Maurice Genevoix au Panthéon : rien ne va plus

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Maurice Genevoix

Le 11 novembre, Maurice Genevoix entrera au Panthéon, lieu où l’on n’accueille plus les grands dieux antiques comme jadis mais les petites gloires de la République.

Maurice Genevoix, quant à lui, n’a pourtant rien d’une « petite gloire » ; brillant normalien et remarquable combattant de la première Guerre mondiale lors de laquelle il fut blessé, profondément enraciné dans sa Sologne charnelle, c’est un grand écrivain. Un écrivain acteur et témoin de la Grande Guerre qui vit La mort de près, titre qu’il donnera plus tard à l’un de ses essais littéraires. Il est à la France, avec Ceux de 14, ce qu’Ernst Jünger fut à l’Allemagne avec Orages d’acier. Ancien combattant dont le talent littéraire était admiré de de Gaulle, il fut à l’origine du Mémorial de Verdun.

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Mais son talent littéraire n’a pas de bornes : écrivain de guerre, il est aussi un écrivain de la terre et du peuple, sans être réductible à un écrivain régionaliste. Semblable sur ce point à Giono, à travers un pays exploré, décrit, aimé, Genevoix traite tout autant de problèmes sociaux que d’âme humaine qu’il explore jusque dans ses tréfonds.

Un hommage quelque peu grotesque

À une figure dont la patrie peut — une fois n’est vraiment pas coutume — s’enorgueillir à juste titre, il serait légitime de rendre un hommage national. Mais aujourd’hui, cela ne fait guère illusion. Accorder un semblant d’unité et de prestige pour redonner, l’espace d’une journée, la possibilité d’une fierté nationale. Surtout, pour oublier que ceux-là même qui panthéonisent une grande figure française travaillent constamment à détruire cette même âme française. Donner dans le symbolique pour masquer le réel : un classique.

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L’homme jadis confiné dans les tranchées avec les « voix rauques » de ses camarades, « déchiquetées par les détonations pressées, charriées par le vent avec les rafales de pluie », ces frères de combat évoqués dans Ceux de 14, est sur le point de se reconfiner pour l’éternité avec des gens bien moins admirables et bien moins courageux. Est-ce vraiment un honneur pour un homme de la trempe de Genevoix d’être placé aux côtés d’une Simone Veil ou d’un Jean Zay ? Genevoix méritait mieux que ça. Genevoix ne mérite pas ça.

L’ironie symbolique bat son plein

Mais le mérite ne fait pas tout. L’écrivain va donc subir une panthéonisation à huis clos, effectifs réduits. L’ironie symbolique bat son plein. Pour une fois qu’une figure entrant au Panthéon n’appartient pas à l’Anti-France, on la traite en catimini, avec « le respect des gestes barrière », en veillant à la « distanciation sociale », comme si l’on en avait honte. C’est refuser l’éclat et la gloire qui reviennent à un écrivain solaire qui ne cessa de chanter la France, la terre, son peuple.

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Que cette panthéonisation soit plutôt une invitation pour nous à le découvrir, à le lire, lui qui nous apprenait à opposer aux souffrances de la guerre une joie constante, sûre d’elle-même et sereine, qui semble un défi lancé à la mort. Lui dont le roman le plus célèbre passé à la postérité reste Raboliot, braconnier fougueux et charmant qui n’hésite pas une seule seconde à transgresser les lois pour un peu de liberté. Chez Genevoix, on n’a pas peur du gendarme.

Jacques Sceau.

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