Ludovine de la Rochère : « Si nous baissons les bras il est certain que la loi passera »

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La Manif pour Tous appelle à une nouvelle mobilisation en régions, samedi 10 octobre. Ludovine de la Rochère, présidente du mouvement, alerte sur les dérives du projet de loi bioéthique. 

Ils seront plusieurs centaines à Toulouse, samedi 10 octobre, à se rassembler place du Salin pour exprimer leur opposition à la loi bioéthique, actuellement en seconde lecture, quelques semaines avant le vote au Sénat. Au programme : PMA, GPA, gamètes ou encore prolongement du délai de l’avortement… Le collectif Marchons enfants n’entend pas laisser vivre ce  » changement civilisationnel »

Infos-Toulouse : Pourquoi organiser une nouvelle manifestation contre la PMA ?
Ludovine de la Rochère : Cet été Emmanuel Macron a voulu avancer coûte que coûte sur la loi bioéthique, pourtant inacceptable sur un plan anthropologique, éthique et civilisationnel. Ce projet de loi consacre le droit des plus forts sur les plus faibles, des adultes sur les enfants, heurte la dignité humaine et envisage même de se diriger vers une transformation de l’être humain, comme si c’était possible en détournant la médecine. C’est gravissime pour l’avenir de l’humanité, pour les enfants qui naitront demain et après demain. Le projet de loi doit arriver en seconde lecture au Sénat, sans qu’une date ne soit encore fixée et nous voulions intervenir avant. Nous voulons inviter les Sénateurs a réécrire très largement ce projet de loi, ils le peuvent encore. Nous devons intervenir fermement et massivement, il en va de notre responsabilité. 

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Le combat est difficile mais nous ne pouvons pas baisser les bras. Les défenseurs de la PMA considèrent que l’opposition n’est pas forte, pourtant les sondages montrent que les Français y sont opposés et préoccupés par la question, répondant massivement qu’un enfant a besoin d’un père et d’une mère, alors nous devons nous faire entendre.

Comment expliquez-vous l’adoption du texte en seconde lecture à l’Assemblée nationale en août dernier, notamment en l’absence de l’ensemble des députés RN ?
C’est une certaine trahison. Il est scandaleux d’avancer sur ce projet de loi dans le contexte actuel. Avancer la seconde lecture dans l’été a été une preuve de leur cynisme. Certains députés du Rassemblement National qui disent être très attachés et vigilants m’ont envoyé des mots très aimables mais au moment des votes, ils ne sont plus là, c’est incompréhensible. Si c’est pour se comporter comme le font les autres politiques, c’est extrêmement décevant de la part de Marine Le Pen. Même si son électorat est très divisé, elle a tout à fait les arguments pour expliquer à ses sympathisants pourquoi elle est opposée à ce projet de loi. C’est une alerte, il y a une forme d’hypocrisie et de cynisme. Je suis convaincue qu’un certain nombre de leurs députés sont opposés à ce projet de loi mais pourquoi n’étaient-ils pas présent ? 

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Parmi les non-inscrits, seule Emmanuelle Ménard a affirmé son opposition. Comment jugez-vous son travail ? 
Emmanuelle Ménard a été exceptionnelle, présente du début jusqu’à la fin, et est même intervenue plusieurs fois malgré le fait que cela ne lui était pas accordé. Sa persévérance fut telle qu’elle a obtenu une explication de vote. Même les autres députés ont été impressionnés par sa persévérance, jusqu’au président de séance. Elle a déposé beaucoup d’amendements tout en sachant qu’elle ne pourrait pas les défendre. Voilà une femme qui ne baisse pas les bras, qui est un exemple d’engagement, de courage.

Ces comportements vous aiguillent-ils sur le choix du candidat à soutenir en 2022 ? 
La position des potentiels candidats sur ces sujets est à prendre en compte, c’est prioritaire. Bien sûr, l’économie et la souveraineté sont des sujets importants, mais nous parlons de l’avenir de l’humanité au-delà des dix ou quinze prochaines années. L’homme fait n’importe quoi avec l’écosystème auquel il appartient, il prend des risques aux conséquences dramatiques, et ce sont des questions qui dépassent les clivages politiques. Malgré les tendances générales dans les partis, on s’aperçoit que selon les élus il peut y avoir des différences importantes : l’extrême gauche est contre la GPA mais ils refusent le lien entre la PMA et GPA. A gauche, on trouve quelques exceptions : chez LR, Maxime Miniot est un militant LGBT, pro-PMA et GPA. Et du côté les non-inscrits, on trouve des différences importantes. Il faut à la fois prendre en compte les positions exprimées mais aussi les actes.

Europe-Ecologie Les Verts milite pour la PMA et la GPA. Est-ce pour vous une contradiction ? 
Evidemment c’est une contradiction qui montre qu’ils ne sont pas dans une véritable réflexion écologique. Avec EELV, nous sommes dans un mouvement extrêmement libertaire et dès lors que quelque chose va à l’encontre de cet objectif, ils peuvent mettre de côté les questions d’écologie globale. Au sein des écologistes, on trouve des différences : José Bové est contre mais comme il n’est pas majoritaire, on ne l’entend pas. Si on ne respecte pas la nature humaine, si on est dans la technicisation inutile, nous allons à l’encontre de l’état d’esprit d’une démarche écologique réelle.

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Qu’avez-vous pensé de l’extension du délai légal de l’avortement, pour des traumatisme « psycho-sociaux » ? Est-ce la porte ouverte à des abus ?
Je suis extrêmement opposée à cette idée monstrueuse. La détresse psychosociale est un concept très flou et subjective et je pense que le Sénat devrait supprimer cette mesure. Pour le gouvernement, l’IMG servirait de leurre, pour faire croire que le texte en l’état est modéré, alors qu’il est transgressif, extrémiste et inacceptable, même si cet amendement est retiré. C’est la raison pour laquelle nous continuons de parler des grandes mesures de ce projet de loi.

Comment vont s’organiser les rassemblements dans les régions ?
Il fallait s’adapter au contexte sanitaire, nous devions donc éviter une immense manifestation nationale comme les fois précédentes. Pour protéger la santé de nos sympathisants, il était plus adapté de démultiplier les événements publics. Nous serons donc dans 60 villes, et toutes les personnes sur le territoire pourront trouver une manifestation proche de chez elle et s’y rendre en toute sécurité. C’est une autre manière de montrer le caractère massif de l’opposition. 

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Lors de son discours sur le séparatisme islamiste, Emmanuel Macron a annoncé l’encadrement plus strict de l’école à la maison. Est-ce une nouvelle atteinte à la famille ? 
Cette mesure est liberticide. Pour le moment nous n’y sommes pas, cela nécessitera un débat. Nous pouvons faire confiance aux parents, ce sont ceux qui élèvent leurs enfants et ils doivent pouvoir enseigner eux-mêmes à leurs enfants quand ils en ont les compétences. Ce n’est pas parce que l’on veut éviter des dérives islamistes ou une propagande fanatique que l’on doit empêcher tout le monde de faire ce choix. La liberté scolaire est fondamentale. Nous défendons le respect de la famille, cela en fait partie mais il ne faut pas mélanger toutes les questions. Il y a d’abord urgence sur le projet de loi bioéthique.

Qu’espérez-vous à l’issue de ce combat ?
Le combat est long et difficile, cela fait 8 ans que l’on se bat. En 2014, François Hollande avait même renoncé à la PMA, suite à notre mobilisation. Si nous baissons les bras il est certain que la loi passera. En politique, tout reste toujours possible tant que ce n’est pas fait. Il faut persévérer. J’en appelle à tous nos concitoyens pour exprimer leur opposition samedi prochain.

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