La fête de Jeanne d’Arc ne sera pas célébrée l’année de son centenaire

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Jeanne d'Arc
Deux élus du Rassemblement national, en 2018 devant la statue de Jeanne d'Arc, place Saint-Augustin à Paris. © Etienne Lafage / Infos-Toulouse

Confinement oblige, les cérémonies en l’honneur de Jeanne d’Arc sont annulées cette année. Mais cela fait quelques temps que ce rendez-vous historique de la droite est petit à petit délaissé. 

C’était il y a siècle, au temps de l’Union sacrée. La IIIe République instaurait une fête nationale en l’honneur de Jeanne d’Arc et du patriotisme. Cent ans plus tard, cette commémoration semble être tombée en désuétude dans une nation peu prompte à célébrer ses héros. Comme un symbole de ce déclin, le confinement ne permettra pas de célébrer cette fête nationale l’année de son centenaire. Des initiatives sont néanmoins lancées par le Rassemblement national et l’association Civitas.

Une fête nationale pour la droite

Le 16 mai 1920, Jeanne d’Arc était canonisée en présence d’un grand nombre de parlementaires français venus au Vatican pour assister aux cérémonies. Le Pape de l’époque, Benoît XV, émettait le souhait que Jeanne devînt « le trait d’union entre la patrie et la religion, entre la terre et le ciel ». Depuis un siècle, sainte Jeanne d’Arc est ainsi célébrée par les catholiques chaque 30 mai, à la date anniversaire de sa mort.

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Alors que la République avait adopté le 14 juillet comme jour de la fête nationale, la droite profita de la canonisation de Jeanne d’Arc pour demander l’instauration d’une journée patriotique en son honneur. Maurice Barrès fut le premier à émettre cette idée. Le grand écrivain nationaliste souhaitait célébrer de cette manière « l’incarnation de la résistance contre l’étranger ». La proposition fut votée à l’unanimité le 10 juillet 1920. Les héritiers de la tradition catholique et monarchiste obtenaient donc leur fête nationale. Il fut décidé qu’elle se tiendrait chaque deuxième dimanche de mai, en souvenir de la libération d’Orléans le 8 mai 1429.

Une fête emblématique au temps du Front national

Rapidement abandonnée par la République, la fête de Jeanne d’Arc devint l’apanage des mouvements de la droite nationale. Camelots du roi et Croix-de-Feu perpétrèrent cette tradition. À partir de 1979, le Front national en fit son étendard. Cette année-là, les principaux leaders nationalistes s’étaient réunis place des Pyramides afin de se lancer dans la campagne des élections européennes.

Jean-Marie Le Pen ne pouvait trouver meilleur modèle de résistance à l’invasion étrangère. Le fondateur du Front national rappelle dans ses Mémoires que « Jeanne d’Arc est aussi un symbole d’union nationale. Le sentiment national qui croissait doucement en France depuis Bouvines a fleuri en elle, par opposition à l’étranger ». Ce fut entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1988 que Jean-Marie Le Pen dirigeât pour la première fois le défilé un 1er mai. Il espérait qu’il en ressortirait une « union des travailleurs et des militants nationaux dans un même amour de la France ». C’était selon Carl Lang un moyen « de montrer la vocation sociale du FN ».

Jean-Marie Le Pen
Jean-Marie Le Pen, place des Pyramides à Paris, en 2018, contribue à perpétuer la tradition de fleurir la statue de Jeanne d’Arc.
© Étienne Lafage/Infos-Toulouse

 

Marine Le Pen a peu à peu abandonné le défilé en l’honneur de Jeanne d’Arc. Ces dernières années, seul Jean-Marie Le Pen se faisait remarquer places des Pyramides, notamment, en 2015 avec son célèbre appel : « Jeanne au secours ! ». Dans un entretien réalisé avec Le Figaro, le politologue Jean-Yves Camus analyse pertinemment le choix de la présidente du Rassemblement national : « Jeanne d’Arc ne parle guère plus qu’aux catholiques traditionalistes. En la reléguant, Marine Le Pen laïcise son parti, se différencie définitivement de ces groupuscules de la mouvance nationaliste et se recentre sur sa thématique du peuple du travail ». L’abandon de la célébration de l’héroïne nationale et la préférence accordée la fête du Travail démontre le basculement opéré au sein de la direction du RN. Depuis son accession à la présidence du parti, Marine Le Pen n’a cessé de mettre en avant son programme socio-économique, à son grand dam lors de la campagne présidentielle de 2017, en reléguant souvent les problématiques identitaires au second plan.

Une tradition à préserver

Un regain de vigueur de la fête de Jeanne d’Arc signifierait un retour aux fondamentaux de l’identité française. On peut se réjouir que de grandes fêtes johanniques soient organisées chaque année par les villes d’Orléans et de Reims. Ces fêtes permettent de réunir un très large public, composé aussi bien de régionaux, de touristes curieux que d’amateurs d’histoire médiévale. À l’occasion du centenaire, une dizaine de jours de festivités avait été prévue à Orléans avant que la crise sanitaire ne vienne malheureusement empêcher l’organisation de l’événement inscrit – depuis 2018 – à l’inventaire du patrimoine culturel en France. Le même sort est réservé aux fêtes johanniques de Reims, initialement prévues les 6 et 7 juin et pour lesquelles 100.000 personnes étaient attendues.

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L’impossibilité d’organiser de grands événements pour cette année constitue une occasion manquée de renouer avec cette tradition. Malgré tout, le Rassemblement national annonce que Marine Le Pen et Jordan Bardella déposeront une gerbe place Saint-Augustin, à Paris, et qu’une émission sera diffusée en direct le 1er mai à partir de 11 heures. De son côté, Jean-Marie Le Pen se rendra, comme chaque année, aux pieds de la statue de Jeanne, place des Pyramides. L’association Civitas invite pour sa part, tout comme l’Action française les Français à fleurir, le dimanche 10 mai, la statue de Jeanne d’Arc la plus proche de chez eux.

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