André Bercoff : « Le non-conformisme et le conspirationnisme n’ont rien à voir ! »

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André Bercoff
André Bercoff sur Sud Radio, dans son émission "Bercoff dans tous ses états", tous les jours de la semaine à 12h. © Sud Radio

André Bercoff, journaliste à Sud Radio, s’exprime sur Infos-Toulouse sur la communication du gouvernement au sujet du coronavirus mais aussi sur les polémiques que provoque chaque position non-conforme de médecins ou d’experts vis à vis de la doxa officielle.

Les polémiques s’enchaînent à mesure que les paroles non-conformistes s’installent dans le débat public. De l’affaire Mamoudou Gassama au coronavirus, en passant par l’incendie de Notre-Dame de Paris, l’utilisation du terme « complotiste » pour disqualifier toute remise en question des versions officielles se multiplie. 

André Bercoff en a fait les frais lui-même, en 2018, lorsqu’il s’étonnait de l’histoire, racontée dans toute la presse, du sauvetage par un jeune migrant d’un enfant ayant chuté d’un balcon. Une version « impossible physiquement » selon trois scientifiques qui étaient venus sur le plateau de Sud Radio, démonter cette théorie. Mais derrière les accusations de complotisme se cache un mal-être peut-être plus profond, une remise en question du métier de journaliste : la communication n’aurait-elle pas pris le pas sur l’enquête ? Les journalistes sont-ils toujours en quête de la réalité ? Peut-on encore enquêter librement en France ? 

André Bercoff, journaliste, animateur de l’émission quotidienne « Bercoff dans tous ses états », à 12 heures sur Sud Radio, nous livre son sentiment sur cette parole qui s’enchaîne. 

Infos-Toulouse : Comment avez-vous perçu la communication du gouvernement durant cette crise ? 
André Bercoff : Ce qui m’a frappé, c’est qu’elle montre bien la limite de la communication. Il ne faut pas confondre la carte et le territoire. La communication c’est la carte, la réalité c’est le territoire. Si on ne s’occupe que de communication et qu’on oublie le reste, à un moment la réalité revient en force. Au lieu d’adapter leur communication à la réalité, ils ont adapté la réalité à leur communication. Faute de tests, ils ont dit qu’il n’y avait pas besoin de tests, faute de masques, il n’y avait pas besoin de masques. Agnès Buzyn affirmait, fin janvier, que l’épidémie était circonscrite, qu’il n’y aurait pas de pandémie et qu’à l’inverse de l’Italie, le système français était l’un des meilleurs au monde. La communication gouvernementale est devenue inaudible. C’est ce que j’appelle un dommage collatéral non-négligeable de ce qui s’est passé depuis trois mois. 

Les médias n’ont-ils pas cessé d’être un contre-pouvoir ? 
Je pense qu’il y a beaucoup de journalistes qui font leur métier. Il y en a d’autres qui ont tendance à un peu trop suivre la doxa gouvernementale, sans trop prendre de distance. Normalement, les médias sont un contre-pouvoir, ça ne veut pas dire être en permanence critique du pouvoir en place, mais ça ne veut pas dire non plus d’accepter d’en faire l’apologie. Il n’y a pas que les médias, il y a beaucoup d’experts, de « sachants », qui en fonction de leurs intérêts, de leurs opinions politiques, se sont mis d’un côté ou de l’autre du manche. Il n’y a pas eu assez de travail d’enquêtes, d’investigations; certains ont accepté un peu trop vite la parole gouvernementale, qu’elle soit de Sibeth Ndiaye, Agnès Buzyn, Olivier Veran, Édouard Philippe ou d’Emmanuel Macron. 

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Sur votre antenne, certains médecins ont souligné des intérêts privés dissimulés de la part de certains experts. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces accusations ? 
C’est clair que des médecins que l’on voit toujours à la télévision émargent dans le conseil d’administration, ou d’un point de vue financier dans des gros laboratoires américains ou français. Or, il y a une loi en France qui dit très clairement « qu’un médecin qui passe dans les médias, s’il a une attache d’intérêt avec un laboratoire quel qu’il soit, doit le déclarer en préambule de son propos ». Sur le protocole du professeur Raoult, tout le monde sait que l’hydroxychloroquine est grand public et coûte donc très peu cher (4,17 euros, la boîte de 30 comprimés de 200mg, Ndlr.). En revanche, les autres remèdes de laboratoires, comme le Remdesivir, vont coûter dix voire cent fois plus cher. Il est évident que quand vous avez un enjeu comme celui de trouver un vrai remède qui concerne des milliards d’êtres humains, il y a des intérêts puissants. Dire que derrière tout cela il n’y a pas de conflits d’intérêts, c’est faire preuve d’une naïveté totale.  

Quel est votre regard sur les polémiques que suscitent chacune des voix remettant en question une théorie officielle ?
La liberté d’expression est une chose, la liberté d’enquêter en est une autre. Là pour le moment il y a une polémique sur l’origine du coronavirus. Nous, on ne pourra se prononcer que si on a des preuves. Le non-conformisme et le conspirationnisme n’ont rien à voir ! Le complotisme, c’est avancer quelque chose sans preuve, tandis que le non-conformisme c’est dire : « ce n’est pas ça et je vais vous en donner les preuves ». Les fake news existent depuis l’Antiquité ! Il y a toujours eu des personnes pour raconter des histoires, d’autres pour les croire, d’autres encore pour les contester. Qu’est-ce qu’était la doxa au moment de Galilée ? Que la terre est plate. À Pasteur, on a dit qu’il racontait n’importe quoi. Le critère d’un journaliste n’est pas d’avoir réponse à tout, mais d’avoir question à tout. Vous avez le droit de poser toutes les questions sans que l’on vous traite de complotiste. Le métier de journaliste, c’est avancer quelque chose en faisant une enquête, en vérifiant. Maintenant ça demande du travail et du temps.

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La communication aurait-elle pris le pas sur l’enquête journalistique ?
Il y a un vrai problème avec l’enquête journalistique. Pour des raisons à la fois économiques, financières et peut-être à cause d’une main mise d’un certain nombre de groupes, elle a beaucoup diminué. Quand j’ai commencé dans le journalisme, on avait un mois et on nous donnait les moyens de partir enquêter. C’est fondamental ! Si vous n’avez pas les moyens, que les contrôleurs de gestion qui ont pris le pouvoir sur les médias disent que ça coûte trop cher d’envoyer quelqu’un 48 heures, comment peut-on enquêter ? C’est ce qui explique le pouvoir pris par les chroniqueurs, éditorialistes, sachants et experts qui bavassent tout au long de la journée. Si vous n’enquêtez pas comment voulez-vous savoir ce qui se passe ?

Vous avez été accusé de complotisme pour avoir émis des doutes sur l’histoire de Mamoudou Gassama, comment l’avez-vous vécu ?
C’est l’exemple typique de personnes qui n’ont rien fait et qui critiquent les autres. J’ai posé la question chez Pascal Praud, sur CNews. Je ne comprend pas comment ce bébé a chuté du 5e au 4e étage, soit 2,50 mètres, sans aucune une égratignure ou presque. Personne n’a enquêté dessus. Nous à Sud Radio, nous y sommes allés, et nous avons demandé. Je suis tombé sur un physicien de l’université de la Nouvelle-Orléans. Il dit que c’est « physiquement impossible » qu’un enfant soit tombé comme ça sans se faire mal. Je l’ai fait vérifié par deux scientifiques, une experte à l’ONU et un scientifique français et les trois ont confirmé que « c’était impossible ». Comment des journalistes peuvent dire qu’il n’y a rien à dire, qu’il n’y a pas de problèmes alors qu’on vous prouve qu’il y a une impossibilité physique ? Là on met le doigt sur ce qui ne va pas dans la presse. J’ai toujours dit que si on me démontre que c’est faux, je serais le premier à présenter mes excuses. 

 

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