La progression du vote souverainiste en Europe

5
432
Européennes 2019 souverainiste
Alexandre Moreau analyse la percée du vote souverainiste dans les pays de l’Union européenne. De quoi deviner un « rideau de frères s’abattant sur l’Europe »

À moins de deux mois des prochaines élections européennes, les mouvements souverainistes semblent avoir le vent en poupe. Après plusieurs succès électoraux au sein de chacun des États membres de l’Union européenne (UE), les partis populistes s’assignent désormais l’objectif de conquérir le Parlement européen. Si une telle ambition n’est pas encore réalisable, la progression du vote souverainiste est loin d’être négligeable et se révèle de bon augure pour les échéances qui suivront.

Une stagnation en France

Une majorité politique eurosceptique est apparue, en 2005, à l’occasion de la victoire du « non » contre le Traité constitutionnel européen. Pourtant, le souverainisme demeure toujours minoritaire dans la représentation politique française. D’après les sondages les plus récents, la liste du Rassemblement national (RN) menée par Jordan Bardella oscillerait entre 20,5 et 22% des suffrages et disputerait la première place à la liste de la République en marche (LREM). Certes, une majorité de sondages annoncent une victoire du parti du président Emmanuel Macron, mais une mobilisation de la France périphérique permettrait au RN de remporter ces élections européennes.

Nicolas Bay : « L’UE est un terrain de jeu entre les mains de la finance internationale »

Nicolas Dupont-Aignan, qui avait connu une forte progression jusqu’au début de cette année, subit désormais une rechute à 4,5%. Ce déclin pourrait s’accélérer à la suite de l’exclusion de Jean-Frédéric Poisson et du Parti chrétien démocrate de la liste des « Amoureux de la France ». Si Jean-Frédéric Poisson n’exclut pas d’établir une nouvelle liste, le principal danger pour Debout la France (DLF) demeure la captation de l’électorat catholique par François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains (LR). Le seuil de 5% étant requis pour participer à la distribution proportionnelle des sièges, DLF court le risque de n’avoir aucun représentant. L’absence d’une liste commune de la droite souverainiste pourrait ainsi causer la perte d’au moins trois sièges au Parlement européen (un taux d’environ 5 à 6% permettant d’obtenir trois à quatre sièges sur les 79 dévolus à la France.

[Exclusif] Nicolas Dupont-Aignan s’explique

Pour leur part, l’Union populaire républicaine (UPR) de François Asselineau et Les Patriotes (LP) de Florian Philippot stagnent respectivement entre 1et 2 % et entre 0,5 1,5 % d’intentions de vote. Enfin, la présentation de la « Ligne claire » emmenée par Renaud Camus et le parti Souveraineté, Identité et Libertés (SIEL) de Karim Ouchik pourrait également capter une petite part de l’électorat identitaire. Sans même tenir compte de la fragmentation de ces formations, les sondages montrent une stagnation du vote souverainiste en France par rapport aux élections de 2014, auxquelles le Front national avait obtenu 24,86 % des suffrages et Debout la République 3,82 %. Cependant, la situation française est contrastée par les prévisions réalisées dans les autres États membres de l’UE.

Les pays d’avant-garde souverainiste

Parmi les pays les plus peuplés, et donc les plus représentés au Parlement européen, la Pologne et l’Italie sont à l’avant-garde de la recomposition politique de l’Europe. Le parti polonais Droit et Justice (PiS) obtiendrait jusqu’à 37% des voix selon un sondage de décembre dernier. Sur les 52 sièges octroyés à la Pologne, 19 seraient occupés par des membres du parti de Jaroslaw Kaczyński.

Européennes 2019 : Jeu d’échecs en Europe centrale

En Italie, les sondages récents donnent une avance très confortable à la Lega, créditée de 33 à 36% des intentions de vote, alors que son allié, le Mouvement 5 étoiles (M5S), récolterait 22% des suffrages. Selon ces données, la Lega et le M5S enverraient respectivement 27 et 16 députés au Parlement européen sur un contingent de 76 représentants italiens. Le parti de Matteo Salvini serait alors le mieux représenté dans l’hémicycle après la CDU/CSU allemande.

Aux nombreux élus polonais et italiens, pourraient se joindre plusieurs députés venus de République tchèque (Parti démocrate civique), d’Autriche (Parti de la Liberté – FPÖ), de Belgique (Vlaams Belang), de Finlande (Parti des Vrais Finlandais) et bien sûr de Hongrie, où le Fidesz de Viktor Orbán pourrait recueillir 32 % des voix.

Le réveil de l’électorat souverainiste

Les derniers scrutins nationaux organisés dans certains États membres donnent aussi une certaine vigueur aux mouvements souverainistes et identitaires. Ainsi, les Pays-Bas connaissent une nouvelle percée souverainiste avec le Forum pour la démocratie (FvD), qui vient de remporter, le 20 mars dernier, les élections provinciales et sénatoriales. Ce succès transforme la formation créée et dirigée par le jeune intellectuel Thierry Baudet en première force politique du pays, tandis que le Parti pour la Liberté (PVV) de Geert Wilders ne connaît qu’un relatif déclin.

Une autre Europe est-elle possible ?

De même, le Parti populaire conservateur d’Estonie (EKRE) pourrait réitérer sa belle performance qui lui permit de récolter 18% des suffrages au cours des élections législatives organisées le 3 mars 2019. L’essor du vote souverainiste apparaît aussi dans des pays traditionnellement plus européistes. Par exemple, le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) est en mesure de récolter environ 15% des voix. L’AfD renouvellerait sa performance électorale (13 %) qui lui valut d’obtenir 95 sièges au Bundestag en septembre 2017.

Même l’Espagne, dans laquelle le souverainisme semblait jusqu’alors absent de la scène politique, s’apprête à élire des représentants de VOX. Le parti est crédité de 6 à 12% des intentions de vote, six mois après sa révélation comme nouvelle force politique aux élections régionales d’Andalousie. L’ensemble de ces résultats prédisent une augmentation du nombre d’eurodéputés souverainistes au Parlement européen. Ils seraient au moins 180 sur les 705 membres de l’hémicycle (plus de 26%), contre environ 150 sur 751 (près de 20%) dans la législature actuelle.

Alexandre Moreau.

5 Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

Ecrivez votre commentaire
Entrez votre nom