardi 11 décembre, près du réputé marché de Noël de la ville. Connu des services de police pour des faits de droit commun et condamné à plusieurs reprises notamment pour des braquages, Cherif Chekat, 29 ans, originaire du Maroc et né à Strasboug, n’a toujours pas été retrouvé. Le présumé terroriste aurait fui en taxi, les forces de l’ordre n’excluant pas qu’il ait eu le temps de traverser la frontière franco-allemande. Il laisse derrière lui le triste bilan de 2 morts et 13 blessés, dont six en urgence absolue et un en état de mort cérébrale.

Retour sur les événements avec Thibault Fontannes, journaliste à Alsace Actu.

Infos-Toulouse : Que s’est il passé mardi soir et où en est l’enquête ?
Thibault Fontannes : Mardi 11 décembre, un peu avant 20h30, des coups de feu ont été entendus au centre ville de Strasbourg. Très rapidement des vidéos et des témoignages ont été relayés sur les réseaux sociaux. Dès le début, il y avait peu de doute sur le caractère terroriste de l’acte. On a rapidement su que le tireur était fiché S pour radicalisation et qu’il s’appelait Cherif Chekat.

L’homme a certainement dû éviter les contrôles du marché de Noël qui se terminent à 20 heures. Rue des Grandes Arcades, à deux pas de la Cathédrale, il a fait ses premières victimes. Puis il s’est enfui, tirant encore Grand’rue. Depuis il est en fuite, l’assaut du RAID rue d’Epinal dans le quartier du Neudorf n’ayant rien donné. Le bilan s’élève à 2morts et 13 blessés. Six d’entre eux sont dans un état d’urgence absolue et un en état de mort cérébrale.

« Le risque terroriste était présent »

Un tel attentat était-il prévisible à Strasbourg ?
Un dispositif de sécurité extrêmement lourd et coûteux a été mis en place pour le marché de Noël à Strasbourg depuis les attentats de Paris, le 13 novembre 2015. Le fait que les contrôles ne soient pas permanents mais restreints à la plage horaire 11h-20h laissent dubitatif beaucoup de Strasbourgeois. Un terroriste n’avait qu’à attendre la fin des contrôles pour venir, armé, au cœur de la ville. C’est ce qui s’est probablement produit mardi soir.

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La présence même de ce dispositif indique que le risque terroriste était présent. Le marché de Noël est symbolique, c’est une tradition alsacienne, germanique en tout cas, et chrétienne, ce qui déplaît aux islamistes.

Quelle est l’implantation réelle de l’islamisme à Strasbourg ?
Difficile de distinguer Islam et Islamisme. Des quartiers entiers sont à dominante musulmane, comme Hautepierre par exemple. La plus grande mosquée d’Europe est en passe d’être construite, alors que Strasbourg compte déjà plusieurs mosquées dont la « Grande Mosquée ». Derrière, ce ne sont pas les mêmes communautés : turque contre maghrebine, pour le contrôle des lieux de culte. Le tireur d’hier est né à Strasbourg et évoluait apparemment sans encombre dans ce milieu, ce qui prouve que l’islamisme radical est accepté par les musulmans plus modérés, avec une rupture au moment du passage à l’acte.
On parlait aussi d’un campus islamique dans le quartier de Hautepierre, financé par la Turquie. Mais ces projets sont toujours très discrets.
Pour comprendre l’islam à Strasbourg, il faut comprendre aussi les jeux de pouvoir des différentes communautés.

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Parmi la communauté Alsacienne de la région Midi-Pyrénées, les sentiments se confondent entre émotion et colère. Virginie, Alsacienne vivant aujourd’hui en Ariège, réagit.

Infos-Toulouse : Quel est votre premier sentiment sur l’attentat qui a touché Strasbourg ?
Virginie :
J’ai appris l’attentat lors des premiers coups de feu, par simple SMS. Ce n’est qu’une quarantaine de minutes plus tard que les réseaux sociaux et les médias ont commencé à relayer l’information. Mon premier sentiment était bien entendu du choc, mais je me suis rapidement reprise en me disant que ce n’était pas du tout quelque chose d’imprévu. Cet attentat est la stratégie logique de l’islamisme radical et politique européen.

Cet événement était-il prévisible ?
L’attentat de Strasbourg était attendu. Il était certains depuis quelques années qu’il s’agissait d’un point stratégique pour un attentat islamique. Le déroulement des faits peut également se faire poser des questions puisque le « suspect » était suivi par les services de renseignements et devait être arrêté au matin. Je pense qu’une faille de la sécurité nationale a encore été démontré mardi soir. Ces dernières années, le système de sécurité autour du marché de Noel était exemplaire. À présent, donnée à une société privée de piètre qualité, la protection n’était plus à son paroxysme. Au contraire, certains membres des forces de l’ordre ont même avoué être entré sur les lieux sécurisés en civil munis de leurs armes de service.

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Quelle est l’implantation de l’islamisme dans la ville ?
L’islam est très bien implanté dans Strasbourg. La ville, majoritairement socialiste, est très inclusive. Plusieurs mosquées et minarets sont construits progressivement. Il est même question de faire entrer l’islam dans le concordat, au-delà des simples aides des communautés locales. Pour rappel, le concordat permet un financement et un entretien des lieux de culte, mais également le payement des religieux. Il s’agit d’un droit de certaines religions, émanant des traditions germaniques et n’ayant pas subit la séparation religion-État puisque l’Alsace-Moselle, appartenaient à ce moment-là à l’Allemagne.

Au-delà de cela, une forte communauté de la religion musulmane est implantée à Strasbourg, ce qui est notamment visible par le port du voile dans les facultés. Cette communauté se trouve dans les quartiers périphériques tels que Haute-Pierre ou le Neuhof. Il n’est pas coutume d’avoir des coups de feu au centre-ville de Strasbourg, surtout en période de Noël, qui est le moment le plus important dans la culture alsacienne, ce qui n’a directement pas pu nous faire émettre de doute sur la qualification d’attentat terroriste.

Propos recueillis par Étienne Lafage. 

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